
Les énergies renouvelables, avec l’énergie solaire en tête de file, sont considérées comme la pierre angulaire de l’avenir énergétique mondial, offrant des solutions propres et durables pour réduire la pollution et répondre à une demande croissante. À cet égard, l’Algérie dispose d’atouts exceptionnels, qui la placent à l’avant-garde des nations capables de mener cette transition, grâce à son vaste territoire et au fort ensoleillement dont bénéficie le Sahara.
Entretien réalisé par Abir Menasria
L’innovation technologique, notamment de l’intelligence artificielle, peut -elle être mise à profit dans le domaine des énergies renouvelables ?
C’est la course contre la montre… Cette mutation se déroule avec un rythme trés soutenu, imposé par les prévisions du GIEC et de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). D’après le rapport Renewables de l’AIE, plus de 5.500 GW de capacités renouvelables seront installés d’ici 2030 et placeront les énergies propres au sommet du mix électrique mondial. Cette hausse de puissance arrive, alors que la consommation d’électricité augmentera, tirée par trois lames de fond :
- La révolution de l’intelligence artificielle (IA) et la multiplication des data centers, qui dépasseront les 1.000 TWh de consommation annuelle d’ici 2030,
- L’électrification à grande échelle, pour la mobilité, le chauffage et l’industrie,
- Le réchauffement climatique, qui rend la climatisation indispensable.
Aujourd’hui, l’électricité propre, abondante et pas chère devient le principal élément qui attire les industries. Les États-Unis, grâce à l’Inflation Reduction Act, l’Asie et l’Union européenne font une course très intense pour attirer les usines du futur.Le stockage et l’IA sont les nouveaux piliers du réseau.
Pour maîtriser les variations du solaire et de l’éolien, l’avenir dépend des réseaux intelligents et du stockage à plusieurs échelles :
- Les batteries électrochimiques (Lithium‑ion, Sodium‑ion) lissent les variations quotidiennes,
- Les stations de pompage‑turbinage (STEP), pour chaque semaine,
- Hydrogène vert, pour stocker les surplus d’été et les utiliser en hiver.
Dans cette architecture, l’IA fait office de cerveau central : elle exploite la météo de précision, réalise l’arbitrage énergétique en temps réel et pilote la maintenance prédictive. Ainsi, bien que le potentiel en énergies renouvelables d’un territoire soit indéniable, sa valeur réelle repose sur l’intégration de systèmes de stockage performants, seuls capables d’en surmonter l’intermittence.
Le secteur des énergies vertes peut-il mettre fin à la crise du chômage en Afrique et créer des emplois, notamment pour les jeunes Algériens ?
Si la transition énergétique représente un formidable vivier d’opportunités professionnelles pour le continent africain, elle ne constitue pas pour autant une solution magique face au chômage. C’est avant tout un moteur d’émancipation économique capital, dont les enjeux méritent d’être bien appréhendés par les jeunes en Algérie. Les données publiées par l’IRENA, en juillet 2026, confirment, d’ailleurs, cette dynamique globale : le marché des énergies propres rassemble désormais 16,2 millions de salariés à l’échelle internationale, la filière photovoltaïque se taillant la part du lion, avec 7,2 millions de postes à elle seule.
Concrètement, les perspectives les plus prometteuses pour la jeunesse algérienne se situent au niveau opérationnel : installation et maintenance d’équipements, mais aussi innovation d’usage via le développement de solutions sur mesure (telles que les systèmes d’irrigation solaires ou la gestion intelligente des réseaux électriques de proximité).
À quoi ressemblera notre mix énergétique dans 20 ans ?
L’horizon 2045-2050 marquera un tournant stratégique majeur pour l’Algérie. Confronté à une demande électrique interne en forte croissance, le pays amorce sa transition énergétique en délaissant son modèle traditionnel basé sur les hydrocarbures. L’objectif est de s’imposer comme un pivot régional des énergies propres, en visant un premier palier de 30% de renouvelables d’ici 2035, avec une projection théorique atteignant 45% à terme.
Cette mutation repose principalement sur le déploiement massif de l’énergie solaire, appelée à supplanter le gaz naturel comme source prioritaire de production au quotidien. En parallèle, l’hydrogène vert se positionne comme le futur moteur des exportations vers l’Europe, notamment grâce à des infrastructures stratégiques, telles que le SoutH2 Corridor.
Quel est le premier conseil que vous donneriez à un jeune qui veut travailler dans ce secteur ?
En Afrique, la jeunesse constitue une force démographique impressionnante. L’Algérie ne fait pas exception, avec près des deux tiers de sa population âgés de moins de 30 ans. Cette dynamique représente un atout majeur pour mener à bien la transition énergétique du pays.
Le tout premier conseil que je donnerais aux jeunes, c’est de miser à fond, et dès aujourd’hui, sur la double compétence : «Technique + Gestion de l’énergie» (avec une vraie maîtrise de la data et du stockage). Le marché algérien de la transition énergétique en est à ses débuts, ce qui ouvre un champ de possibilités inédit pour l’innovation. Forte de ses ressources et de son potentiel, l’Algérie réunit toutes les conditions pour voir sa jeunesse prendre les devants. Les jeunes générations ne se contenteront pas d’accompagner ce changement : elles en seront l’élément propulseur.
Un dernier mot
Face à l’urgence climatique et économique, l’électricité décarbonée ne constitue plus une simple option ; l’électricité décarbonée devient le pilier essentiel de notre futur. La clé pour passer à une nouvelle époque énergétique est de commencer tout de suite à investir, de manière stratégique et importante, dans les technologies qui nous permettent de stocker l’énergie. L’investissement massif dans le stockage d’énergie doit être réalisé sans délai. Les infrastructures de stockage modernes et puissantes sont donc essentielles pour que les énergies renouvelables puissent atteindre leur plein potentiel.
A. Menasria
