Ahmed Bedjaoui, auteur, producteur et critique cinéma, à Alger16: «Le chef de l’état est très attaché au cinéma»

Figure emblématique du cinéma algérien, Ahmed Bedjaoui a marqué plusieurs générations à travers son travail de critique, de producteur et d’enseignant. Ancien animateur du célèbre Télé Ciné Club (1969-1989), auteur, producteur et critique cinéma, il est également directeur artistique du Festival du film engagé d’Alger. Avec une expertise forgée par des années de recherche et de pratique, il porte un regard éclairé sur les grandes évolutions du septième art en Algérie. Dans cet entretien, il revient sur les enjeux et les défis qui ont jalonné l’histoire du cinéma algérien, des premiers succès d’après l’indépendance aux obstacles structurels qui ont freiné son industrialisation. Il évoque également les mutations actuelles du secteur, notamment l’impact de la technologie sur la création et la nécessité de revitaliser les salles de cinéma pour redonner au public le goût du grand écran.

Entretien réalisé par G. Salah Eddine

Le cinéma algérien a joué un rôle crucial dans la préservation du patrimoine du pays. Il a particulièrement brillé les premières années après l’indépendance. Qu’en pensez-vous ?
Effectivement, Il faut d’abord rappeler que le cinéma a joué un rôle important pendant la guerre de Libération, car il a contribué fortement à l’internationalisation de la question algérienne et qu’il a montré la lutte du peuple algérien un peu partout. De cette manière, il méritait un rôle prépondérant après l’indépendance, un rôle qu’il a eu. Car il y a eu beaucoup de production après l’indépendance, que ce soit à la télévision ou au cinéma.

Alors le cinéma algérien post indépendance, c’est très bien… Mais petit à petit ce cinéma a commencé à perdre de son éclat. Qu’est-ce qui, selon vous, a causé cette régression progressive ?
C’est vrai. On peut regretter que la production cinématographique postindépendance n’ait pas été accompagnée d’une industrialisation du cinéma. On a fait plusieurs erreurs. On n’a pas eu de laboratoires, d’industrie etc. Lorsqu’on a donné les salles aux communes, ça a été une erreur monumentale qui a vraiment impacté négativement la culture du cinéma. On a aussi monopolisé la distribution, privant ainsi les Algériens qui étaient propriétaires de circuits de distribution d’activité et de leur expertise. Il y a également eu la perte des techniques et la fermeture progressive des salles. On a perdu cette expertise. On a eu du bon accompagné du mauvais à cette époque-là. Ensuite, le cinéma algérien a connu des phases plus ou moins prolifiques, plus ou moins stagnantes, ça dépend des périodes. En tout cas, ce qui caractérise le cinéma algérien, c’est la qualité. Nos cinéastes ne sont jamais tombés dans le cinéma commercial ou le cinéma de pur divertissement. Donc, la qualité l’a emporté, il y a toujours eu des exigences de qualité et ça, c’est une très bonne chose

Le président de la République a récemment annoncé son plein soutien à la relance de l’industrie cinématographique algérienne, surtout dans le contexte mondial actuel ou le soft power culturel est une pièce maîtresse, comment voyez-vous la volonté politique actuel ?
La volonté politique c’est très bien, après c’est les gens qui vont appliquer cette volonté politique. Le président de la République donne ces instructions à voir si les autres l’accompagnent réellement. Je peux vous le dire, le président de la République est très attaché au cinéma et à la relance du cinéma, en plus il l’a dit clairement. Maintenant il s’agit de reconstituer ce cercle et cela exige la participation de tous.

Les efforts de tous OK, mais que recommandez-vous concrètement pour relancer ce cinéma ?
Comme je vous l’ai dit, le cinéma a malheureusement été victime de mesures négatives dans les années 60-70. Aujourd’hui, il y a plusieurs axes à relancer. Le cinéma, il faut le comprendre, ne peut pas exister sans les salles. Le public ne peut pas exister sans les salles, et les salles ne peuvent pas vivre sans du bon cinéma.
On ne peut pas parler de critique ou de revue de cinéma sans salles de cinéma qui fonctionnent bien. La cinémathèque, elle, a son réseau de salles et c’est très bien, ça maintient cet amour du cinéma dans le pays. Mais aujourd’hui, il faut relancer la construction de multiplexes. Il faut renouer avec les années d’après l’indépendance, lorsqu’on avait 250 salles de cinéma.
C’est ça, le début du cinéma : ce sont les salles. Après, la production vient, et puis la production a besoin d’industrialisation par cycles. Donc, cette volonté politique qu’exprime le Président, je souhaite vivement qu’il y ait des compétences pour l’appliquer et que les gens soient à la hauteur des instructions présidentielles.

En tant qu’analyste et historien du cinéma, comment voyez-vous l’impact des nouvelles technologies (intelligence artificielle, plateformes de streaming, réalité virtuelle) sur la création et la diffusion du cinéma ?
Je pense que ça a rendu la création plus facile. Aujourd’hui, avec un iPhone, on peut créer un court-métrage qui peut être qualitatif. Ça peut révéler de nouvelles compétences. Avant, on avait des caméras qui pesaient 50 kg et il fallait trois personnes pour les porter. Il y avait des éclairages et des équipements lourds. Logiquement, c’est plus facile.
Mais je dirais que la technologie nécessite également du talent. Il faut favoriser les talents, car le cinéma, c’est un moyen d’expression. Il faut également bien comprendre la modernité : ce qui se vendait avant pourrait ne pas se vendre aujourd’hui. Vous pouvez avoir tous les studios sophistiqués, mais si vous n’avez rien à dire, vous n’avez rien à dire.

Enfin, une nouvelle revue magazine «Cinémathèque» a été lancée. Elle aura pour but de suivre l’actualité du cinéma. Vous allez activement participer à cette revue de par votre statut et votre expertise. Dites-nous comment ce magazine « Cinémathèque » s’inscrit dans toute cette dynamique relatif au cinéma ?
Oui, cette revue devrait accompagner le cinéma dans sa recherche de qualité pour qu’elle reste un critère fondamental. Je vais essayer d’y contribuer de la meilleure des manières et j’invite la presse à créer une critique positive de haut niveau pour accompagner les efforts fait par cette revue. Je suis certain qu’on pourra aider le cinéma algérien moderne.
G. S. E.

ALGER 16 DZ

Next Post

Avertissements et menaces de la part du gouvernement français: Alger appliquera une réciprocité «stricte et immédiate»

sam Mar 1 , 2025
Lors de l’émission «Hadith Al-Djazair», diffusée jeudi dernier sur la haîne Al24 News, des experts ont analysé les récents développements des relations franco-algériennes. Ils ont souligné que l’Algérie exige désormais des relations fondées sur le respect mutuel et le principe d’un partenariat gagnant-gagnant. Par G. Salah Eddine L’Algérie a tracé une […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37