
M. Bilal Al-Amroun, professeur à l’Université de Blida 2/El Affroun et membre du Groupe national des jeunes ambassadeurs de la mémoire, rappelle que la mémoire nationale est au cœur de l’identité algérienne. Face aux transformations numériques, l’État vise à transférer ce patrimoine historique vers des espaces d’engagement pour la jeunesse. L’initiative « Jeunes ambassadeurs de la mémoire », lancée par le ministère de la Jeunesse, en collaboration avec le ministère des Moudjahidine, en est un exemple. À l’occasion de la Journée nationale du chahid, un forum a outillé ces jeunes avec les technologies et l’intelligence artificielle pour préserver et transmettre l’histoire nationale sous le slogan « Sois et tu seras ». Alger16 a échangé avec M. Al-Amroun sur cette initiative et son impact.
Entretien réalisé par Abir Menasria et Amira Benhizia
Alger16 : Quel est l’objectif principal du Forum des jeunes et de l’initiative des ambassadeurs ?
Bilal Al-Amroun : Parmi les objectifs fixés par ce forum, lors du lancement de l’initiative « Ambassadeurs de la mémoire », figure celui de faire de ces jeunes les gardiens de la mémoire nationale, car ils sont issus de milieux divers, allant des passionnés d’histoire et de culture aux créateurs de contenu.
Notre choix de différencier les jeunes vise à transmettre la mémoire nationale à la génération actuelle d’une manière moderne et technique, compréhensible par tous, à condition que l’information soit correcte et provienne de sources fiables.
La sélection des ambassadeurs est-elle aléatoire ou sélective, et sur quels critères ?
Notre sélection des jeunes ambassadeurs de la mémoire a été très précise, puisqu’un comité de 16 membres a été constitué, comprenant des directeurs d’université, des professeurs, des chercheurs, et même des personnalités influentes dans le domaine de la mémoire, des journalistes, des techniciens, des acteurs et des réalisateurs de documentaires. Par conséquent, toute personne souhaitant y adhérer doit remplir certaines conditions, notamment être titulaire d’un diplôme universitaire, s’intéresser aux questions historiques et posséder des compétences en matière de développement des technologies modernes.
Le programme prévoit également une égalité entre les sexes (50% femmes et 50% hommes) provenant de toutes les régions du pays, répartis selon six anciennes régions militaires de l’Algérie.
Il faut noter aussi que sur plus de 400 candidats, seuls 80 ont été choisis à l’occasion du 80e anniversaire des massacres du 8 Mai 1945.
Comment se déroule le processus de formation des ambassadeurs de la mémoire nationale ?
Le programme a débuté par une première session introductive le 8 mai 2025, suivie d’une formation intensive à Aïn Defla du 2 au 5 novembre, à l’occasion de l’anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne.
Durant cette formation, les ambassadeurs ont appris comment obtenir des informations historiques fiables et comment distinguer le vrai du faux, surtout face à la désinformation sur les réseaux sociaux.
La formation comprenait huit formateurs spécialisés : deux en communication et médias, deux en histoire, un en sciences politiques, un expert en intelligence artificielle et un réalisateur de documentaires. L’objectif est de donner aux ambassadeurs les compétences scientifiques et techniques nécessaires pour transmettre la mémoire historique avec précision et professionnalisme.
Comment les plateformes de médias sociaux ont-elles contribué à rapprocher et à clarifier l’image nationale pour les jeunes ?
Les réseaux sociaux sont une arme à double tranchant. Ils peuvent détruire comme ils peuvent détruire. L’histoire est toujours une construction. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux présents dans tous les foyers, les concepts de médias et de communication ont évolué, et chacun peut désormais publier du contenu qui contribue à l’histoire à condition que les informations soient correctes et non fausses.
Quels sont les projets à venir ?
Je tiens tout d’abord à souligner que le ministère soutient ce projet. Il a ouvert ses archives aux étudiants afin de faciliter leur accès à des informations historiques précises provenant de sources fiables. De plus, une plateforme numérique et une application seront créées pour recueillir des témoignages directs et des statistiques sur les sites historiques et révolutionnaires de chaque région, permettant ainsi à chacune d’elle de posséder un patrimoine historique et révolutionnaire documenté et protégé, et renforçant de ce fait le rôle des jeunes comme gardiens de la mémoire nationale.
A. Menasria et A. Benhizia
