
La sixième session de la Grande Commission mixte algéro-sénégalaise s’est achevée, mardi dernier à Alger, avec la volonté affichée des deux pays de donner une nouvelle dimension à leurs relations politiques, économiques et diplomatiques. Réunis après près de trois décennies sans session de cette instance, les deux partenaires ont réaffirmé leur attachement à la souveraineté des États africains, tout en convenant de renforcer leurs échanges commerciaux, leurs investissements et coopération sécuritaire.
La sixième session de la Grande Commission mixte de coopération, coprésidée par le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, et son homologue sénégalais, Cheikh Niang, a permis de définir plusieurs priorités pour approfondir un partenariat historique et l’adapter aux enjeux actuels du continent.
Au-delà de la consolidation des liens d’amitié entre les deux pays, cette rencontre a placé au premier plan la nécessité de traduire la volonté politique des dirigeants en projets concrets. La reprise de ce mécanisme institutionnel, après une interruption de près de trente ans, revêt ainsi une portée particulière : elle doit permettre de renforcer le dialogue politique, de multiplier les échanges entre les administrations et de donner une nouvelle impulsion à la coopération dans des secteurs stratégiques.
Les questions de paix, de sécurité et d’intégration régionale ont occupé une place importante dans les discussions. Face aux défis auxquels le continent demeure confronté, les deux parties ont souligné « l’importance d’une concertation renforcée sur les questions de paix, de sécurité et d’intégration régionales, notamment face aux défis auxquels l’Afrique est confrontée ».
Cette convergence s’appuie sur une position commune en faveur du respect de la souveraineté des États, de leur indépendance et de leur intégrité territoriale, ainsi que sur la nécessité de privilégier les mécanismes africains dans la résolution des crises du continent.
Les deux pays ont ainsi réaffirmé «leur attachement au respect de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale des Etats, ainsi qu’au principe de solutions africaines aux problèmes africains, dans le cadre des mécanismes appropriés ».
Dans cette perspective, Alger et Dakar ont convenu d’« intensifier leur concertation dans les domaines de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, de la criminalité transnationale organisée, de la sécurisation des frontières, de la prévention et de la lutte contre les trafics illicites, ainsi que du renforcement des capacités et de l’échange d’expertise ».
Sur le plan international, les deux parties ont également réaffirmé «leur soutien constant à la cause palestinienne et au droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination et à l’établissement d’un Etat indépendant, viable et souverain conformément aux résolutions pertinentes des Nations Unies et au droit international ».
Elles ont, par ailleurs, procédé à «un échange de vues approfondi sur les principales questions régionales et internationales d’intérêt commun (et) réaffirmé leur attachement aux principes et objectifs consacrés par la Charte des Nations unies et l’Acte constitutif de l’Union africaine (UA), ainsi qu’au respect du droit international, au règlement pacifique des différends et au multilatéralisme».
La réforme de la gouvernance mondiale figure également parmi les préoccupations partagées. Les deux pays ont souligné « la nécessité de poursuivre les efforts en faveur d’une réforme du système multilatéral, notamment du Conseil de sécurité des Nations unies, et de l’architecture financière internationale, afin d’assurer une représentation plus juste et plus équitable de l’Afrique au sein des instances de gouvernance mondiale ».
Quinze accords signés
Sur le plan bilatéral, la consolidation du partenariat passe également par le développement des échanges économiques. Les deux parties ont reconnu que « le niveau des échanges bilatéraux demeure en deçà des potentialités et des complémentarités de leurs deux économies ».
Le constat ouvre la voie à un approfondissement des relations commerciales, avec la volonté d’«œuvrer à l’élargissement et à la diversification des échanges, à la promotion des investissements et au développement de partenariats entre les opérateurs économiques des deux pays ».
Les secteurs de l’investissement, de l’énergie, des mines, de l’industrie, de l’agriculture, du transport aérien et des finances figurent parmi les domaines présentant des possibilités de coopération. L’objectif est de multiplier les partenariats entre opérateurs algériens et sénégalais, tout en favorisant des échanges plus diversifiés et mieux adaptés aux complémentarités des deux économies.
À l’issue des travaux, les deux délégations ont signé quinze accords et mémorandums d’entente destinés à consolider le cadre juridique de leur coopération. Cet ensemble d’engagements constitue l’un des principaux résultats concrets de la session, en donnant une base supplémentaire au développement des relations dans différents domaines.
Les deux parties se sont également félicitées « des avancées enregistrées dans l’actualisation et la consolidation du cadre juridique régissant leur coopération bilatérale » et ont convenu de poursuivre les consultations nécessaires à la finalisation des instruments encore en négociation.
Les échanges humains
Au-delà des volets politique et économique, les deux pays ont accordé une place importante au développement humain, à la formation et aux échanges entre leurs sociétés.
Ils ont ainsi de «renforcer leur coopération dans l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, la formation professionnelle, l’innovation et le développement des compétences ».
La coopération doit également s’étendre aux domaines culturel, sportif et de la jeunesse. Les deux parties ont décidé de «développer davantage les échanges dans les domaines culturel, sportif et de la jeunesse, en s’appuyant notamment sur les opportunités offertes par les grandes manifestations sportives et culturelles organisées dans les deux pays ».
Ces secteurs représentent un prolongement naturel des relations historiques entre les deux peuples. Les deux parties ont, dans le même esprit, réaffirmé « leur attachement aux liens historiques d’amitié, de fraternité, de solidarité et de respect mutuel qui unissent les deux peuples, ainsi qu’aux valeurs africaines communes qui fondent leurs relations ».
Elles se sont félicitées de « la dynamique positive enregistrée au cours des dernières années, notamment à la faveur des échanges entre le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, et son homologue sénégalais, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, ainsi que de la visite de travail effectuée en Algérie par le ministre sénégalais de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, M. Cheikh Niang, les 25 et 26 juillet ».
Pour entretenir cette dynamique, Alger et Dakar ont décidé d’un commun accord de « renforcer davantage les consultations politiques régulières, de multiplier les échanges de haut niveau et de promouvoir les visites sectorielles entre les administrations, institutions et organismes spécialisés des deux pays dans un esprit de confiance et de respect mutuel ».
En marge de la sixième session de la Grande Commission mixte, les deux chefs de délégation ont été reçus par le Premier ministre, Sifi Ghrieb. Cette audience a permis de « réaffirmer l’importance accordée par les deux pays à la consolidation et à l’approfondissement du partenariat algéro-sénégalais, ainsi qu’à la nécessité de traduire les orientations arrêtées en actions et réalisations concrètes ».
G. Salah Eddine
