Réalisée par l’Algérie au profit du Niger : Inauguration de la centrale électrique de Gorou Banda

À Niamey, les discours ne flottent plus dans l’air, ils s’ancrent dans du béton, des turbines et surtout des mégawatts. Le Premier ministre Sifi Ghrieb a inauguré, hier, aux côtés de son homologue nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine, la centrale électrique de Gorou Banda, une infrastructure de 40 MW (2 x 20 MW) réalisée par l’Algérie au profit du Niger.

Dès l’ouverture, le message du Premier ministre a été clair : cette centrale n’est pas juste un projet énergétique de plus sur une fiche technique. Elle s’impose comme un marqueur politique, presque une déclaration d’intention matérialisée. Le genre de réalisation qui dit plus sur une relation bilatérale que dix sommets sans suite. Sifi Ghrieb, mandaté par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, a transmis les salutations du chef de l’État aux autorités et au peuple nigériens, réaffirmant une ligne constante : l’Algérie ne se contente pas de discours de coopération, elle veut des résultats visibles, mesurables, presque “physiques”.
Et justement, la rapidité d’exécution du projet en dit long. Initialement prévue pour décembre 2026, la mise en service a été avancée à début juin 2026. M. Ghrieb n’a pas manqué de rappeler ceci.
Il a insisté : « Cette performance illustre la mobilisation des équipes algériennes et nigériennes, ainsi que la volonté politique commune des dirigeants des deux pays de traduire leurs engagements en réalisations concrètes. » Dans cette dynamique, la centrale de Gorou Banda devient un symbole. « Cette centrale constitue le premier grand projet stratégique concrétisé dans le cadre de la nouvelle dynamique impulsée par la Commission mixte algéro-nigérienne de coopération », a-t-il affirmé.
Derrière la formule institutionnelle, il y a une réalité assez simple : Alger et Niamey passent d’une coopération déclarative à une coopération opérationnelle. Moins de slogans, plus de kilowatts.
Cette accélération n’est pas isolée, selon le Premier ministre. Elle s’inscrit dans un suivi direct assumé entre les chefs d’État : Abdourahamane Tiani côté nigérien et Abdelmadjid Tebboune côté algérien.

Une stratégie algérienne d’influence
Au-delà du Niger, ce projet raconte quelque chose de plus large : la stratégie algérienne d’ancrage régional par les infrastructures et l’énergie. Loin des logiques d’influence classique, l’Algérie avance ici avec une arme simple mais redoutablement efficace : l’expertise technique et la capacité d’exécution. Le Premier ministre a d’ailleurs réaffirmé l’engagement d’Alger à accompagner le Niger dans des secteurs stratégiques : énergie, hydrocarbures, infrastructures, santé, enseignement supérieur, numérisation et transports. Une liste qui ressemble moins à une déclaration diplomatique qu’à une feuille de route de transformation structurelle.
Dans ce dispositif, le groupe Sonatrach joue un rôle central. Son expertise est mise en avant comme levier d’accompagnement, notamment à travers la coopération avec la société nigérienne SONIDEP. Exploration, production, maintenance, formation, transfert de compétences : la coopération ne se limite plus aux ressources, elle s’étend aux savoir-faire. Et c’est là que le projet prend une autre dimension. Il ne s’agit plus seulement de produire de l’électricité à Gorou Banda, mais de structurer une montée en compétence locale. Dans cette séquence, Niamey devient presque un laboratoire diplomatique. Une ville où les infrastructures deviennent des instruments politiques, et où chaque mégawatt produit est aussi un message envoyé à la région : la coopération peut être rapide, tangible et orientée résultats.

Des projets concrets
Au-delà de la dimension économique, le Premier ministre a insisté sur l’importance du volet humain dans les relations entre les deux pays. Une orientation assumée, qui traduit une évolution nette de la coopération bilatérale vers des projets à impact social direct. Il a annoncé le lancement prochain des travaux de réalisation d’une polyclinique et d’un centre de dialyse à Agadez, dont l’achèvement est prévu entre fin 2027 et début 2028. Deux infrastructures sanitaires qui viennent répondre à des besoins critiques dans une région confrontée à des défis médicaux structurels.
Dans la même logique, plusieurs autres projets viennent compléter ce dispositif. Parmi eux, un institut islamique qui sera livré en juin 2028 dans la même région, ainsi qu’une Maison de la presse à Niamey. Des projets aux dimensions différentes, mais qui participent tous à une même stratégie : renforcer les bases sociales et institutionnelles du développement.
Le Premier ministre a également indiqué la reprise du projet de numérisation du casier judiciaire nigérien, en coopération avec l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement et le ministère algérien de la Justice. Un chantier qui s’inscrit dans une modernisation administrative plus large, avec des effets directs sur la gouvernance et l’efficacité institutionnelle.
Pour Sifi Ghrieb, l’investissement dans le capital humain constitue « le levier le plus efficace et le plus durable » pour accompagner le développement des pays africains. Dans cette logique, le Premier ministre a également plaidé pour l’accélération de plusieurs chantiers structurants, notamment l’accord commercial préférentiel entre les deux pays, la création d’une zone franche frontalière, ainsi que le développement des liaisons logistiques, numériques et ferroviaires. Il a aussi évoqué les facilités accordées aux échanges commerciaux nigériens via le port de Djen Djen, appelé à jouer un rôle stratégique comme porte d’accès majeure aux flux commerciaux du Niger. Une ouverture logistique qui renforce l’intégration économique régionale.

Une coopération assumée face aux menaces sahéliennes
Au-delà du développement, les enjeux sécuritaires restent un pilier central de la relation algéro-nigérienne. Sifi Ghrieb a rappelé que la stabilité de l’Algérie et du Niger est étroitement liée à celle de l’ensemble de la région sahélo-saharienne, où les menaces sont transfrontalières par nature. Dans ce contexte, Alger et Niamey renforcent leur coopération dans la lutte contre le terrorisme, le trafic de migrants, la contrebande et la sécurisation des frontières. Une approche qui privilégie clairement les solutions politiques, le respect de la souveraineté des États et la concertation régionale, loin des logiques d’intervention extérieure.
En conclusion, le Premier ministre a présenté la centrale électrique de Gorou Banda comme bien plus qu’un projet énergétique. Pour lui, elle incarne un exemple concret de coopération africaine fondée sur la solidarité, la confiance et le respect mutuel.
« Ce projet est le début d’une série de réalisations communes destinées à promouvoir le développement, la stabilité et la prospérité de nos peuples », a-t-il déclaré, réaffirmant la détermination de l’Algérie à poursuivre le renforcement de son partenariat stratégique avec le Niger.
Derrière les discours, une ligne se dessine clairement : transformer la coopération régionale en système de production de résultats visibles, où chaque projet devient une brique d’un édifice plus large, à la fois économique, social et sécuritaire.
Au fond, Gorou Banda dépasse largement la logique d’une centrale électrique posée sur une carte du Niger. C’est un test grandeur nature d’une nouvelle doctrine algérienne : remplacer l’influence déclarative par l’influence productive. Là où la diplomatie classique accumule les communiqués, Alger accumule désormais des infrastructures, des délais raccourcis et des projets livrés.
Par ailleurs, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a quitté la République du Niger, à l’issue d’une visite officielle au cours de laquelle il a supervisé l’inauguration de la centrale électrique de solidarité algéro-nigérienne dans la région de Gorou Banda.
M. Ghrieb a été salué à l’aéroport international de Niamey par le Premier ministre de la République du Niger, M. Ali Lamine Zeine, ainsi que par l’ambassadeur d’Algérie au Niger, Ahmed Saadi, et plusieurs responsables des deux parties, ont indiqué les services du Premier ministère dans un communiqué.
G. Salah Eddine

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