
La 2e Réunion ministérielle sur le projet SoutH2 Corridor, tenue jeudi dernier à Alger, a confirmé la volonté de l’Algérie et de ses partenaires européens de franchir une nouvelle étape dans la réalisation de ce vaste corridor destiné à acheminer de l’hydrogène vert vers l’Europe. Au-delà de l’enjeu énergétique, les responsables réunis au Centre international de conférences (CIC) Abdelatif-Rahal ont insisté sur les retombées économiques, industrielles et en matière d’investissement attendues de ce projet stratégique.
Le SoutH2 Corridor est un projet énergétique stratégique qui vise à relier l’Afrique du Nord à l’Europe pour acheminer de l’hydrogène renouvelable produit en Algérie. Il repose sur le développement d’infrastructures permettant de transporter cet hydrogène vers la Tunisie puis l’Italie et l’Autriche pour enfin atterrir en Allemagne. À terme, le corridor doit contribuer à diversifier les approvisionnements énergétiques de l’Europe et à accélérer sa transition vers des sources d’énergie moins carbonées. Il doit également favoriser les investissements, le développement industriel et le renforcement de la coopération énergétique entre les deux rives de la Méditerranée.
Dans ce sens, réunissant l’Algérie, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche et la Tunisie, ainsi que des représentants de l’Union européenne et des entreprises impliquées dans le projet, la rencontre d’Alger intervient dans un contexte marqué par la recomposition des marchés énergétiques mondiaux et la recherche, par l’Europe, de nouvelles sources d’approvisionnement à la fois fiables, compétitives et décarbonées.
Une nécessité pour Vienne
Le ministre fédéral autrichien de l’Economie, de l’Energie et du Tourisme, Wolfgang Hattmannsdorfer, a particulièrement insisté sur la dimension stratégique du projet dans un environnement international marqué par de profondes mutations. Selon lui, le SoutH2 Corridor doit devenir le « symbole de partenaires solides » dans un monde en mutation où « trouver de nouveaux partenaires fiables est une nécessité ».
Le responsable autrichien a ainsi replacé le projet dans le contexte plus large des transformations géopolitiques et économiques qui affectent le secteur de l’énergie. Il a souligné que la sécurisation des approvisionnements constitue désormais un enjeu majeur pour les économies européennes, tout en insistant sur la nécessité de développer une énergie à la fois sûre et propre.
Au-delà de l’acheminement de l’hydrogène vers l’Europe, Wolfgang Hattmannsdorfer a également mis l’accent sur les bénéfices que le projet pourrait générer directement en Algérie. Il a notamment évoqué les nouvelles opportunités d’investissement ainsi que les emplois susceptibles d’être créés dans le cadre de ce partenariat.
Dans cette perspective, il a appelé à l’élaboration d’un plan d’action présentant des contours clairs pour la prochaine phase, signe de la volonté des partenaires de faire évoluer le projet vers des étapes opérationnelles.
Berlin mise sur un approvisionnement à long terme
Même lecture du côté allemand. Le secrétaire d’Etat au ministère fédéral allemand des Affaires économiques et de l’Energie, Frank Wetzel, a qualifié le SoutH2 Corridor de projet revêtant pour l’Europe une « grande importance stratégique », notamment en raison de son potentiel à assurer des approvisionnements compétitifs et durables en hydrogène.
Pour Berlin, l’enjeu dépasse toutefois la seule question de l’approvisionnement énergétique. Le projet doit permettre de créer une dynamique économique profitable à l’ensemble des partenaires, producteurs comme consommateurs.
Frank Wetzel a ainsi insisté sur la nécessité de faire en sorte que le projet bénéficie à toutes les parties prenantes, en mettant en avant la croissance économique attendue aussi bien pour l’Algérie que pour les pays européens.
Cette dimension économique pourrait constituer l’un des principaux leviers de concrétisation du corridor. Le responsable allemand a, à ce titre, réaffirmé la disponibilité des entreprises allemandes à contribuer à sa réalisation, alors que la phase de planification doit progressivement laisser place à des décisions d’investissement et à la mise en œuvre des infrastructures nécessaires.
Du côté de l’Union européenne, le soutien au projet apparaît également comme un élément déterminant de sa prochaine phase. L’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado Pascua, a indiqué que le SoutH2 Corridor est un projet d’intérêt commun, permettant de mobiliser l’ensemble des capacités de financement européennes en faveur de cette initiative.
Cette mobilisation des mécanismes de financement européens pourrait contribuer à répondre à l’un des principaux défis auxquels est confronté le projet : assurer les ressources nécessaires au développement d’une infrastructure énergétique transcontinentale et à la mise en place des capacités de production d’hydrogène vert.
Rome visualise un grand marché méditerranéen
L’Italie, autre acteur central du projet, considère également le SoutH2 Corridor comme une infrastructure stratégique appelée à accompagner la transition énergétique européenne.
Le ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, a mis en avant l’importance de la coopération entre l’Algérie et les pays européens pour concrétiser le projet, notamment au regard des évolutions géopolitiques mondiales.
Il a rappelé que l’hydrogène constitue l’une des principales solutions envisagées pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de carbone, donnant au SoutH2 Corridor une dimension qui dépasse le simple cadre bilatéral.
Pour le responsable italien, le corridor peut surtout servir de point d’appui à l’émergence d’une véritable coopération économique entre les deux rives de la Méditerranée, avec l’objectif de faire émerger un marché « robuste » de l’hydrogène.
Une perspective qui pourrait progressivement transformer les relations énergétiques entre l’Afrique du Nord et l’Europe, en faisant davantage de la Méditerranée un espace d’interconnexion énergétique et industrielle.
Gilberto Pichetto Fratin a également rappelé que le projet a été classé par l’Union européenne comme « projet d’intérêt commun », en plus d’autres reconnaissances susceptibles de faciliter son financement et, par conséquent, sa concrétisation sur le terrain.
Cette reconnaissance européenne constitue un élément important pour la suite du projet dans la mesure où la réalisation d’un corridor de cette ampleur nécessitera des investissements considérables dans les infrastructures de production, de transport et de distribution.
Tunis évoque une intégration énergétique régionale
La Tunisie, qui participe également à cette dynamique, voit dans le SoutH2 Corridor une occasion de renforcer l’intégration énergétique entre l’Afrique du Nord et l’Europe.
Le ministre tunisien de l’Equipement et de l’Habitat, chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie, Slah Zouari, a souligné l’importance du projet pour le développement d’infrastructures communes entre les pays de la région et l’ouverture de nouvelles perspectives de coopération dans les énergies renouvelables et les technologies propres.
Pour le responsable tunisien, l’enjeu est désormais de transformer l’ambition affichée en résultats économiques tangibles.
Le développement de corridors énergétiques fiables et efficaces pourrait, selon lui, devenir l’un des principaux axes de la coopération future entre les deux rives de la Méditerranée.
La réunion d’Alger marque ainsi une étape supplémentaire dans la construction de ce corridor énergétique, avec une volonté désormais affichée de passer progressivement de la planification à la réalisation. G. Salah Eddine
