Abderrahmane Hadef, consultant international en géoéconomie, à Alger 16 : «L’Algérie peut devenir une plateforme industrielle entre l’Europe et l’Afrique»

À l’heure où l’économie mondiale connaît de profondes mutations, entre transition énergétique, révolution technologique et recomposition des partenariats internationaux, les grandes puissances comme les économies émergentes cherchent à renforcer leur résilience et leur souveraineté économique.
Dans ce contexte, l’Algérie accélère sa stratégie de diversification et de coopération internationale, avec en point d’orgue la visite officielle du président Abdelmadjid Tebboune en Allemagne, appelée à ouvrir de nouvelles perspectives économiques.
Pour analyser les enjeux de cette dynamique, Alger16 a échangé avec Abderrahmane Hadef, consultant international en géoéconomie et spécialiste des questions de compétitivité et de transformation économique.

Alger16 : Le président Abdelmadjid Tebboune effectuera une visite officielle en Allemagne le 16 juillet (aujourd’hui). Quelle lecture donnez-vous à cet événement majeur et historique ?
Abderrahmane Hadef :
D’abord, il est important de relever que cette visite intervient à un moment particulièrement important, tant pour l’Algérie que pour l’Allemagne. L’Europe est engagée dans une profonde recomposition de sa politique industrielle, énergétique et commerciale, tandis que l’Algérie accélère sa stratégie de diversification économique et d’amélioration de son attractivité.
L’Allemagne est aujourd’hui la première économie européenne, avec un PIB supérieur à 4 700 milliards de dollars, et demeure un leader mondial dans les secteurs de l’industrie, des équipements, de l’automobile, des technologies de pointe et de la transition énergétique.
De son côté, l’Algérie dispose d’atouts stratégiques majeurs : une position géographique privilégiée, des ressources énergétiques et minières abondantes, un potentiel considérable dans les énergies renouvelables, ainsi qu’un marché en pleine transformation. C’est donc une visite qui peut réellement bâtir une dynamique conjointe qui pourrait perdurer plusieurs années.

Concrètement, quels résultats économiques l’Algérie peut-elle raisonnablement espérer obtenir de cette visite ?
La convergence d’intérêts offre une opportunité de bâtir un partenariat économique d’une nouvelle génération, fondé non plus uniquement sur les échanges commerciaux, mais sur le co-investissement, le transfert de technologies, la formation, la recherche et l’intégration des entreprises algériennes dans les chaînes de valeur industrielles européennes.
Je pense notamment aux secteurs de l’industrie manufacturière, de la mécanique, de l’automobile, de la chimie, des équipements électriques, de l’hydrogène vert et des minerais critiques. L’ambition doit être de faire de l’Algérie une plateforme industrielle et logistique reliant l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique.

Quelques jours après la visite en Allemagne, le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez est attendu à Alger. Après plusieurs années de tensions diplomatiques, peut-on considérer que les relations économiques entre l’Algérie et l’Espagne entrent dans une nouvelle phase ?
Je le pense sincèrement. Les relations entre l’Algérie et l’Espagne reposent sur une complémentarité économique qui dépasse largement les aléas diplomatiques.
L’Espagne demeure l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Algérie, avec des échanges qui ont historiquement porté sur l’énergie, mais qui peuvent désormais s’étendre à de nombreux autres secteurs.

Justement, quels nouveaux secteurs, hors énergie, pourraient constituer les principaux moteurs de cette relance ?
La normalisation des relations ouvre la voie à une coopération plus ambitieuse autour de projets industriels, logistiques et technologiques. Les perspectives sont particulièrement prometteuses dans les énergies renouvelables, l’hydrogène vert, les interconnexions électriques, la logistique portuaire, la construction navale, l’agro-industrie, le tourisme, l’économie numérique et les services.
Cette nouvelle phase devra toutefois privilégier des investissements productifs créateurs de valeur et d’emplois, plutôt qu’une simple reprise des échanges commerciaux. L’objectif est de construire un partenariat équilibré, fondé sur la création de richesse, le développement industriel et le transfert de savoir-faire.

Les autorités affichent l’ambition de faire entrer l’Algérie dans le cercle des économies émergentes à l’horizon des prochaines années. Quels indicateurs devront, selon vous, évoluer en priorité pour que cette ambition dépasse le stade du discours et se traduise par une véritable transformation structurelle de l’économie nationale ?
L’émergence économique se construit à travers des réformes cohérentes, une vision de long terme et des résultats mesurables. Car oui, l’émergence ne se résume pas à un taux de croissance élevé. Elle suppose une transformation profonde du modèle économique, fondée sur la productivité, l’innovation et la création durable de valeur.
À mon sens, cinq indicateurs seront particulièrement déterminants.
Le premier est l’accélération durable de la croissance hors hydrocarbures, qui devra devenir le véritable moteur de l’économie nationale.
Le deuxième concerne la montée en puissance de l’industrie manufacturière et des activités à forte valeur ajoutée, afin d’améliorer la productivité et de diversifier la structure du PIB.
Le troisième porte sur l’augmentation des exportations hors hydrocarbures et l’intégration de l’Algérie dans les chaînes de valeur régionales et mondiales, condition essentielle pour renforcer la compétitivité du tissu économique.
Le quatrième est l’amélioration du climat des affaires, de la gouvernance publique et de la qualité des institutions, qui constituent aujourd’hui des facteurs déterminants dans les décisions d’investissement.
Enfin, le cinquième indicateur concerne le développement du capital humain. Aucun pays n’est devenu une économie émergente sans investir massivement dans l’éducation, la formation, la recherche, l’innovation et les compétences numériques.

Si vous deviez résumer en une phrase le principal enjeu économique de l’Algérie à l’horizon 2035, quel serait-il ?
Je le résumerais ainsi :
« Faire de l’Algérie une économie émergente, souveraine, innovante et compétitive, capable de transformer ses ressources naturelles, son capital humain et son potentiel numérique en richesse durable, en emplois qualifiés et en une intégration réussie dans les chaînes de valeur mondiales. Une Algérie durablement prospère. »
Plus que jamais, je reste convaincu que la réussite de cette ambition stratégique reposera sur notre capacité collective à accélérer les réformes, à investir dans la connaissance, à promouvoir l’innovation et à faire du numérique un levier de transformation de l’ensemble de notre économie.
Car, au fond, l’économie numérique n’est plus une finalité. Elle constitue désormais le socle de la nouvelle souveraineté économique.

Ch. M.

ALGER 16 DZ

Next Post

Université Alger 3 : Lancement d'un master à cursus intégré à la licence en communication en langue amazighe

jeu Juil 16 , 2026
Le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) a annoncé, mardi dernier dans un communiqué, le lancement, à l’Université Alger 3 Ibrahim- Soltan-Chibout, d’un master à cursus intégré à la licence en communication en langue amazighe, au titre de l’année universitaire 2026-2027.Cette démarche s’inscrit « dans le cadre réglementaire du secteur et en application […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37