
Dans le monde de l’innovation et des projets portés par la jeunesse universitaire, l’Algérie vient de signer une performance aussi exceptionnelle qu’inédite sur la scène internationale. Représentée par les étudiants de l’École nationale polytechnique d’El Harrach (ENP), elle a fait son entrée dans la très prestigieuse compétition « Formula Student UK » grâce à la détermination et à la persévérance des membres de l’équipe « ENP Racing Team». Afin de mettre en lumière la force d’engagement et l’esprit de défi qui ont guidé cette aventure, Alger16 est allé à la rencontre de Ben Kemmoum Meriem. Membre clé de l’équipe et artisane majeure de la conception et de la fabrication du véhicule, elle revient avec passion et fierté sur cette expérience unique qui a permis de faire flotter le drapeau national dans l’un des plus hauts lieux du sport automobile mondial.
Entretien réalisé par Abir Menasria
Alger 16 : Quelle était l’ambiance lors des préparatifs de la compétition ?
Ben Kemmoum Meriem : La préparation pour cette compétition a commencé dès le lancement du projet, en 2025. Mais si on parle des derniers mois avant le départ, l’ambiance était vraiment unique.
Il y avait beaucoup de stress à cause des délais, mais aussi énormément d’enthousiasme à l’idée de participer à la compétition. Toute l’équipe s’est investie à 100 %, surtout pendant les trois derniers mois, qui étaient consacrés à l’assemblage des différents sous-systèmes de la voiture.
On est restés soudés du début à la fin, avec un seul objectif en tête : faire rouler cette voiture et la voir arriver sur le circuit de Silverstone. Et, au final, on y est arrivés. C’est une immense fierté pour toute l’équipe.
Pour des étudiants comme vous, c’est un projet colossal. Comment avez-vous réussi à concilier vos études et ce projet ?
La conciliation entre nos études et ce projet a demandé beaucoup d’organisation, de discipline et de sacrifices. Mais avec le bon état d’esprit, une équipe soudée et une motivation commune, nous avons réussi à trouver un équilibre entre les deux.
D’ailleurs, un projet universitaire comme celui-ci n’est pas censé freiner la réussite académique. Au contraire, il permet d’élargir nos horizons, de développer de nouvelles compétences et de nourrir encore plus d’ambition. C’est une expérience qui nous fait grandir, aussi bien sur le plan technique que personnel.
Quels ont été les principaux obstacles rencontrés lors de la conception de la voiture ?
Concernant la conception de la voiture, nous avons dû faire face à plusieurs défis, notamment sur les plans financier et organisationnel. Comme il s’agit d’un projet inédit en Algérie, il a fallu construire beaucoup de choses à partir de zéro et convaincre de nombreux partenaires. Mais grâce à la détermination de toute l’équipe, nous avons réussi à surmonter ces obstacles, El Hamdoulillah.
J’aimerais également remercier Monsieur le Ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, M. Nouredine Ouaddah, qui nous a accordé sa confiance dès le début, ainsi que Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique pour son soutien et ses encouragements tout au long de cette aventure.
Bien sûr, lorsqu’on parle d’une voiture de course conçue par des Algériens, et plus particulièrement des étudiants, nous sommes curieux de connaître les spécifications techniques et la technologie de cette prouesse…
Notre voiture est une monoplace de type Formula Student, entièrement conçue et développée par les étudiants de l’ENP Racing Team de l’Ecole nationale polytechnique d’Alger.
Elle repose sur un châssis tubulaire en acier, conçu pour offrir le meilleur compromis entre rigidité et poids.
Elle est équipée d’un moteur Yamaha FZ6 de 600 cm³, quatre cylindres, installé à l’arrière, avec une transmission par chaîne et une propulsion arrière.
Elle dispose également d’une suspension indépendante, d’un système de freinage hydraulique à disques haute performance et d’une direction mécanique. L’ensemble du véhicule a été conçu dans le respect des exigences techniques de la compétition.
Quelles ont été les principales aides que vous avez reçues depuis le lancement du projet ?
Depuis le lancement du projet, nous avons bénéficié du soutien de plusieurs acteurs qui ont cru en nous dès le début. Je pense notamment au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, au ministère de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, ainsi qu’à la direction de l’École nationale polytechnique.
Nous avons également reçu le soutien de nos enseignants, de nos encadreurs, de nos partenaires et de nos sponsors, qui nous ont accompagnés aussi bien sur les plans technique, matériel que financier. Enfin, nous tenons à remercier la communauté algérienne au Royaume-Uni et l’ambassade d’Algérie, qui nous ont énormément aidés pendant notre séjour à Silverstone.
Qu’est-ce qui rend votre projet ou votre voiture unique par rapport aux autres ?
Au-delà des performances techniques de la voiture, ce qui rend notre projet unique, c’est son histoire. Il s’agit de la toute première participation de l’Algérie à «Formula Student UK». Nous avons construit ce projet avec des moyens limités, mais avec beaucoup de passion, de persévérance et d’esprit d’équipe.
Notre objectif n’était pas seulement de concevoir une voiture de course, mais aussi de démontrer que les étudiants algériens sont capables de réaliser des projets d’ingénierie de haut niveau et de rivaliser avec les meilleures universités du monde lorsque les conditions et la confiance sont réunies.
Vous avez à peine fini votre voiture que vous allez déjà vous rendre au Royaume-Uni pour la 1re fois… Quelle a été votre réaction en découvrant l’atmosphère et la préparation de la compétition là-bas ?
À notre arrivée au Royaume-Uni, nous avons été accueillis dans un environnement très professionnel et parfaitement organisé.
J’aimerais d’ailleurs profiter de cette occasion pour remercier chaleureusement la communauté algérienne au Royaume-Uni, qui nous a soutenus et accompagnés tout au long de notre séjour. Leur aide nous a énormément facilité les choses et nous leur en sommes très reconnaissants.
Nous avons passé cinq jours sur le circuit de Silverstone et cette expérience restera gravée dans nos mémoires. Le fait de côtoyer des étudiants de notre génération, venus des quatre coins du monde, était vraiment fascinant. Malgré nos cultures, nos langues et nos parcours différents, nous partagions tous la même passion et le même objectif.
Au final, cette expérience a été tout simplement inoubliable. El Hamdoulillah, nous en gardons des souvenirs exceptionnels.
Vous attendiez-vous à gagner le prix du meilleur nouveau participant ?
Concernant nos attentes, nous étions avant tout conscients qu’il s’agissait de notre toute première participation. Notre objectif principal n’était pas de remporter la compétition, mais de prouver qu’une équipe d’étudiants algériens pouvait concevoir une véritable voiture de course, la faire rouler sur le circuit de Silverstone et représenter dignement l’Algérie.
Recevoir le prix du Best Newcomer (Meilleur nouveau venu) a donc été une immense fierté. C’était une reconnaissance de tous les efforts fournis par moi et mon équipe pendant plusieurs mois. C’est une motivation supplémentaire pour aller encore plus loin lors des prochaines éditions.
Quelle a été votre réaction au moment où ils ont annoncé «Algeria BNP Racing Team » comme vainqueur d’un prix, on suppose que c’était assez spécial ?
Oui, c’était un moment très fort en émotion. Recevoir une telle distinction lors de notre toute première participation, sur le circuit mythique de Silverstone, était une immense fierté pour toute l’équipe. Nous avons immédiatement repensé à tous les sacrifices, aux longues journées de travail et à l’année et demie d’efforts qui ont rendu ce projet possible. Au-delà d’une récompense pour notre équipe, nous avons surtout eu le sentiment d’avoir représenté l’Algérie de la plus belle des manières.
Vous avez reçu les félicitations du président de la République et du ministre de l’Enseignement supérieur. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Recevoir les félicitations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, ainsi que celles du ministre de l’Enseignement supérieur est un immense honneur et une grande source de motivation. C’est une reconnaissance qui dépasse notre équipe : elle valorise le travail des étudiants algériens et montre que l’innovation, la recherche et l’ingénierie méritent d’être encouragées.
Lorsque le Président nous qualifie d’espoir pour l’avenir, nous y voyons avant tout une responsabilité : celle de continuer à progresser, de transmettre cette expérience aux prochaines générations et de faire en sorte que l’Algérie soit durablement présente parmi les meilleures équipes mondiales en ingénierie et en innovation.
Quelles sont les prochaines étapes pour «ENP Racing Team» ?
Ce prix représente une étape importante, mais certainement pas une finalité. Notre objectif est de revenir en Algérie avec toute l’expérience acquise afin d’améliorer la voiture, de développer davantage nos compétences et de préparer les prochaines éditions de «Formula Student UK». Nous voulons faire grandir «ENP Racing Team», transmettre notre expérience aux futurs membres et continuer à représenter l’Algérie au plus haut niveau dans les compétitions internationales d’ingénierie.
Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes ou aux étudiants qui ont des projets et des idées novatrices, mais qui hésitent à les concrétiser ?
Je voudrais leur dire de croire en leurs idées et de ne pas avoir peur de se lancer. Tous les grands projets commencent par une simple idée, mais ce sont la persévérance, le travail et la patience qui les transforment en réalité. Il y aura forcément des difficultés et des moments de doute, mais il ne faut jamais les laisser freiner ses ambitions. Notre histoire en est la preuve : nous sommes partis d’une idée qui semblait ambitieuse et, aujourd’hui, nous avons représenté l’Algérie sur la scène internationale et remporté une distinction prestigieuse. Si vous croyez en votre projet et que vous vous entourez des bonnes personnes, rien n’est impossible.
A. Menasria
