
Le hantavirus est un virus rare mais surveillé de près, transmis principalement par les rongeurs sauvages et capable, dans de très rares cas, de provoquer des formes graves chez l’humain. Ces derniers jours, son nom est revenu dans l’actualité internationale après la détection de cas liés à un foyer sur un navire de croisière, relançant l’attention des autorités sanitaires. Dans ce contexte, Alger16 a eu l’honneur d’échanger avec le Dr Kaidi Abdelhafidh, médecin spécialiste en chef en maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik et épidémiologiste, afin de mieux comprendre les modes de transmission du virus, la situation actuelle et les mesures de prévention à adopter, notamment en Algérie.
Entretien réalisé par Cheklat Meriem
Alger16 : Comment se propage le hantavirus ?
Dr Kaidi Abdelhafidh : Le hantavirus est un virus à ARN. C’est donc un virus dont le matériel génétique est constitué d’ARN (acide ribonucléique) plutôt que d’ADN. La transmission interhumaine du hantavirus est très rare et ne concerne qu’une souche, la « souche des Andes ». La source principale du hantavirus reste les rongeurs sauvages infectés, notamment les souris, les rats et les campagnols qui constituent les principaux réservoirs naturels du virus.
On en parle ces derniers temps suite à un foyer de hantavirus qui s’est déclaré sur un bateau de croisière qui traversait l’Atlantique. Trois personnes sont mortes et un passager testé positif est traité à Zurich. C’est un virus qui est très peu contagieux. On doit avoir vraiment des contacts très directs.
Pourtant, plusieurs cas ont été détectés sur ce navire…
Oui, le contexte particulier de la croisière, avec des personnes confinées pendant plusieurs semaines, favorise la propagation de n’importe quel virus. Le confinement pendant une période prolongée dans des endroits où sévissent notamment les rongeurs favorisent la contamination et l’importance de la charge virale infectante.
Le hantavirus se transmet principalement à l’homme par l’inhalation de poussières contaminées par les excréments, l’urine ou la salive de rongeurs sauvages infectés (souris, rats, campagnols). La contamination survient souvent lors du nettoyage de locaux longtemps inoccupés ou de manipulations de matériaux souillés. Le hantavirus se transmet également par contact direct, c’est-à-dire toucher des rongeurs infectés ou leurs déjections, puis porter les mains à la bouche, au nez ou aux yeux.
Enfin, et plus rarement, la contamination peut se faire par morsure d’un rongeur infecté ou par consommation d’aliments contaminés par des déjections.
À quelle vitesse la contamination peut-elle se faire entre les personnes ?
Le hantavirus est considéré comme un virus très peu contagieux. La transmission interhumaine reste exceptionnelle et nécessite des contacts très directs entre les personnes.
Le contexte particulier du bateau de croisière, avec des passagers restés confinés pendant plusieurs semaines dans un environnement favorisant la présence de rongeurs, a facilité la contamination, ainsi que l’importance de la charge virale infectante.
Quels sont les symptômes les plus fréquents ?
Les premiers signes apparaissent généralement 2 à 4 semaines, parfois jusqu’à 2 mois après l’exposition et ressemblent fortement à ceux de la grippe : forte fièvre soudaine et frissons, fatigue intense et courbatures, maux de tête sévères, troubles digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales).
Mais la gravité du tableau clinique est liée à l’apparition de troubles respiratoires rapidement compliqués de signes de détresse respiratoire pouvant être mortelle. Des cas d’atteinte de la fonction rénale ont également été signalés.
Y a-t-il actuellement des cas recensés en Algérie ?
Aucun cas confirmé n’a été signalé actuellement en Algérie. Le ministère de la Santé prend actuellement toutes les mesures nécessaires, notamment de prévention, afin de parer à tout risque d’apparition de cas en Algérie.
Quelles sont les meilleures méthodes de prévention pour éviter la propagation ?
Il est important de rappeler certains gestes afin de minimiser les risques de contamination, notamment :
La dératisation c’est-à-dire repousser, contrôler ou éradiquer les rongeurs nuisibles. Le nettoyage régulier des locaux, caves et espaces fermés est crucial. Bien sûr, quand on parle de nettoyage, on parle d’un nettoyage avec le port de gants et de masques protecteurs surtout quand les zones sont susceptibles d’être contaminées. Il faut également éviter le contact direct avec les rongeurs et leurs déjections.
Pensez-vous que des mesures strictes, comme un confinement similaire à celui du Covid-19, pourraient être appliquées ?
Non, il n’y a pas de similitudes avec l’infection par le coronavirus et l’épidémie de Covid-19 que le monde a connue. Les déclarations de l’OMS, ainsi que celles des organisations de santé officielles américaines et européennes, sont rassurantes. Il est donc important de rassurer la population quant au risque de déclenchement d’une épidémie à hantavirus.
Est-ce que l’Algérie est aujourd’hui prête à faire face à ce virus sur le plan sanitaire ?
L’expérience de l’épidémie de Covid-19 permet aujourd’hui d’affirmer que les structures sanitaires disposent des moyens humains et matériels nécessaires pour faire face à d’éventuels cas en Algérie.
Selon vous, faut-il s’inquiéter d’une propagation plus importante dans les prochains mois ?
Les déclarations des organisations sanitaires internationales restent rassurantes concernant le risque de propagation du hantavirus.
À ce jour, les données scientifiques disponibles ne montrent pas de risque élevé d’une propagation similaire à celle observée lors de la pandémie de Covid-19, même si la vigilance et le respect des mesures de prévention restent nécessaires.
Quels conseils adressez-vous aux citoyens pour se protéger efficacement ?
Il est conseillé aux citoyens de maintenir une bonne hygiène des locaux, de lutter contre la prolifération des rongeurs et de porter des équipements de protection comme des gants et des masques lors du nettoyage des espaces fermés ou poussiéreux.
Ch. M.
