Visite officielle du Président Tebboune à Berlin : L’Algérie et l’Allemagne à l’heure du grand rapprochement

Il est des visites diplomatiques qui dépassent largement le cadre du protocole. Celle entamée, aujourd’hui, par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en Allemagne, appartient sans doute à cette catégorie. Derrière les honneurs militaires, les poignées de main officielles et les déclarations communes se dessine peut-être un partenariat appelé à changer d’échelle entre Alger et Berlin à l’heure où les grands équilibres économiques, énergétiques et industriels mondiaux sont en pleine recomposition.

Par G. Salah Eddine

Le programme officiel prévoit un accueil solennel par le président fédéral Frank-Walter Steinmeier, suivi d’entretiens bilatéraux. Le Président Tebboune rencontrera ensuite le chancelier Friedrich Merz au siège de la Chancellerie fédérale. Au menu des discussions figurent notamment les relations bilatérales, l’économie, l’énergie et les matières premières stratégiques, avant une déclaration conjointe devant la presse. Mais derrière ces intitulés diplomatiques se cachent des enjeux autrement plus structurants pour les deux pays.
Cette visite traduit, en réalité, la convergence progressive des priorités stratégiques d’Alger et de Berlin. Pour l’Allemagne, première puissance économique européenne, il s’agit de consolider son partenariat avec un acteur incontournable du continent africain, capable de jouer un rôle croissant dans la sécurité énergétique, les minerais stratégiques et les industries du futur. Pour l’Algérie, l’enjeu est tout aussi important : attirer davantage d’investissements à forte valeur ajoutée, accélérer le transfert de technologies, renforcer la coopération scientifique et universitaire et accompagner la diversification de son modèle économique.
Le moment est d’autant plus propice que les trajectoires des deux pays semblent aujourd’hui converger. Tandis que l’Algérie poursuit sa transformation autour des grands projets industriels, des ressources minières, des énergies renouvelables et de l’économie de la connaissance, l’Allemagne cherche à sécuriser ses futurs besoins énergétiques et industriels dans un environnement international marqué par la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Plus qu’une visite présidentielle, c’est finalement la rencontre de deux visions stratégiques complémentaires qui pourrait se jouer à Berlin.
Au-delà des considérations économiques, Alger et Berlin entretiennent depuis plusieurs années une relation diplomatique fondée sur le pragmatisme, le dialogue politique et la convergence de leurs intérêts stratégiques. L’Allemagne considère l’Algérie comme un partenaire majeur en Afrique du Nord et au Sahel, non seulement en raison de son poids géopolitique et énergétique, mais également du rôle qu’elle joue dans la préservation de la stabilité régionale et la promotion de solutions politiques aux différentes crises qui traversent son voisinage immédiat.
Cette proximité diplomatique s’exprime notamment à travers une vision largement partagée des grands enjeux internationaux. Les deux pays défendent le primat du dialogue politique dans la résolution des conflits, le respect du droit international, ainsi que le multilatéralisme comme cadre privilégié des relations internationales. Alger et Berlin affichent également des positions convergentes sur plusieurs dossiers internationaux, parmi lesquels figure notamment leur attachement à la solution à deux États pour la question palestinienne.
Cette volonté de renforcer leur coordination politique a d’ailleurs été réaffirmée lors d’un récent entretien téléphonique entre le président Abdelmadjid Tebboune et son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier. Les deux chefs d’État avaient alors exprimé leur ambition commune d’approfondir davantage leur partenariat bilatéral et de poursuivre leurs concertations sur les grandes questions régionales et internationales.
On pourrait également mentionner la grâce accordée par le Président Tebboune au prisonnier Boualem Sansal, après une demande faite par le chancelier allemand. Une dynamique qui témoigne de l’évolution progressive des relations algéro-allemandes vers un partenariat qui ne se limite plus aux seuls échanges économiques, mais s’étend désormais aux dimensions diplomatiques, stratégiques et sécuritaires.

Une relation économique appelée à changer d’échelle
Si les relations entre Alger et Berlin sont anciennes, elles connaissent depuis plusieurs années une accélération remarquable. L’Allemagne figure aujourd’hui parmi les principaux partenaires économiques européens de l’Algérie et demeure l’un des investisseurs industriels les plus importants présents sur le marché national. Bien au-delà des échanges commerciaux, Berlin apparaît désormais comme l’un des partenaires les mieux positionnés pour accompagner la nouvelle stratégie économique algérienne, fondée sur l’industrialisation, l’innovation et la montée en gamme des productions nationales.
Le savoir-faire allemand est déjà solidement implanté dans plusieurs secteurs stratégiques, des équipements industriels aux technologies médicales, en passant par l’énergie, les infrastructures et la formation professionnelle. Une présence appelée à se renforcer, selon l’ambassadeur d’Allemagne à Alger, Georg Felsheim, qui qualifiait récemment les relations algéro-allemandes d’« excellentes », estimant qu’elles étaient destinées « à s’approfondir davantage » au cours des prochaines années. Plus de cinquante entreprises allemandes sont aujourd’hui implantées en Algérie, actives notamment dans les énergies renouvelables, l’agriculture, l’industrie pharmaceutique et les industries mécaniques.
Cette dynamique se reflète également dans les chiffres du commerce bilatéral. Les importations allemandes en provenance d’Algérie ont progressé de 11 % en 2025 pour atteindre 1,4 milliard d’euros, avant d’enregistrer une nouvelle hausse de près de 20 % au premier trimestre 2026. Les exportations allemandes vers l’Algérie se maintiennent quant à elles autour de 2,1 milliards d’euros, tirées principalement par les équipements industriels et les machines-outils, véritables piliers du modèle économique allemand.
Mais l’enjeu de cette visite présidentielle semble aujourd’hui dépasser largement le cadre des relations commerciales traditionnelles. L’Algérie ne souhaite plus être uniquement perçue comme un fournisseur d’hydrocarbures ou comme un marché de plus de 47 millions de consommateurs. Elle ambitionne désormais de s’imposer comme une plateforme industrielle régionale, capable de produire davantage localement, de développer des chaînes de valeur stratégiques et de renforcer sa présence sur les marchés africains et méditerranéens.
Cette mutation économique suppose toutefois un accès accru aux technologies de pointe, aux investissements productifs et aux expertises industrielles internationales. Autant de domaines dans lesquels l’Allemagne dispose d’atouts considérables. Première puissance industrielle européenne, Berlin a bâti sa compétitivité sur l’innovation, la recherche appliquée et la complémentarité entre universités, industrie et tissu entrepreneurial. Un modèle qui fait écho aux nouvelles orientations économiques engagées par l’Algérie autour de l’économie de la connaissance, de l’industrie manufacturière et de la souveraineté productive.
Derrière cette visite pourrait ainsi se dessiner une nouvelle philosophie de coopération entre les deux pays. L’ambition n’est plus seulement d’acheter et de vendre, mais davantage de produire ensemble, de transférer des technologies, de former des compétences et de créer de la valeur ajoutée sur le territoire algérien. À mesure que l’Algérie accélère sa diversification économique et que l’Allemagne redéfinit ses partenariats stratégiques face aux bouleversements géopolitiques mondiaux, Alger et Berlin semblent disposer d’une opportunité rare : celle de faire évoluer leur relation vers un partenariat industriel, technologique et scientifique appelé à changer durablement d’échelle.

Un pacte gazier sera signé
Impossible d’évoquer cette visite présidentielle sans parler d’énergie. C’est sans doute sur ce terrain que les intérêts des deux pays convergent aujourd’hui avec le plus de force. Depuis plusieurs années, l’Allemagne poursuit une profonde recomposition de sa stratégie énergétique afin de sécuriser ses approvisionnements tout en accélérant sa transition vers une économie décarbonée. L’Algérie, forte de son statut de troisième fournisseur de gaz naturel de l’Union européenne et de son immense potentiel dans les énergies renouvelables, s’impose progressivement comme l’un des partenaires les plus stratégiques de Berlin dans cette équation.La complémentarité apparaît presque naturelle. D’un côté, l’Allemagne cherche à garantir les besoins énergétiques qui permettront à ses industries de demeurer compétitives dans les prochaines décennies. De l’autre, l’Algérie poursuit sa diversification économique et ambitionne de développer de nouvelles filières énergétiques à forte valeur ajoutée, capables d’accompagner sa transformation industrielle.
Selon le quotidien économique allemand Handelsblatt, l’un des plus influents du pays, Berlin souhaiterait obtenir une augmentation des volumes de gaz naturel liquéfié (GNL) algérien destinés au marché allemand. Citant des sources gouvernementales, le journal évoque même la conclusion prochaine d’un véritable « pacte gazier » à l’occasion de la visite d’État du Président Tebboune. Plusieurs déclarations d’intention destinées à approfondir le partenariat énergétique entre les deux pays devraient également être signées, avec au premier rang une extension des livraisons algériennes de GNL vers l’Allemagne.
Cette coopération énergétique se dessine déjà sur le terrain. Le 2 juillet dernier, Sonatrach a procédé à sa première livraison de gaz naturel liquéfié vers le terminal allemand de Wilhelmshaven, marquant une nouvelle étape dans les relations énergétiques entre les deux pays. Berlin envisage parallèlement d’accompagner Alger dans la réduction des émissions de méthane tout au long de la chaîne de valeur des hydrocarbures, un enjeu devenu central dans les politiques environnementales européennes. La participation annoncée des secrétaires d’État allemands à l’Environnement et à l’Économie, Jochen Flasbarth et Frank Wetzel, lors des signatures prévues à Berlin, témoigne d’ailleurs de l’importance accordée à cette dimension du partenariat.

Mais l’ambition des deux capitales est déjà bien au-delà du gaz naturel. L’hydrogène vert constitue sans doute l’un des chantiers les plus prometteurs de la coopération algéro-allemande. Grâce à son potentiel solaire exceptionnel et aux investissements engagés dans les énergies renouvelables, l’Algérie aspire à devenir l’un des futurs producteurs mondiaux de cette énergie appelée à jouer un rôle majeur dans la décarbonation des industries européennes. Berlin en a d’ailleurs fait l’un des piliers de sa stratégie industrielle pour les décennies à venir.
Plusieurs projets structurants illustrent déjà cette vision commune, à l’image du corridor SouthH2 destiné au transport de l’hydrogène vert vers l’Europe, ainsi que des initiatives TaqatyH2 et DigiEnR, qui témoignent de la volonté des deux pays de construire un partenariat énergétique tourné vers l’innovation et les technologies du futur. Derrière les discussions sur le gaz se dessine ainsi une ambition beaucoup plus large : celle de faire de l’énergie le moteur d’une nouvelle génération de coopération économique et industrielle entre Alger et Berlin.

Les minerais, autre sujet stratégique
Si l’énergie constitue aujourd’hui le principal moteur des relations économiques entre Alger et Berlin, les ambitions des deux capitales dépassent désormais largement le seul secteur gazier. Un autre dossier pourrait bien s’imposer comme l’un des grands chantiers du partenariat : celui des matières premières stratégiques et de l’industrie du futur.
Car l’Algérie de 2026 n’est plus uniquement celle que l’Europe regarde à travers le prisme du pétrole et du gaz. À travers les mégaprojets miniers engagés ces dernières années, le développement des énergies renouvelables, l’essor de l’industrie de transformation ou encore les grands projets d’infrastructures ferroviaires, le pays affiche désormais une ambition beaucoup plus large : celle de devenir une puissance industrielle régionale capable de créer davantage de valeur ajoutée sur son territoire.
Cette transformation intervient dans un contexte international particulièrement favorable. La transition énergétique mondiale a profondément bouleversé les besoins industriels des grandes économies. Fer, zinc, phosphates et minerais indispensables aux nouvelles technologies sont devenus des ressources hautement stratégiques. Batteries électriques, panneaux photovoltaïques, industries numériques ou mobilité verte reposent désormais sur des chaînes d’approvisionnement de plus en plus complexes, poussant les puissances industrielles à sécuriser leurs futurs besoins en matières premières critiques.
L’Allemagne n’échappe évidemment pas à cette nouvelle donne. Première puissance industrielle européenne, elle cherche depuis plusieurs années à diversifier et sécuriser ses approvisionnements afin d’accompagner la transformation de son appareil productif. La révolution industrielle verte engagée par Berlin nécessitera des volumes considérables de ressources minières au cours des prochaines décennies, faisant des partenariats stratégiques un enjeu majeur de sa politique économique extérieure.
De son côté, l’Algérie a engagé plusieurs mégaprojets miniers appelés à transformer durablement son paysage industriel. La mine de fer de Gara Djebilet à Tindouf, le projet intégré des phosphates de Tébessa, ainsi que la mine de zinc et de plomb de Tala Hamza-Oued Amizour à Béjaïa figurent désormais parmi les principaux piliers de cette nouvelle stratégie économique nationale. Bien plus que de simples projets d’extraction, ils s’inscrivent dans une vision fondée sur la création de véritables chaînes de valeur industrielles, depuis la transformation locale des ressources jusqu’à leur intégration dans des industries à forte valeur ajoutée.
C’est précisément sur ce terrain que les intérêts algériens et allemands semblent aujourd’hui se rejoindre. L’Algérie dispose des ressources, des capacités énergétiques et des ambitions industrielles nécessaires à cette transformation. L’Allemagne possède, quant à elle, l’expertise technologique, les capacités d’investissement et le savoir-faire industriel qui ont fait sa réputation mondiale. Autrement dit, derrière les hydrocarbures et les contrats commerciaux traditionnels pourrait progressivement émerger un partenariat beaucoup plus ambitieux, fondé sur la coproduction, l’innovation industrielle et la construction des chaînes de valeur qui alimenteront les économies de demain.

Des industriels allemands en Algérie
Mais le potentiel du partenariat algéro-allemand ne s’arrête ni au gaz ni aux matières premières stratégiques. Un autre chantier pourrait connaître une accélération significative à l’occasion de cette visite présidentielle : celui de l’industrie manufacturière et de la coproduction.
L’Algérie affiche désormais une ambition claire : dépasser le statut de marché importateur pour devenir une plateforme industrielle régionale capable de produire localement et d’alimenter les marchés africains et méditerranéens. Cette stratégie s’accompagne d’une volonté affirmée d’augmenter progressivement les taux d’intégration nationale dans plusieurs filières industrielles stratégiques, au premier rang desquelles figure le secteur automobile.
Les signaux d’un rapprochement industriel entre Alger et Berlin se multiplient d’ailleurs ces derniers mois. Fin juin, six entreprises allemandes spécialisées dans l’industrie automobile ont effectué une mission de prospection économique à Alger et Oran afin d’explorer les opportunités offertes par la sous-traitance locale et les capacités de production nationales. Une démarche qui s’inscrit dans un contexte particulièrement favorable, alors que les autorités algériennes ont fixé un objectif ambitieux de 40 % de taux d’intégration locale pour cette filière. Un retour en force de Volkswagen sur le marché algérien serait possible.
Au-delà des véhicules eux-mêmes, c’est toute une industrie périphérique qui pourrait progressivement émerger autour des composants mécaniques, électriques et électroniques, des équipements industriels ou encore des matériaux nécessaires à la fabrication automobile. L’expertise allemande dans ces domaines constitue un atout majeur. Première puissance automobile européenne, l’Allemagne possède un écosystème industriel parmi les plus performants au monde, capable d’accompagner le développement de chaînes de production locales à forte valeur ajoutée.
Plus largement, cette dynamique pourrait ouvrir la voie à de nouveaux accords dans des secteurs aussi variés que les équipements industriels, la mécanique de précision, l’industrie pharmaceutique, les technologies médicales ou encore la formation professionnelle spécialisée.

Le moteur scientifique commun
Car derrière les investissements et les grands projets industriels, ce sont aussi les compétences, la recherche et l’innovation qui façonneront les économies de demain.
Depuis plusieurs décennies, l’Allemagne figure parmi les partenaires académiques privilégiés de l’Algérie. Chaque année, de nombreux étudiants, doctorants et chercheurs algériens poursuivent leurs études ou réalisent leurs travaux de recherche au sein des universités allemandes grâce aux programmes d’échange académiques et aux dispositifs de coopération scientifique mis en place entre les deux pays. Les partenariats concernent notamment les sciences de l’ingénieur, les nouvelles technologies, la médecine, les énergies renouvelables, l’agriculture, les sciences de l’environnement ou encore l’intelligence artificielle, autant de domaines considérés aujourd’hui comme stratégiques pour les deux économies.
Cette coopération universitaire prend toutefois une dimension nouvelle au regard des profondes transformations engagées par l’Algérie. L’université productive, la création de start-up issues des laboratoires de recherche, la valorisation économique des résultats scientifiques ou encore le rapprochement progressif entre l’université et l’entreprise constituent désormais quelques-uns des principaux axes de la stratégie nationale de l’enseignement supérieur. L’objectif affiché est clair : faire de la connaissance un véritable levier de création de richesse et un moteur de diversification économique.
Dans cette perspective, peu de partenaires apparaissent aussi complémentaires que l’Allemagne. Première puissance industrielle européenne, Berlin a bâti son modèle économique sur l’articulation étroite entre recherche scientifique, innovation technologique, industrie manufacturière et formation des compétences. Le succès du modèle allemand repose précisément sur cette capacité à transformer la recherche en produits industriels, les idées en entreprises et les compétences en croissance économique.
La formation professionnelle constitue également l’un des piliers les plus prometteurs de cette coopération. Considérée comme un maillon essentiel de la réindustrialisation de l’Algérie, elle pourrait jouer un rôle déterminant dans l’accompagnement des futurs projets industriels nationaux. Car derrière les usines, les infrastructures et les investissements, ce sont avant tout des milliers d’ingénieurs, de techniciens et de chercheurs qu’il faudra former pour accompagner la transformation économique du pays.

Une visite stratégique
L’après-Berlin constituera sans doute le véritable test de cette visite d’État. Car au-delà des déclarations communes et des accords qui pourraient être signés, l’enjeu sera surtout celui de leur traduction concrète sur le terrain. Si les annonces attendues se matérialisent, les relations algéro-allemandes pourraient progressivement entrer dans une nouvelle phase, fondée moins sur des échanges commerciaux classiques que sur une logique de coproduction, d’investissement industriel et de partenariats technologiques de long terme. L’énergie, les minerais stratégiques, l’industrie manufacturière, la recherche scientifique ou encore la formation des compétences pourraient alors devenir les piliers d’une coopération appelée à s’inscrire sur plusieurs décennies.
Cette visite intervient également à un moment charnière pour les deux pays. L’Allemagne cherche à sécuriser les ressources, les technologies et les partenariats qui accompagneront la transformation de son appareil industriel, tandis que l’Algérie poursuit sa mue économique avec l’ambition affichée de produire davantage, d’innover davantage et d’exporter davantage. Rarement les priorités stratégiques de deux États auront semblé aussi complémentaires. De Berlin à Alger, il ne s’agit plus seulement de parler d’hydrocarbures ou de commerce extérieur, mais bien d’imaginer ensemble les chaînes de valeur industrielles, énergétiques et technologiques qui façonneront les économies de demain.
Au fond, cette visite présidentielle pourrait bien symboliser quelque chose de plus profond encore : l’évolution du regard que portent désormais les deux capitales l’une sur l’autre. L’Algérie n’est plus uniquement perçue comme un fournisseur énergétique incontournable de la Méditerranée, tandis que l’Allemagne apparaît de moins en moins comme un simple partenaire commercial européen. Si les ambitions affichées sont au rendez-vous des réalisations, Berlin pourrait marquer le point de départ d’un partenariat stratégique appelé à changer durablement d’échelle. Un partenariat où il ne serait plus seulement question d’importer et d’exporter, mais de produire, d’innover et de construire ensemble une partie des industries du futur. Après tout, certaines visites diplomatiques s’achèvent avec un communiqué commun. D’autres ouvrent un nouveau chapitre. Celle-ci pourrait bien appartenir à la seconde catégorie.

G. Salah Eddine

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