
L’attente aura duré jusqu’aux derniers instants. Depuis plusieurs semaines, supporters, observateurs et spécialistes scrutaient les moindres indices concernant la liste des joueurs retenus pour défendre les couleurs nationales lors de la Coupe du monde 2026. C’est finalement au stade Nelson-Mandela de Baraki que le sélectionneur national, Vladimir Petkovic, a levé le voile, hier, sur ses choix lors d’une conférence de presse particulièrement suivie.
Une liste qui mêle expérience, jeunesse et continuité, tout en réservant quelques surprises. Le technicien bosnien a visiblement privilégié la stabilité d’un groupe qu’il façonne depuis plusieurs mois, tout en intégrant certains éléments capables d’apporter un supplément d’énergie à l’approche du rendez-vous le plus prestigieux du football mondial.
Un choix de quatre gardiens retenus
La première particularité de cette liste concerne le poste de gardien de but. À l’image de plusieurs sélections qualifiées pour le Mondial, Petkovic a choisi de convoquer quatre portiers.
Le grand favori pour débuter la compétition dans la peau du numéro un semble être Luca Zidane. Auteur d’une excellente Coupe d’Afrique des Nations et particulièrement régulier tout au long de la saison, le gardien apparaît aujourd’hui comme le candidat le plus crédible pour garder les cages algériennes.
À ses côtés figure Oussama Benbot, qui arrive en pleine confiance après avoir remporté la Coupe de la Confédération africaine avec l’USM Alger. Melvin Mastil effectue quant à lui son retour après une période compliquée marquée par les blessures, tandis que Abdelatif Ramdhane, récent champion d’Algérie avec le MC Alger, complète le groupe des gardiens.
En revanche, le jeune Bellazoug, qui avait participé au dernier stage de préparation, ne figure finalement pas dans la liste définitive.
Interrogé par Alger16 sur cette décision inhabituelle, Vladimir Petkovic a tenu à expliquer sa démarche :
« Nous avons décidé de prendre un quatrième gardien parce que c’est le seul poste qui peut être remplacé à tout moment durant la compétition ».
Le selectionneur a assuré que ce choix offre « davantage de possibilités de travail pendant le stage et la préparation. »
Cependant ce n’est pas certain que Ramdhane sera concervé au début de la compétition.
Une décision avant tout stratégique, qui témoigne de la volonté du sélectionneur d’anticiper tous les scénarios possibles.
Une défense bâtie autour des cadres
En défense, l’ossature des Verts repose sur des joueurs d’expérience qui connaissent parfaitement les exigences du très haut niveau.
Aïssa Mandi, le joueur le plus capé de la sélection, sera naturellement l’un des piliers du dispositif. Son excellente saison sous les couleurs du LOSC, récompensée par plusieurs distinctions individuelles, ainsi que son influence dans le vestiaire ont conforté son statut de leader incontournable.
À ses côtés, Ramy Bensebaïni abordera ce Mondial avec beaucoup de confiance après une fin de saison convaincante avec le Borussia Dortmund. Ensemble, les deux hommes formeront probablement la charnière centrale appelée à sécuriser l’arrière-garde algérienne.
Sur le côté gauche, la présence de Rayan Aït-Nouri ne souffrait d’aucune contestation. Le latéral de Manchester City est aujourd’hui l’un des joueurs les plus talentueux de sa génération et l’une des principales armes offensives des Verts. Sa doublure sera Jaouen Hadjam, auteur d’une saison sérieuse avec les Young Boys de Berne.
À droite, Rafik Belghali, très en vue lors de la dernière CAN, semble partir avec une longueur d’avance. Samir Chergui, pensionnaire du Paris FC, constitue également une option intéressante pour ce couloir.
Petkovic n’a pas oublié le championnat national. Deux défenseurs locaux figurent dans la liste : Achraf Abada, solide avec l’USM Alger, et Belaïd, qui s’est imposé comme l’un des éléments les plus réguliers de la JS Kabylie.
Sur ce choix, Vladimir Petkovic a précisé : » pour moi il n’ya pas de différence entre un local ou quelqu’un qui a fait sa formation ailleurs, ils sont sélectionné car ils sont bon et ils le méritent ». La véritable surprise de cette liste reste toutefois la convocation de Mohamed Amine Tougaï. Longtemps absent des projections des observateurs, le défenseur a finalement convaincu le staff technique grâce à ses performances récentes.
Le retour très attendu de Nabil Bentaleb
Au milieu de terrain, le retour de Nabil Bentaleb constitue sans doute l’une des principales attractions de cette liste.
Après une deuxième partie de saison particulièrement convaincante avec le LOSC, l’ancien capitaine des Verts retrouve naturellement sa place dans le groupe.
Petkovic n’a pas caché son admiration pour le joueur :
« C’est un joueur que nous connaissons très bien. Il possède toutes les qualités pour apporter un grand soutien au groupe. Il est également très important humainement. Ces derniers mois, il a montré qu’il était revenu à un excellent niveau et qu’il était parfaitement compatible avec le reste de l’équipe. »
Autour de lui, la concurrence sera importante.
Houssem Aouar, absent lors de la dernière CAN en raison d’une blessure, retrouve enfin l’opportunité de représenter l’Algérie lors d’une grande compétition internationale.
Le jeune Ibrahim Maza, récemment transféré au Bayer Leverkusen et considéré comme la plus forte valeur marchande du football algérien, sera également l’une des attractions de ce Mondial.
Fares Chaïbi, grâce à sa polyvalence, pourra évoluer aussi bien dans l’entrejeu que sur les ailes. Hicham Boudaoui, malgré une blessure récente, conserve la confiance du sélectionneur.
Ramiz Zerrouki et Titraoui complètent un secteur de jeu qui apparaît particulièrement dense et équilibré.
Mahrez pour un dernier défi mondial
En attaque, tous les regards seront naturellement tournés vers Riyad Mahrez.
À 35 ans, le capitaine des Verts s’apprête probablement à disputer le dernier grand tournoi international de sa carrière sous les couleurs nationales. Son expérience, son leadership et sa capacité à faire basculer un match restent des atouts majeurs pour l’Algérie.
À ses côtés, la nouvelle génération entend également marquer les esprits.
Anis Hadj Moussa, révélation des derniers mois, devrait avoir un rôle important à jouer. Rapide, technique et imprévisible, il représente l’avenir de l’attaque algérienne.
Kevin Ghedjemis figure lui aussi parmi les options offensives retenues par le sélectionneur.
Concernant la concurrence entre ces différents profils, Petkovic a laissé entendre que rien n’était encore totalement figé : « Mahrez et Hadj Moussa présentent certaines similitudes, mais ils sont aussi très différents. Ghedjemis possède d’autres qualités tout en étant très à l’aise techniquement. Je suis heureux de ne pas avoir à faire ce choix aujourd’hui.» Une déclaration qui montre l’abondance des solutions offensives à disposition du sélectionneur.
Une liste pensée dans les moindres détails
Au-delà des noms retenus, Vladimir Petkovic a surtout insisté sur la méthode qui a guidé ses choix. Face aux interrogations suscitées par certaines absences et certaines convocations, le sélectionneur national a expliqué avoir adopté une approche globale, loin des considérations émotionnelles ou médiatiques.
Selon lui, chaque décision a été prise après une analyse approfondie de l’ensemble des paramètres sportifs, humains et tactiques. « J’essaie, comme je l’ai dit au début, de faire une analyse à 360 degrés pour savoir réellement notre situation », a-t-il déclaré devant la presse.
Le technicien bosnien a rappelé qu’un sélectionneur n’a qu’un seul objectif : construire l’équipe la plus compétitive possible pour gagner des matchs. « Je pense qu’aucun entraîneur au monde ne va enlever de sa propre personne les forces pour gagner les parties », a-t-il affirmé.
Dans cette logique, Petkovic a tenu à désamorcer toute polémique autour des joueurs non retenus. Pour lui, la sélection n’est pas un jugement de valeur sur les absents mais un choix effectué en fonction des besoins du groupe et du projet collectif.
« Je ne suis pas contre les joueurs qui ne sont pas convoqués, mais je suis pour les joueurs qui sont convoqués », a-t-il insisté. Une formule forte qui résume parfaitement sa philosophie de management : privilégier ceux qui correspondent au projet sportif du moment plutôt que de s’attarder sur les débats autour des absences.
Dans un tournoi où les matchs s’enchaînent rapidement, où les blessures et les suspensions peuvent bouleverser les plans d’un sélectionneur, disposer de joueurs capables d’occuper plusieurs fonctions constitue un avantage considérable. Le sélectionneur a ainsi expliqué avoir privilégié des joueurs spécialisés dans leurs rôles naturels tout en recherchant des éléments capables de s’adapter à différents schémas tactiques.
« J’ai cherché à faire les deux. Des joueurs spécialisés dans leurs positions, mais aussi avec des qualités qui leur permettent de changer certains mouvements et de contribuer à d’autres rôles », a-t-il précisé.
Cette réflexion explique notamment la présence de plusieurs profils hybrides au sein de cette sélection. Des joueurs comme Fares Chaïbi, Ibrahim Maza ou encore Houssem Aouar offrent à Petkovic plusieurs options tactiques selon les adversaires rencontrés.
Le technicien national a également insisté sur un aspect souvent oublié par le grand public : l’importance de l’équilibre lors des séances d’entraînement.
« Pour moi, l’important n’est pas seulement de regarder le match, mais aussi l’entraînement », a-t-il expliqué. Avant d’ajouter : « Nous devons avoir un certain équilibre, non seulement pour le jour du match, mais aussi pendant les entraînements. »
Une déclaration qui montre que la construction d’une liste mondiale ne se limite pas à aligner les meilleurs talents disponibles. Il s’agit également de bâtir un groupe cohérent, capable de travailler efficacement durant plusieurs semaines de compétition.
Pas de polémique avant l’Argentine
À quelques jours du choc très attendu entre l’Algérie et l’Argentine lors de la Coupe du monde, Vladimir Petkovic a tenu à calmer les spéculations autour des déclarations du sélectionneur argentin, qui avait récemment affirmé vouloir battre les Verts pour « se venger » de son ancien entraîneur.
Interrogé sur cette sortie médiatique qui avait rapidement fait réagir de nombreux supporters, le sélectionneur national a préféré désamorcer toute controverse. Avec le sourire, il a balayé l’idée d’un quelconque contentieux entre les deux hommes.
« C’était une blague », a-t-il répondu, mettant fin aux interprétations qui avaient alimenté les débats ces derniers jours. L’ancien entraîneur de la Lazio Rome a rappelé que ses relations avec son homologue argentin reposent avant tout sur le respect mutuel et l’estime réciproque. Loin de nourrir une quelconque rivalité personnelle, Petkovic a au contraire multiplié les éloges à l’égard de celui qui a conduit l’Argentine au sommet du football mondial.
« C’est un grand homme et un grand joueur », a-t-il affirmé avant de souligner l’impressionnante trajectoire de son ancien joueur sur le banc de touche. « Il est également devenu un très grand entraîneur », a-t-il ajouté.
Le sélectionneur algérien a d’ailleurs évoqué avec chaleur leurs retrouvailles régulières au fil des années, loin des rivalités de terrain et des enjeux médiatiques.
« C’est toujours un bon moment quand on se rencontre, que ce soit à Rome ou à New York », a-t-il confié.
Un projet qui dépasse le terrain
Au terme de sa conférence de presse, Vladimir Petkovic a voulu adresser un message directement aux supporters algériens. Conscient de l’immense attente qui entoure cette participation à la Coupe du monde, le sélectionneur a appelé l’ensemble du peuple algérien à s’approprier ce projet sportif.
« On veut faire que tout le peuple soit concerné par ce Mondial », a-t-il déclaré.
Plus qu’une simple compétition, Petkovic voit cette aventure mondiale comme un projet fédérateur capable de rassembler toute une nation derrière son équipe.
« Tout le monde doit être investi. On veut que vous soyez dans notre projet », a-t-il insisté devant les journalistes.
Le sélectionneur a également expliqué que cette volonté de transparence avait motivé ses nombreuses explications concernant les choix effectués dans sa liste.
« C’est pour ça que j’ai cherché à expliquer la situation », a-t-il affirmé.
Enfin, le technicien bosnien a conclu son intervention sur une note résolument optimiste, en fixant déjà le cap pour les semaines à venir. « Le projet commence aujourd’hui et j’espère que nous pouvons aller vers la prochaine victoire », a-t-il lancé. Un message qui résume l’ambition affichée par le sélectionneur : construire une équipe compétitive, capable de représenter dignement l’Algérie sur la scène mondiale et de faire vibrer tout un peuple lors de ce rendez-vous planétaire.
Un groupe entre ambition et responsabilité
À travers cette liste, Vladimir Petkovic envoie un message clair : l’Algérie ne se présentera pas au Mondial pour faire de la figuration. L’équilibre recherché entre joueurs expérimentés, cadres historiques et jeunes talents reflète la volonté du staff technique de bâtir une équipe capable de rivaliser avec les meilleures nations du monde.
Entre le leadership de Mandi, Bensebaïni et Mahrez, le retour de Bentaleb, l’émergence de Maza et Hadj Moussa ainsi que la montée en puissance d’Aït-Nouri, les Verts disposent d’arguments solides pour nourrir de grandes ambitions.
Reste désormais l’essentiel : transformer le potentiel sur le papier en performances sur le terrain. Car à partir du coup d’envoi du Mondial, les débats autour des listes laisseront place à une seule vérité, celle du rectangle vert.
G. Salah Eddine