Par CHahid Lakeb
La situation entourant les écrivains Boualem Sansal et Kamel Daoud a récemment suscité de vives réactions dans les médias internationaux, notamment en ce qui concerne leur relation avec l’Algérie. Ces deux écrivains, souvent considérés comme des figures de la dissidence, se sont fait connaître pour leurs critiques acerbes à l’égard de leur pays d’origine, l’Algérie.

Cependant, il est crucial de replacer leur discours dans un contexte plus large, où des forces politiques, notamment de l’extrême droite, utilisent ces voix pour leurs propres fins politiques et idéologiques, souvent au détriment de la stabilité et de la cohésion sociale en Algérie.
critiques sévères à l’égard de l’Algérie
Boualem Sansal et Kamel Daoud ont souvent exprimé des critiques sévères à l’égard de l’Algérie, de la société et de la mémoire collective du pays. Leur vision qui se veut souvent une dénonciation des problèmes de l’Algérie contemporaine, dépeint le pays comme étant en proie à un passé révolu et à des obstacles qui empêchent son progrès. Cependant, ces critiques semblent déborder souvent du cadre constructif pour sombrer dans une forme de rejet de l’Algérie elle-même, voire une haine palpable envers son histoire et sa culture. Sansal, par exemple, a répété que l’Algérie serait « condamnée à l’échec », une vision fataliste qui ne fait qu’alimenter un discours négatif à l’égard du pays qui, comme le monde entier le reconnait aujourd’hui, est un pays d’avenir et considéré comme étant un des plus prospères avec un PIB en constante progression pour les années avenirs.
Kamel Daoud, quant à lui, a souvent dénoncé les violences et les conflits internes à l’Algérie mais de manière qui paraît réduire l’ensemble du pays à ces aspects sombres. Ces discours semblent plus nourrir une rancœur personnelle qu’un désir sincère de réforme ou de progrès. Ces dérives sont particulièrement visibles dans ses prises de position sur des sujets comme l’immigration ou la place de l’islam dans les sociétés occidentales. Là où l’on attendait une critique équilibrée, il préfère une dénonciation unilatérale qui alimente des récits réactionnaires, souvent hostiles aux populations qu’il prétend défendre. Pour preuve, son dernier livre, qui a été couronné par le Goncourt à Paris, fait l’objet de vives controverses et une plainte a été déposé par la victime elle-même qui certifie haut et fort que l’écrivain ainsi que sa femme, psychiatre de formation, ont exploité son histoire sans son consentement. Ce qu’on leur reproche c’est la violation du secret médical, puisque le médecin (l’épouse de Kamel Daoud) a remis tout le dossier de sa patiente à son mari ainsi que sur la diffamation des victimes du terrorisme et la violation de la loi sur la réconciliation nationale.
En ce qui concerne Boualem Sansal qui adopte une posture qui rejette la reconnaissance de la responsabilité historique du colonialisme français. En rejetant l’idée de repentance, comme le fait l’extrême droite et ses alliés et en concentrant ses récits sur l’échec présumé de l’Algérie indépendante, Sansal contribue à alimenter des récits simplistes qui servent les intérêts d’un camp idéologique opposé à toute forme de justice mémorielle.
Ce type de critique qui enflamme les passions mais ne propose pas de solutions concrètes, aligne ces écrivains sur une position radicale qui cherche moins à améliorer la situation qu’à affirmer une sorte de rupture définitive avec le passé algérien.
Une récupération politique par l’extrême droite internationale
Il est important de noter que ces voix dissidentes, plutôt que de chercher une réconciliation avec l’Algérie ou de promouvoir une véritable réforme, sont souvent soutenues et amplifiées par des courants politiques externes, notamment ceux de l’extrême droite et de la droite française à l’instar d’Éric Zemmour, Marine Le Pen, Xavier Driencourt, Valérie Pécresse et biens d’autres. Ces forces politiques étrangères utilisent la position de Sansal et Daoud comme un outil de déstabilisation. En mettant en avant leurs écrits et leurs opinions, elles cherchent à donner une légitimité internationale à une vision déformée et stéréotypée de l’Algérie et à détourner l’attention des véritables enjeux internes du pays.
En effet, ils se sont souvent saisis de leurs discours pour alimenter des récits négatifs sur l’Algérie, utilisant ces écrivains comme porte-parole d’une Algérie qui ne va pas, un pays incapable de faire face à ses défis internes et à son passé. Cette instrumentalisation politique est particulièrement visible dans le soutien qu’ils reçoivent de la part de ces courants idéologiques qui cherchent à fragiliser le pays pour des raisons géopolitiques, notamment dans le contexte des tensions en Afrique du Nord et de la lutte pour l’influence régionale.
L’Algérie face à la manipulation
Il est essentiel, en tant que nation, de protéger notre souveraineté et de ne pas permettre que des voix dissidentes, même si elles sont présentées sous un masque de liberté intellectuelle, soient manipulées à des fins politiques. L’Algérie, à travers son gouvernement et ses institutions, s’est toujours défendue contre cette forme de récupération politique qui cherche à déstabiliser le pays en mettant en avant des figures qui, bien que leurs œuvres soient saluées dans certains cercles littéraires, n’ont jamais véritablement cherché à résoudre les problèmes internes de l’Algérie, mais plutôt à aggraver ses divisions.
Les critiques de Sansal et Daoud ne sont ni représentatives de la majorité des Algériens ni un reflet fidèle des réalités profondes du pays. Elles semblent surtout nourries par une volonté de s’éloigner d’un héritage historique et culturel complexe et de s’inscrire dans une vision externalisée du monde. Cependant, l’Algérie reste une nation résiliente en pleine transition, qui, tout en affrontant ses défis, doit préserver son identité et sa cohésion sociale contre les tentatives de manipulation, qu’elles soient internes ou externes.
Défendre l’Algérie face à une instrumentalisation politique
La situation de Boualem Sansal et Kamel Daoud est emblématique d’un phénomène plus large : celui de la récupération de la critique intellectuelle à des fins politiques. L’Algérie, en tant que nation souveraine, est en mesure de défendre son unité et son avenir face à ces influences extérieures.
Plutôt que de céder à une pression politique et médiatique internationale, l’Algérie continue à avancer sur son propre chemin, en mettant en œuvre des réformes internes qui répondent aux préoccupations légitimes des Algériens tout en préservant sa stabilité et son indépendance. Dans ce contexte, la manipulation de figures littéraires à des fins politiques doit être dénoncée pour ce qu’elle est : une tentative de fragiliser l’Algérie dans un moment clé de son histoire.
L’arrestation de Boualem Sansal, même si elle a suscité des critiques, s’inscrit dans un cadre de gestion des menaces à l’ordre public, notamment lorsque des figures publiques semblent prôner une vision déformée de l’histoire et de l’avenir de l’Algérie. Quant à Kamel Daoud, ses prises de position, souvent polémiques, relèvent d’une critique de la société algérienne mais aussi d’un certain rejet de son propre héritage, ce qui peut nourrir des narratifs simplistes et négatifs. Ces voix, bien qu’influentes dans certains cercles, ne représentent pas nécessairement la majorité des Algériens y compris chez la diaspora, et leurs discours peuvent être vus comme un facteur de fragmentation plutôt que de réconciliation.
De plus, les controverses entourant les déclarations de Kamel Daoud soulignent des enjeux bien plus complexes que ce que leurs discours et actions peuvent laisser paraître à première vue. Si la liberté d’expression est un droit fondamental, elle ne doit pas être utilisée pour déstabiliser la stabilité nationale ou attiser des divisions internes, particulièrement dans un contexte où l’Algérie traverse des défis importants. L’Algérie, comme toute nation souveraine, a le droit de défendre son unité face à des voix qui, tout en se présentant comme des critiques constructives, semblent parfois être instrumentalisées par des forces extérieures ou idéologiques dont les intérêts ne sont pas toujours en phase avec ceux de la majorité de la population.
L’Algérie, dans sa quête de justice mémorielle et de progrès, protège son intégrité contre les tentatives de récupération politique de certaines critiques externes et internes. En cela, l’État algérien, tout en restant fidèle aux principes démocratiques, continue à œuvrer pour une stabilité qui respecte à la fois la liberté d’expression et les nécessités d’unité nationale.
C. L.
