Salah Ouzrourou. ancien Moudjahid et historien à ALger16«je me rappelle encore des horreurs de la guerre»

Salah Ouzrourou, ancien moudjahid, incarne le courage, la résilience et l’ardent désir de liberté qui ont nourri le combat pour l’indépendance algérienne. Né dans une Algérie colonisée, il choisit de se dresser, au péril de sa vie, contre une oppression multiséculaire. Par ses actions au sein de l’ALN, il prend part à des opérations stratégiques et met en péril sa propre sécurité pour voir son pays libre de toute domination. Après l’indépendance, Salah continue de porter la mémoire de la guerre, rappelant aux générations futures que cette liberté n’a jamais été un don, mais une conquête douloureuse, arrachée au prix du sang. Son héritage, vibrant et inspirant, reste un hommage à tous les combattants pour la dignité et la justice. Un grand homme, désormais âgé de 83 ans, a échangé avec Alger16. Il nous livre un témoignage vibrant, un point de vue éclairé et un message fort.

Entretien Réalisé par G. Salah Eddine

Un grand mémorial sera organisé ce vendredi à l’occasion du 70e anniversaire de la glorieuse révolution, un commentaire ?
Ce grand mémorial est une bonne chose, c’est une occasion de rappeler les sacrifices consentis par notre peuple et dire que notre indépendance est chèrement acquise.

Pouvez-vous nous parler de votre engagement personnel dans la révolution de 1954 et des motivations qui vous ont poussé à rejoindre le mouvement de libération nationale ?
Mon engagement personnel ? Agé d’à peine 10 ans, j’adhérais à l’organisation des Scouts Musulmans. Je faisais partie du groupe louveteaux. Nous pratiquions beaucoup de marche dans les forêts et installions des campements sur les hauteurs du Djurdjura. Cet exercice n’était-il pas le prélude à la guerre de libération nationale ? Je ne pouvais pas le comprendre eu égard à mon âge.

Qu’elle était le contexte avant le déclenchement de la glorieuse révolution et quelle a été votre réaction quand vous avez entendu parler de plusieurs bombardements déclenché le premier novembre 1954 ?
Avant le jour J, je ne comprenais pas ce qui se passait autour de moi mais j’observais cependant, des mouvements inhabituels chez les hommes du village connus pour leur patriotisme et leur appartenance aux partis politiques, le PPA notamment.
Les motivations étaient nombreuses et le contexte était difficile. Nous vivions dans la misère et étions des sous-hommes sous l’autorité d’un Caïd, lui-même supplétif de l’administrateur de la commune mixte du Djurdjura.
Pour ma part, c’est au début de l’année 1956, soit un an aprè que j’ai pris la pleine conscience de la révolution. En kabylie, on commençait déjà à entendre parler de quelques actions de sabotage de route, lignes téléphoniques et électriques effectués, çà et là, par des groupes de Moussebline. En réaction, l’armée Française s’est implantée dans des postes avancés, pour surveiller les mouvements des populations ainsi que la protection des points stratégiques et économiques, à l’exemple de la centrale hydro-électrique d’Imeghras, située à trois kilomètres de mon village.

Quels sont les moments ou épisodes marquants de votre expérience en tant que moudjahid, qui ont façonné votre vision de la lutte pour l’indépendance ?
Les moments ayant marqués mon expérience en tant que Moudjahid, c’était la tristement célèbre opération jumelle qui a commencée en juillet 1959 et qui s’est terminée au terme du cessez-le-feu. Au cours de cette opération, l’ennemi a installé des postes avancés dans certains villages, le reste étant déplacés dans des centres de regroupements. Ces derniers dont l’administration est assurée par la section Administrative Spécialisée (SAS), sont entourés de fils barbelés, les champs sont déclarés zones interdites. Le but recherché est de mieux contrôler les populations et d’isoler les moudjahidin.
En août 1960, un accrochage avec l’ennemi c’est traduit par l’intervention d’un B26, déversant sur nous des fûts de Napalm, arme interdite d’utilisation par la convention de Genève. Trois d’entre nous étaient brûlés (dont moi-même).

Parlez-nous de vos souvenirs de la révolution, Des souvenirs qu’on imagine spéciaux
Mes souvenirs ! Lorsque j’entends parler de la révolution et de l’Independence, a diverses occasions, je me rappelle des horreurs de la guerre, à savoir : les nombreuses blessures que j’ai subis, dont les éclats d’obus et une balle sont toujours logés dans ma chair, des brulures au Napalm dont les traces sont apparentes sur mes mains et oreilles. Je me rappelle également des sacrifices consentis par mes compagnons d’armes et le supplice subi par les populations civiles.

Boumahni 1960-Brulés au Napalm au cours des bombardements par B26-de G à D-Slimane Améziane-Ali Larabi-Salah Ouzrourou. (Photo prise quatre jours après)

Justement avez-vous un mot pour ces populations civiles ?
Oui, je lui rends un grand hommage à cette occasion, comment oublier le fait qu’elles partageaient avec nous les maigres vivres dont elles disposent et par dessus tout, rationnées par la SAS ? Tout comme je rends un hommage particulier aux femmes qui ont affranchie la peur durant la période de l’opération jumelle. Au moment où tous les villages sont regroupés dans des centres de concentration, les hommes valides sont, soit au maquis, en prison ou tombés au champ d’honneur, elles ont pris la relève en menant des actions dévolues à ces derniers.

Selon vous, qu’est-ce qui a influencé l’évolution des mouvements de soutien pour l’indépendance en Algérie, notamment dans le contexte de la montée des actions de l’OAS et des espoirs suscités par le cessez-le-feu des accords d’Évian ?
Plusieurs dates, le 11 décembre 1960 les habitants d’Alger ont manifestés dans la rue leur droit a l’indépendance. Le gouvernement français venait enfin de reconnaître le FLN, autrefois, traité d’hors la loi et d’organisation terroriste, pour s’asseoir avec lui d’égal à égal, au tour de la table des négociations. Il y avait tout de même une lueur d’espoir de voir enfin, la guerre terminée. Ensuite je mentionnerais le début de l’année 1962, les négociations entre le GPRA et le gouvernement Français étaient rendues publics. A cette époque tous les responsables étaient tenus d’avoir un transistor (poste de radio), pour écouter les informations. Nous avons donc des informations sur l’activité du GPRA et des responsables politiques du FLN à l’étranger.
Puis, le 19 mars 1962, c’était le cessez-le-feu prévu par les accords d’Evian, lesquels ont mis fin à 7 ans et demi d’une salle guerre que nous a imposé la France coloniale. C’était la victoire du peuple Algérien. Dans ce cadr, il est prévu une période transitoire de trois mois. Malheureusement, les tenants de l’Algérie Française (l’OAS) ont mené des actions terroristes de grande envergure dans plusieurs villes du pays.

Quel sentiment avez-vous en repesant à vos sacrifices et celles de millions de martyrs et de moujahidines ?
J’ai à la foi, le sentiment du devoir accompli pour avoir participé à libérer mon pays du joug colonial et avoir créé une liberté pour sa jeunesse mais je regrette également que ce même pays n’est pas encore très développé, 70 ans après sa révolution.

Si vous pouviez transmettre un message aux Algériens d’aujourd’hui, surtout à la jeune génération, que souhaiteriez-vous leur dire ?
Je leur dirais de garder espoir, de travailler dure, d’être honnête avec eux-mêmes et avec leur société et envers leur pays. Je ne leur dirais pas d’être comme nous, chaque génération est unique mais je leur demanderai de ne jamais oublier nos récits.

ALGER 16 DZ

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