Par G. Salah Eddine
Le secteur de la santé demeure un chantier prioritaire en Algérie. Ces dernières années, les efforts ont porté sur les infrastructures, les équipements, les ressources humaines et la prévention. Mais le système doit désormais répondre à des défis croissants, notamment la progression des maladies chroniques, le vieillissement de la population et l’émergence de nouveaux risques sanitaires.

C’est dans ce contexte que l’Algérie et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont renforcé leur coopération. Jeudi 13 août, le ministère de la Santé a signé avec l’organisation onusienne le programme budgétaire de coopération pour 2026-2027. Le document a été paraphé par le ministre de la Santé, le professeur Mohamed Seddik Aït Messaoudene, et le représentant de l’OMS en Algérie, le Dr Phanuel Habimana. L’enjeu de cet accord dépasse ainsi le simple cadre institutionnel. Pour 2026-2027, il doit servir de feuille de route afin de concentrer l’appui technique de l’OMS sur les priorités de l’Algérie : renforcement du système de santé, couverture sanitaire universelle, prévention, lutte contre les maladies transmissibles et chroniques, ainsi que préparation aux urgences sanitaires.
Le programme prévoit également de renforcer les compétences des professionnels, la surveillance épidémiologique, le dépistage et la qualité des soins. Un enjeu devenu incontournable depuis la pandémie de Covid-19, qui a rappelé qu’un système de santé solide ne doit pas seulement soigner, mais aussi anticiper les crises, détecter rapidement les menaces et être capable de mobiliser ses ressources lorsque survient l’urgence.
Le poids des maladies chroniques
L’un des principaux défis auxquels l’Algérie doit désormais répondre se trouve cependant moins dans les épidémies que dans la progression silencieuse des maladies non transmissibles.
Selon l’OMS, ces pathologies représentent plus de 60 % des décès en Algérie. L’hypertension artérielle, le diabète, les maladies cardiovasculaires, les cancers et les maladies respiratoires chroniques imposent des prises en charge qui s’inscrivent dans la durée et mobilisent des ressources considérables.
Cette évolution modifie profondément les besoins du système de santé. Une maladie chronique ne se traite pas uniquement à l’hôpital et ne peut être combattue efficacement lorsque le patient arrive déjà à un stade avancé. Elle exige un parcours de soins organisé, allant de la prévention à l’information du citoyen, du dépistage précoce au suivi médical régulier.
La prévention devient dès lors une composante centrale de la politique sanitaire. L’alimentation, l’activité physique, le tabagisme, le dépistage et l’éducation à la santé constituent autant de leviers permettant de réduire les facteurs de risque et, à terme, la pression exercée sur les établissements de soins.
Lutte contre le cancer et les maladies transmissibles
Dans la lutte contre le cancer, l’amélioration des capacités de traitement constitue évidemment un enjeu majeur. Mais avant même de soigner, il faut pouvoir mesurer précisément l’évolution de la maladie.
C’est dans cette logique que s’inscrit le développement des registres du cancer. Le ministère de la Santé indique que 84 registres couvrent désormais une large partie du territoire national. Leur généralisation permet progressivement de disposer d’une meilleure connaissance de la répartition des cancers, de leur évolution et des populations les plus exposées.
Si les maladies chroniques constituent aujourd’hui un défi majeur, l’Algérie dispose également d’un bilan important dans la lutte contre plusieurs maladies transmissibles.
Le pays a, notamment, été certifié exempt de poliomyélite due au poliovirus sauvage, en 2016. En 2018, l’OMS a validé l’élimination du tétanos maternel et néonatal, avant de certifier officiellement, en 2019, l’Algérie exempte de transmission autochtone du paludisme. Ces résultats témoignent de l’importance de la vaccination, de la surveillance épidémiologique et de la continuité des politiques de santé publique. Ils montrent également qu’une victoire sanitaire n’est jamais totalement définitive.
La résurgence ou l’apparition de certaines maladies dans différentes régions du monde impose, en effet, de maintenir des systèmes de surveillance performants. L’OMS souligne elle-même que l’Algérie doit continuer à faire face à certains risques, notamment avec la réapparition de maladies telles que la diphtérie, la rougeole ou le choléra, ainsi que la persistance de maladies endémiques comme la brucellose et la leishmaniose cutanée.
La vaccination demeure donc l’un des piliers de cette vigilance. Les campagnes nationales permettent non seulement de maintenir les acquis obtenus au fil des décennies, mais aussi de prévenir les effets d’une baisse de couverture vaccinale susceptible de créer des poches de vulnérabilité.
La bataille de l’efficacité
La couverture sanitaire universelle constitue un autre axe majeur du partenariat. Elle ne se résume pas au nombre d’hôpitaux ou de structures disponibles : elle implique que chaque citoyen puisse accéder à des soins de qualité dans des délais raisonnables et avec une prise en charge continue.
La coopération avec l’OMS doit, notamment, renforcer la formation, les bonnes pratiques et les politiques fondées sur les données. Elle pourrait également contribuer à faire de l’Algérie un pôle régional pour l’Afrique du Nord dans la formation sanitaire et la logistique, une ambition évoquée lors d’une rencontre, en juillet. En février, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait également salué la coopération avec l’Algérie et évoqué son approfondissement, notamment dans les systèmes d’alerte précoce et la production locale de produits médicaux.
Le programme 2026-2027 intervient ainsi à un tournant : l’enjeu ne sera plus seulement de construire des structures ou d’acquérir des équipements, mais de mesurer combien de vies peuvent être sauvées grâce à un dépistage plus précoce, combien de complications peuvent être évitées et avec quelle rapidité le système peut répondre à une nouvelle crise. Le véritable test de cette coopération sera donc sa capacité à produire des résultats concrets sur le terrain : davantage de prévention, un meilleur dépistage, des données mieux exploitées, des professionnels mieux formés et un système de santé plus réactif.
