
Un an après avoir accueilli la quatrième édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF), Alger conserve les traces d’un rendez-vous qui aura largement dépassé le cadre d’un événement commercial. Plus que les chiffres astronomiques, l’édition algérienne a contribué à rapprocher les entreprises africaines, à ouvrir de nouveaux marchés aux opérateurs algériens et à donner un nouvel élan à la Zone de libre-échange continentale africaine.
Un an plus tard, le travail se poursuit : contrats suivis par le gouvernement, projets qui avancent et partenariats qui commencent à dessiner les contours d’un commerce africain davantage intégré.
Il y a un an, Alger n’était plus seulement la capitale de l’Algérie.
Pendant sept jours, du 4 au 10 septembre 2025, elle s’était transformée en une véritable place de marché continentale. Plus de 112.000 participants venus de 132 pays et 2.148 exposants étaient rassemblés dans les halls du Palais des expositions des Pins-Maritimes. Les langues, les produits et les ambitions économiques de l’Afrique s’étaient croisés dans une concentration rarement observée sur le continent. Une concertation qui a résulté en pas moins de 48,3 milliards de dollars de contrats signés, un record absolu. L’édition algérienne n’avait donc pas simplement atteint ses objectifs. Elle avait aussi changé d’échelle.
Des industriels venus chercher des débouchés, des investisseurs à la recherche de projets, des acheteurs venus découvrir de nouveaux fournisseurs, des banques proposant leurs instruments de financement et des responsables politiques venus porter l’ambition d’une Afrique capable de commercer davantage avec elle-même. L’édition d’Alger 2025 est une référence. Et, exactement, un an plus tard, Afreximbank, le premier organisateur de l’événement, continue d’en mesurer l’empreinte. Dans une analyse publiée début septembre 2026, la vice-présidente exécutive d’Afreximbank chargée du commerce intra-africain et du développement des exportations, Kanayo Awani, revient sur cette édition devenue une référence pour le continent. Pour elle, l’IATF d’Alger a démontré que la foire pouvait être bien davantage qu’une vitrine commerciale. La responsable d’Afreximbank estime que la manifestation s’est imposée comme « un catalyseur du commerce intra-africain », en permettant d’élargir l’accès aux marchés, de promouvoir les produits et services africains, d’attirer les investissements et de mettre les entreprises en relation avec de nouveaux partenaires. Ce succès s’inscrit dans une progression continue. Les quatre premières éditions de l’IATF ont désormais attiré plus de 180.000 participants et 6.600 exposants issus de 132 pays, pour un volume cumulé de plus de 167 milliards de dollars de contrats commerciaux et d’investissement. Près de 360.000 PME ont également bénéficié de la plateforme, dont des entreprises dirigées par des femmes et des jeunes. Des chiffres qui donnent à l’édition algérienne une portée particulière : elle n’a pas seulement battu un record financier, elle a contribué à installer l’IATF parmi les grandes plateformes économiques du continent.
Et Kanayo Awani a expliqué qu’avec l’édition d’Alger 2025, l’IATF s’est enfin établie comme l’outil de commerce et d’investissement africain le plus influent et le plus important pour l’intégration économique du contient. D’ailleurs, le choix de l’Algérie pour accueillir l’IATF 2025 n’était pas anodin. Afreximbank avait présenté le pays comme un choix naturel en raison de ses chaînes de valeur industrielles établies, de la diversification de son économie et de sa position géographique stratégique. Alger offrait aussi autre chose : une porte d’entrée vers l’Afrique du Nord, un espace de rencontre entre les économies du Maghreb et celles du reste du continent, mais aussi un terrain où les entreprises africaines pouvaient découvrir une industrie algérienne cherchant précisément à accélérer son ouverture vers les marchés extérieurs. Pendant l’IATF, cette ambition était visible dans les secteurs représentés : sidérurgie, équipements électriques, automobile, agroalimentaire, pharmacie, technologies, services et industries créatives.
L’Algérie décroche la part du lion
Au cœur de cette dynamique continentale et ces chiffres colossaux, l’Algérie n’a pas joué le simple rôle de pays hôte.
Elle a été l’un des principaux bénéficiaires économiques de l’édition 2025.
Les entreprises algériennes ont conclu des contrats d’une valeur de 11,4 milliards de dollars, soit 23,6 % du montant total des accords signés lors de la foire. À cela se sont ajoutés 11,6 milliards de dollars d’opportunités et d’engagements d’exportation encore appelés à être concrétisés. L’importance de ces chiffres ne tient pas uniquement à leur volume. Ils traduisent surtout une évolution de la place que l’Algérie cherche à occuper dans l’économie africaine : celle d’un pays qui ne se contente plus d’importer, mais qui veut exporter davantage, attirer des partenaires, développer ses capacités industrielles et inscrire ses entreprises dans les chaînes de valeur du continent. L’Agence algérienne de promotion de l’investissement avait d’ailleurs révélé quelques semaines après la clôture de l’IATF que les accords d’investissement conclus par l’Algérie durant la manifestation atteignaient 5 milliards de dollars, soit 44 % de la valeur totale des accords conclus au profit de l’Algérie. Le message était clair : à Alger, on n’était pas seulement venu vendre. On était aussi venu investir. Parmi les contrats conclus durant cette semaine, certains illustrent particulièrement bien la stratégie qui se dessine. C’est le cas de Algerian Qatari Steel (AQS), qui a signé un accord de plus de 1,2 milliard de dollars avec Shelter Afrique Development Bank pour favoriser la commercialisation et la distribution de ses produits sidérurgiques sur plus de 40 marchés africains. AQS avait parallèlement annoncé plusieurs autres accords à l’IATF, pour un montant dépassant 420 millions de dollars, notamment avec des partenaires au Nigeria, en Guinée équatoriale, au Burkina Faso, au Ghana et en Libye. Autre illustration, celle d’Elsewedy Electric Algeria. L’entreprise a signé avec la société ivoirienne Sogelux un accord portant sur l’exportation d’équipements électriques algériens vers la Côte d’Ivoire pour 100 millions d’euros sur cinq ans, à raison de 20 millions d’euros par an. Et surtout, ce contrat n’est pas parti de zéro. Il fait suite au succès d’un projet pilote de 4 millions d’euros, avant de déboucher sur une relation commerciale appelée à s’inscrire dans la durée.
Après les signatures, place au concret
C’est ici que commence la partie la plus importante du bilan. Une foire peut produire des milliers de rencontres et des milliards de promesses. Mais une économie ne se transforme pas avec des signatures encadrées sous les projecteurs. Elle se transforme lorsque les contrats deviennent des exportations, lorsque les investissements deviennent des usines, lorsque les partenariats deviennent des chaînes de production et lorsque les opportunités commerciales deviennent des emplois. Et cela, l’Algérie, sous la conduite du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, l’a compris très tôt. Le 23 octobre 2025, soit quelques semaines seulement après la clôture de l’IATF, le Premier ministre Sifi Ghrieb a présidé, au Palais du gouvernement, une réunion de travail avec les opérateurs économiques ayant signé des contrats lors de cette manifestation.
L’objectif était de faire le point sur les contrats et les perspectives de leur concrétisation. Quelques jours plus tard, le gouvernement a également consacré sa réunion du 1er octobre 2025 au suivi des résultats de l’IATF, parmi plusieurs dossiers économiques prioritaires. Puis, le 4 novembre 2025, le Premier ministre a présidé une réunion de travail spécifiquement consacrée au suivi de la mise en œuvre des contrats d’investissement conclus avec les partenaires africains dans le cadre de l’IATF. Cette fois, le regard se déplaçait clairement : il ne s’agissait plus de célébrer les signatures, mais d’examiner leur état d’avancement et les éventuels obstacles techniques nécessitant l’intervention des pouvoirs publics. La séquence est révélatrice. Septembre : signer. Octobre : réunir les opérateurs. Novembre : suivre la mise en œuvre. L’IATF commençait ainsi à sortir du calendrier événementiel pour entrer dans celui de la politique économique. Cette logique de suivi trouve aujourd’hui des prolongements concrets. Le cas d’Elsewedy Electric est particulièrement édifiant. En mars 2026, le ministre de l’Énergie et des Energies renouvelables, Mourad Adjal, a reçu une délégation de l’entreprise pour examiner notamment l’état de la coopération avec le partenaire égyptien et l’avancement de la mise en œuvre des accords conclus avec Sonelgaz. En mai, le ministre a de nouveau reçu une délégation du groupe égyptien Elsewedy Electric, conduite par son président du conseil d’administration, Ahmed Elsewedy. Ce suivi illustre une tendance plus large : les partenariats africains commencent à s’inscrire dans des relations économiques qui dépassent la seule signature initiale. Et c’est précisément ce que l’IATF cherche à provoquer.
D’Alger à Lagos, une même ambition
Le succès de l’IATF 2025 ne tient donc pas uniquement à ses 48,3 milliards de dollars de contrats. Il tient à ce qui s’est passé après. Certes, pendant une semaine, l’Afrique était venue commercer à Alger. Et l’économie africaine s’en est retrouvée grandit. Mais, un an plus tard, l’ambition est plus grande : faire en sorte qu’elle continue à commercer davantage avec elle-même.
Aujourd’hui, les chiffres de septembre 2025 sont des symboles, ce sont des grands succès, mais ils appartiennent déjà à l’histoire. Une histoire qu’il faut encore continuer à écrire les pages. Le véritable enjeu est désormais ailleurs : faire en sorte que les contrats signés à Alger deviennent des usines, des exportations, des emplois, des infrastructures et des chaînes de valeur qui traversent le continent. Dans ce sens, la prochaine étape est déjà connue.
Car, après Alger, c’est Lagos qui accueillera la cinquième édition de l’IATF, du 5 au 11 novembre 2027. L’objectif annoncé est de dépasser les performances précédentes, avec plus de 50 milliards de dollars de contrats, plus de 100.000 visiteurs et plus de 2.500 exposants. Le relais est symbolique. Alger aura montré qu’un événement économique africain peut changer d’échelle. Lagos devra désormais transformer cet élan en nouvelle accélération. Entre les deux éditions, le continent ne reste toutefois pas immobile. Les entreprises continuent de chercher de nouveaux marchés. Les gouvernements travaillent à l’application de la ZLECAf. Les banques développent de nouveaux mécanismes de financement. Les chaînes de valeur commencent à dépasser les frontières nationales. Et l’Algérie, un an après avoir accueilli l’IATF, poursuit sa propre trajectoire vers une économie résiliente et diversifiée et surtout pleinement intégrée dans son continent. Un continent de potentialités et d’opportunités.
G. Salah Eddine
