Projet de Gazoduc Transsaharien : Vers la phase de réalisation

Longtemps perçu comme une ambition stratégique à l’horizon lointain, le gazoduc transsaharien (TSGP) s’impose désormais comme l’un des projets énergétiques les plus structurants de l’espace euro-africain. Lors d’une conférence sur l’intégration économique africaine organisée jeudi dernier à Alger par la Banque d’Algérie et le Fonds monétaire international (FMI), le ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, a clairement affiché le soutien de Rome au gazoduc transsaharien.

À la croisée des impératifs de sécurité énergétique européenne et des aspirations africaines à la valorisation de leurs ressources naturelles, le mégaprojet gazoduc transsaharien reliant les immenses réserves gazières du Nigeria à la Méditerranée, via le Niger et l’Algérie, franchit aujourd’hui un seuil décisif vers la concrétisation.
Dans un contexte international marqué par la recomposition des flux énergétiques, la guerre en Ukraine, la diversification accélérée des approvisionnements européens et la quête africaine d’intégration régionale, le TSGP apparaît comme une réponse structurelle aux défis contemporains. Il ne s’agit plus seulement d’un corridor gazier, mais d’un instrument géostratégique de stabilité, de développement et de coopération intercontinentale.
La montée en puissance du projet est indissociable du positionnement de l’Italie, qui s’affirme de plus en plus comme un acteur moteur de la nouvelle architecture énergétique méditerranéenne.
S’exprimant avec une clarté diplomatique calculée, le ministre de l’environnement italien a qualifié le TSGP de « techniquement viable et stratégiquement déterminant ». « Ce projet figure parmi les plus importantes infrastructures énergétiques du continent africain », a-t-il affirmé, selon l’agence Nova. M. Gilberto Pichetto Fratin a souligné son rôle clé pour « consolider l’interconnexion énergétique » entre l’Afrique et l’Europe, tout en répondant à la quête croissante de sécurité énergétique des marchés européens.
Ce positionnement ne relève pas d’un intérêt conjoncturel dicté par les tensions actuelles sur les marchés du gaz. Il s’inscrit dans une vision géoéconomique de long terme, celle du « Plan Mattei », porté par le gouvernement de Giorgia Meloni. Cette initiative vise à refonder les relations entre l’Italie et l’Afrique autour d’un partenariat équilibré, fondé sur le développement mutuel, rompant avec une approche strictement extractive des ressources africaines.
« La coopération avec l’Afrique du Nord est appelée à prendre une importance croissante », a insisté Gilberto Pichetto Fratin, plaidant pour une relation italo-algérienne évoluant vers « une intégration économique et énergétique plus large ». Dans cette perspective, le gaz naturel est envisagé comme une énergie de transition, appelée à coexister avec les énergies renouvelables, l’hydrogène vert et les technologies bas carbone.

Le fruit d’un patient travail diplomatique algérien
Le soutien italien vient couronner un lobbying diplomatique de longue haleine mené par l’Algérie, qui n’a cessé, ces dernières années, de promouvoir le TSGP comme une solution gagnant-gagnant pour l’Afrique et l’Europe. Alger s’est employée à inscrire ce projet dans les nouvelles priorités énergétiques européennes, tout en le présentant comme un vecteur d’intégration régionale et de développement sahélo-saharien.
En mai 2024, le ministre d’État, Mohamed Arkab, déclarait à Sorrente, en Italie, lors de la 3e édition du Forum international sur la stratégie européenne économique et socioculturelle en Méditerranée, que le projet « apportera une grande contribution aux approvisionnements en gaz naturel de l’Europe, et renforcera ainsi la sécurité énergétique de la rive nord de la Méditerranée ».
Cette ligne avait déjà été défendue, en 2023 à Rome, par le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, qui avait mis en avant la capacité du gazoduc à transporter plus de 25 milliards de mètres cubes de gaz par an vers l’Europe, renforçant « la position de l’Italie en tant que pôle énergétique », tout en soutenant le développement économique et la stabilité dans la région sahélo-saharienne.
Au-delà des déclarations politiques, le projet connaît désormais une avancée concrète. Lors de la conférence tenue au début du mois en cours à Alger, le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, a annoncé une étape déterminante dans le calendrier du TSGP.
« Il y aura prochainement une rencontre au Niger entre les ministres du Niger, du Nigeria et de l’Algérie pour lancer le projet du gazoduc transsaharien et arriver à sa troisième phase, qui est celle de la réalisation », a-t-il révélé. Il a précisé que le projet se trouve actuellement « à la phase finale de l’étude de faisabilité » et pourrait, selon les dernières estimations, transporter plus de 30 milliards de mètres cubes de gaz par an.
Cette accélération est le résultat direct de la signature, en février dernier à Alger, d’une série d’accords contraignants entre les trois pays concernés. Ces textes portent notamment sur la mise à jour de l’étude de faisabilité, les mécanismes d’indemnisation et les clauses de confidentialité, scellant un «engagement ferme » à faire passer le projet du stade conceptuel à celui de l’exécution.

Un levier stratégique pour l’Europe et l’Afrique
Pour l’Europe, et en particulier pour l’Italie, le TSGP représente une opportunité stratégique majeure. Il offre une source d’approvisionnement diversifiée, stable et complémentaire au gaz algérien déjà exporté via les gazoducs Transmed et Medgaz, renforçant ainsi la résilience du système énergétique européen face aux chocs externes.
Pour l’Afrique, l’enjeu est tout aussi considérable. Le projet permettra de monétiser une ressource nigériane encore largement brûlée en torchère, générant des revenus substantiels. Il offrira également au Niger des revenus de transit cruciaux, tout en contribuant à l’intégration économique régionale.
Au-delà des chiffres, le TSGP constitue un puissant levier de développement socio-économique pour les régions traversées, à travers la création d’emplois, le développement d’infrastructures connexes et la stimulation des investissements locaux. Il s’inscrit ainsi dans une logique de stabilisation durable du Sahel, où les enjeux énergétiques, économiques et sécuritaires sont étroitement imbriqués.
Le gazoduc transsaharien n’est donc plus une simple ligne tracée sur une carte stratégique. Porté par une volonté politique trilatérale affirmée, soutenu par des partenaires européens clés, notamment l’Italie, et inscrit dans une dynamique internationale favorable, il est en train de franchir le pas décisif de la conception à la réalisation.
À travers ce projet, l’Algérie confirme son rôle de pivot énergétique euro-africain, capable de conjuguer souveraineté nationale, coopération régionale et partenariats stratégiques internationaux. Une position qui place le pays au cœur des nouveaux corridors énergétiques appelés à structurer les relations au Sahel.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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