Algérie-Union européenne (ue): Report des négociations

Par Chahid Lakeb

Les consultations prévues mi-novembre à Alger, dans le cadre de la révision de l’accord d’association,
ont été reportées. Cette décision a été prise par les autorités algériennes pour des raisons techniques,
mais les discussions seront reprogrammées dans un avenir proche, selon un calendrier à définir en concertation avec les deux parties.

Les négociations aborderont principalement des questions commerciales, telles que les règles d’origine, les normes sanitaires et phytosanitaires ainsi que les procédures douanières qui sont des points cruciaux pour l’Algérie dans le cadre de sa politique de diversification économique.

Souveraineté économique et révision de l’accord
L’Algérie a formulé plusieurs critiques à l’égard de l’accord d’association signé avec l’Union européenne en 2002 et entré en vigueur en 2005. Ces critiques se concentrent sur plusieurs aspects du partenariat, notamment les déséquilibres commerciaux, l’absence de bénéfices clairs pour la diversification économique du pays et les conditions de libre-échange qui ne seraient plus adaptées aux réalités économiques actuelles de l’Algérie.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, cherche à renégocier cet accord, signé il y a plus de 20 ans, afin de mieux répondre aux besoins de diversification économique de l’Algérie. L’accord actuel ne soutient pas suffisamment leurs objectifs de transformation industrielle et de développement des secteurs non pétroliers. L’un des points principaux des négociations sera de revoir les conditions commerciales, notamment les règles d’origine des produits qui régissent l’accès des biens algériens au marché européen ainsi que les normes sanitaires et phytosanitaires, qui impactent directement les exportations agricoles et alimentaires.
Dans ce contexte, l’Algérie remet en cause certaines mesures imposées par l’UE, qu’elle juge non favorables à ses intérêts économiques, notamment en ce qui concerne les barrières tarifaires et non tarifaires. Le gouvernement algérien estime qu’une révision de l’accord pourrait offrir de nouvelles opportunités pour améliorer l’accès aux marchés européens, tout en protégeant davantage ses industries locales.

Mesures économiques algériennes et souveraineté
L’Algérie a adopté un ensemble de mesures économiques, telles que les licences d’importation et la régulation des investissements, principalement dans le but de contrôler son économie et d’encourager la production nationale. Ces mesures ont pour objectifs de protéger les industries locales, de promouvoir la diversification économique et de limiter les sorties de devises.
Ces politiques ont conduit la Commission européenne à ouvrir une procédure d’arbitrage contre l’Algérie, invoquant des violations de l’accord d’association, notamment en ce qui concerne les restrictions commerciales et la régulation des investissements. Bien que cette procédure ait des implications juridiques et économiques importantes, l’UE et l’Algérie ont opté pour un dialogue direct afin d’éviter l’escalade du conflit.

La procédure d’arbitrage et le dialogue direct
La procédure d’arbitrage lancée par la Commission européenne est un mécanisme qui permet de résoudre les différends commerciaux entre les parties signataires d’accords internationaux. Dans ce contexte, l’UE invoque des violations de l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne, concernant les restrictions imposées sur les importations et les investissements. L’arbitrage, bien que juridique, est également une procédure économique ayant des implications pour l’accès des produits algériens au marché européen, la compétitivité des entreprises algériennes et la capacité du pays à attirer des investissements étrangers.
L’UE, en tant que principal partenaire commercial de l’Algérie, aurait intérêt à résoudre cette situation rapidement, sans qu’elle n’escalade en conflit ouvert, car cela pourrait avoir des conséquences négatives pour les relations commerciales.
Au lieu de poursuivre la procédure d’arbitrage, les deux parties ont opté pour un dialogue direct. Cette décision montre une volonté d’éviter un conflit ouvert et de privilégier une approche plus diplomatique et négociée pour résoudre les différends afin de réduire l’incertitude économique, de maintenir la coopération économique et la flexibilité des négociations. En choisissant des consultations directes, les deux parties espèrent parvenir à un compromis qui permette de réviser les règles commerciales tout en respectant les objectifs de chaque partie.

Les positions de l’UE et de l’Algérie
L’Union européenne, par la voix de son ambassadeur en Algérie Diego Mellado, a réaffirmé son engagement à renforcer ses relations stratégiques avec Alger, en soulignant l’importance de l’Algérie en tant que partenaire énergétique fiable, notamment dans le secteur du gaz naturel. L’UE souhaite également approfondir la coopération dans des secteurs comme la sécurité régionale et le commerce, tout en respectant les exigences du marché européen et ses standards.
De son côté, l’Algérie, à travers le président Tebboune, insiste sur une révision exhaustive de l’accord, afin qu’il reflète les évolutions économiques récentes et réponde mieux à ses priorités nationales, notamment la diversification industrielle et le développement des secteurs non pétroliers. L’Algérie cherche un accord équilibré qui permette de protéger ses industries locales tout en facilitant l’accès à de nouveaux marchés, notamment européens.
L’Algérie cherche également à rééquilibrer la relation commerciale avec l’UE. Les autorités algériennes estiment que l’accord d’association actuel favorise trop les exportations européennes et qu’il est nécessaire de revoir les termes de cet accord pour mieux protéger et promouvoir l’industrie locale. La question des normes phytosanitaires et sanitaires, en particulier, constitue un point de friction majeur, car l’Algérie estime que les exigences de l’UE sont parfois trop strictes pour ses producteurs locaux, notamment dans le secteur de l’agroalimentaire.
Ainsi, le président Tebboune insiste sur une révision « point par point », afin de garantir que l’accord révisé soit aligné sur les priorités nationales et qu’il tienne compte des changements dans la structure de l’économie algérienne depuis la signature initiale.
Les discussions devraient reprendre dans un contexte où l’Algérie cherche à maximiser les avantages économiques de ses relations avec l’UE, tout en affirmant sa souveraineté dans les négociations. De son côté, l’UE souhaite maintenir une relation solide avec l’Algérie, en particulier dans les domaines de l’énergie, du commerce et de la sécurité régionale.

Une dynamique de coopération
Les négociations à venir risquent de refléter cette dynamique complexe : d’un côté, une volonté de renforcer la coopération stratégique entre l’UE et l’Algérie, et de l’autre, des tensions sur les conditions commerciales et économiques. Le contexte géopolitique mondial, marqué par la crise énergétique, les tensions sur les routes migratoires, et les préoccupations liées à la sécurité régionale, pourrait jouer un rôle important dans les négociations. La révision de l’accord d’association pourrait devenir une opportunité pour l’UE de consolider ses relations avec un partenaire clé dans une région stratégique, tout en permettant à l’Algérie de renforcer sa position sur la scène internationale.

Perspectives futures : Un équilibre à trouver
Si l’UE et l’Algérie parviennent à surmonter leurs divergences, une révision de l’accord d’association pourrait conduire à un renforcement de leurs liens économiques et stratégiques, tout en permettant à l’Algérie de mieux répondre à ses défis internes. L’Algérie cherche à renforcer sa souveraineté économique en négociant des termes plus avantageux et mieux adaptés à sa stratégie de diversification économique. Il s’agit d’une démarche de recentrage qui pourrait renforcer la position de l’Algérie en matière de politique commerciale, tout en soulignant sa volonté de ne pas se soumettre passivement aux exigences européennes.
En outre, l’Algérie cherche à coordonner sa position avec les acteurs économiques nationaux, notamment les entreprises publiques et privées, afin de garantir que les nouvelles orientations commerciales répondent réellement aux priorités du pays. Il s’agit également d’une occasion de renforcer les capacités de négociation de l’Algérie à travers des consultations internes plus approfondies et un renforcement de la diplomatie économique.

Une position de force
L’Algérie bénéficie aujourd’hui d’une position stratégique renforcée, notamment grâce à son rôle clé en tant que fournisseur de gaz naturel pour l’UE, dans un contexte énergétique mondial tendu. L’UE, de son côté, cherche à maintenir une relation stable et bénéfique avec Alger, en particulier pour sécuriser ses approvisionnements en énergie. En outre, les partenariats stratégiques de l’Algérie avec des puissances comme la Chine, la Russie et les États-Unis, influencent également la manière dont elle mène ses négociations avec l’UE, en lui offrant des options géopolitiques plus larges pour maximiser ses gains économiques.

ALGER 16 DZ

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