
La scène politique marocaine semble plus que jamais piégée dans une spirale effroyable où l’influence de l’argent sale et des lobbies dénaturent les principes fondamentaux de la gouvernance.
Loin d’être un espace de confrontation idéologique et de progrès démocratique, elle se mue en un marché d’intérêts où les partis se vendent au plus offrant, transformant les élections en un jeu d’allégeances financières plutôt qu’en un choix de programmes et de visions pour l’avenir du pays.
Au même moment, le Makhzen poursuit sa politique de langue de bois. Un silence complique qui en dit long sur la conscience de ce gouvernement. Un gouvernement qui n’hésite pas à marginaliser les intellectuels et jeunes talents au profit d’opportunistes en quête de privilège, ancrant ainsi un climat de résignation et de défiance citoyenne.
Face à cette situation alarmante, Rachid Hamouni, président du groupe parlementaire du Parti du progrès et du socialisme (PPS), met en exergue une conséquence majeure de ce blocage institutionnel : la disparition progressive de la classe moyenne. Autrefois moteur de l’idéal démocratique et vecteur d’une participation citoyenne active, cette classe sociale se trouve désormais piégée dans une lutte quotidienne pour sa survie économique. Loin d’être un simple enjeu économique, cet affaiblissement constitue une menace directe pour l’équilibre démocratique du pays.
Dans un article intitulé «Réflexions sur la situation politique actuelle», Hamouni questionne la responsabilité collective face à la dérive du paysage politique et s’interroge sur la capacité des citoyens à s’engager dans un climat dominé par la désillusion et la perte de repères. L’écart entre les discours et les pratiques des acteurs politiques ne cesse de s’aggraver, mettant en lumière une fracture entre la classe dirigeante et les attentes de la société civile.
Entre Affaires Douteuses et Accaparement du Pouvoir
Dans un climat économique de plus en plus complexe, les jeunes entrepreneurs marocains ont du mal à trouver leur place. Au même moment, certains acteurs issus de la sphère des affaires opaques investissent le champ politique pour accroître leur influence et multiplier leur fortune. Cette situation favorise l’émergence d’une nouvelle caste politique où la compétence et l’engagement sont éclipsés par la logique du clientélisme et du favoritisme.
Les plus démunis et les moins favorisés, quant à eux, se retrouvent pris au piège d’un système qui instrumentalise leur précarité à des fins électorales. Nombre d’entre eux cèdent aux pratiques corrompues en échange de maigres avantages, alimentant ainsi un cercle vicieux d’exploitation et de misère organisée. Dans ce contexte, la démocratie se vide de son essence et devient une simple coquille vide, dominée par une oligarchie qui ne sert que ses propres intérêts.
Appel à un Nouveau Discours Politique
Dans ce paysage en déséquilibre, les intellectuels et militants sont de plus en plus marginalisés, convaincus de l’inutilité de leur engagement après des années de luttes infructueuses et de répression. La parole critique est étouffée et le débat d’idées s’estompe, laissant place à un consensus creux et à une rhétorique gouvernementale déconnectée des réalités sociales. M. Hamouni lance un appel à la refonte du discours politique, exhortant les partis à retrouver leur identité et leurs valeurs, plutôt que de se livrer à une course effrénée au pouvoir dépourvue de toute vision de société. Il a dénoncé la transformation du Parlement en un théâtre de surenchère et de spectacle, où la forme prend le pas sur le fond, reléguant les véritables débats au second plan.
Une Façade Démocratique au Service d’une Élite Corrompue
M. Hamouni dresse un constat accablant : le système en place favorise l’emprise de l’argent sale sur les institutions politiques, transformant le jeu démocratique en un simulacre au service d’une élite corrompue. Pendant que les citoyens sont de plus en plus marginalisés, privés de perspectives et d’espoir, les rouages du pouvoir continuent de tourner au bénéfice exclusif de quelques-uns, vidant la politique de sa substance et creusant un fossé toujours plus profond entre gouvernants et gouvernés.
En tous cas, si un sursaut d’orgueil citoyen ne survient pas pour remettre en question le régime qui l’opprime, ce pays risque de voir sa démocratie devenir une illusion. Une illusion entretenue déconnectée par la réalité socioéconomique du pays.
G. Salah Eddine
