Dans un contexte de défis sanitaires croissants, le docteur Abdeltif Touati se distingue par son engagement envers ses patients et son approche particulière. Avec plus de 30 ans d’expérience, il évoque pour nos lecteurs les dangers et les risques que l’automédication peut entrainer.
Le Dr Touati s’est livré à Alger16 pour alerter sur le phénomène de l’automédication qui se propage dans la société algérienne.
Entretien réalisé par Ammour Ryad

Selon une étude, trois Algériens sur quatre auraient recours à une médication sans avis médicalisé. Quel est l’avis du professionnel de santé sur cette pratique ?
Il faut dire que c’est une pratique très répandue en Algérie et qui doit être rejetée, car elle est dangereuse et peut entraîner des conséquences graves, voire irréversibles, pouvant aller jusqu’au décès.
Il existe plusieurs types d’automédication. Quelles sont-elles?
Premièrement, l’automédication peut être vécue de deux manières. D’une part, il y a l’automédication par les médicaments qui traînent à la maison dans la boîte à pharmacie ou ceux qui ont été entamés et non consommés. D’autre part, il y a l’automédication que j’appelle « complice », qui se fait avec la complicité de pharmaciens ou de vendeurs de pharmacie, souvent sans enregistrement.
Selon vous, pourquoi l’automédication est-elle devenue si courante ?
Ce phénomène est très fréquent, pour ne pas dire généralisé. Comme je l’ai mentionné, il est facilement accessible grâce à la complicité de quelques vendeurs, et il n’y a ni contrôle ni rigueur de sanction. Il est également important de noter que certains pharmaciens manquent de conscience, se permettant de délivrer des médicaments sans avis médical, sauf pour ceux pour lesquels ils sont autorisés. Je trouve cela très grave.
Quels sont les médicaments consommés les plus courants ? Quels sont leurs dangers ?
Les médicaments les plus utilisés sont en premier lieu les antibiotiques, souvent pris pour un simple rhume. Cela a été accentué par la pandémie de Covid-19, durant laquelle de nombreuses personnes ont appris à prendre du Zithromax pour un oui ou un non.
En deuxième position, on trouve les anti-inflammatoires non stéroïdiens, tels que le Voltarène, le Xycare, le Xydol et l’Ibuprofène, ainsi que les anti-inflammatoires stéroïdiens, c’est-à-dire les corticoïdes.
Il est important de mettre en avant que les conséquences de cette utilisation excessive peuvent être très graves. Par exemple, la prise répétée d’antibiotiques peut entraîner des résistances, rendant ces médicaments moins efficaces lorsque leur utilisation devient réellement nécessaire. Les corticoïdes, quant à eux, présentent de nombreuses contre-indications et effets secondaires potentiellement graves. En conclusion, il est préférable de s’abstenir à ces médicaments sans nécessité.
Selon le Dr Abdeltif Touati, quels sont les patients particuliers pour lesquels l’automédication est risquée ?
Le risque de complications est plus important pour les personnes atteintes de pathologies chroniques, notamment les hypertendus, les diabétiques et les personnes ayant un terrain allergique.
Les articles 179 et 180 de la loi sanitaire 18-11 précisent les prérogatives du pharmacien dans la dispensation du médicament. Où est la faille ?
La faille dans tout ce système réside dans l’irresponsabilité et la quête de profit, sans contrôle ni sanctions. Il suffit d’observer les sociétés occidentales ou les pays développés, il est strictement interdit d’obtenir un médicament sans ordonnance.
Toutefois, certains médicaments peuvent être pris en cas d’urgence, mais cela est très encadré. Lorsqu’il n’est pas possible de soulager ou de soigner une personne, ou de la transférer en attendant une consultation, par exemple en cas de fièvre, on peut donner un médicament contre la fièvre comme le paracétamol en attendant l’avis médical.
Selon vous quels conseils donneriez-vous aux patients qui envisagent l’automédication ?
Je pense qu’il est temps que les acteurs du secteur arrêtent cette catastrophe. Bien sûr, cela nécessite des moyens adéquats. À mon avis, le meilleur moyen est d’éduquer la population par divers canaux, comme les médias. Cela peut inclure des alertes à la télévision, sur les réseaux sociaux, dans les journaux, des spots publicitaires et des témoignages. Je crois que c’est la meilleure façon de sensibiliser les gens et de mettre fin à cette catastrophe.
Le mot de la fin, sinon un conseil…
Pour conclure, je dirais que la santé n’a pas de prix. Vu les risques et les conséquences, cela ne vaut vraiment pas la peine.
