
La sanction infligée au journaliste Jean-Michel Aphatie par RTL pour avoir osé comparer les crimes coloniaux français en Algérie à ceux des Nazis en France illustre une réalité troublante : la persistance d’un déni profond de l’histoire coloniale française et la répression des voix dissidentes qui osent en parler. En refusant de s’excuser ou de se rétracter, ce journaliste fait preuve d’une intégrité rare dans un paysage médiatique souvent dominé par l’autocensure et l’étouffement des débats historiques fondamentaux.
La suspension temporaire de Jean-Michel Aphatie, suivie de son départ volontaire de RTL, n’est pas un simple incident isolé. Elle est le reflet d’une répression systématique exercée par certains médias français, notamment ceux d’extrême droite, contre toute remise en question du récit officiel sur la colonisation de l’Algérie. En France, évoquer les massacres commis sous l’occupation coloniale est perçu comme un acte subversif, susceptible de susciter des sanctions, des pressions politiques et des attaques virulentes de la part de ceux qui s’accrochent à une vision mythifiée de la «mission civilisatrice» française.
Un Déni Persistant des Crimes Coloniaux
Lorsque Jean-Michel Aphatie déclara que «chaque année, en France, on commémore ce qui s’est passé à Oradour-sur-Glane, c’est-à-dire le massacre de tout un village, mais on en a fait des centaines, nous, en Algérie. Est-ce qu’on en a conscience ?», il n’a fait que rappeler des faits historiques avérés. Pourtant, cette simple vérité a déclenché une levée de boucliers parmi les défenseurs acharnés de l’idéologie colonialiste.
Les réactions indignées des médias d’extrême droite et de nombreux acteurs politiques témoignent d’une stratégie de dissimulation qui vise à effacer de la mémoire collective les exactions commises par la France en Algérie. De l’utilisation systématique de la torture aux massacres de masse, en passant par les enfumades des grottes où des centaines d’Algériens ont été asphyxiés, les crimes coloniaux français sont largement documentés par des historiens. Pourtant, toute tentative de mise en lumière de ces atrocités est accueillie par un mur de déni et une censure implicite.
L’affaire Jean-Michel Aphatie met en évidence une tendance récurrente en France : la volonté de minimiser, voire d’occulter complètement les conséquences dramatiques du passé colonial. Le traitement de cette affaire illustre aussi une hypocrisie flagrante : la France se pose en donneuse de leçons en matière de liberté d’expression et de droits de l’homme, mais réprime toute voix discordante qui ose rappeler que son propre passé n’est pas exempt de crimes contre l’humanité.
Une France Coloniale Toujours Omniprésente
L’une des plus grandes contradictions du discours officiel français réside dans son refus d’assumer pleinement les conséquences de son passé colonial. Le 8 mai 1945, alors que la France célébrait la victoire contre le nazisme, elle perpétrait des massacres de masse en Algérie, notamment à Sétif, Guelma et Kherrata, où au moins 45 000 Algériens furent tués par l’armée française. Ces événements, largement documentés, sont pourtant encore relégués au second plan dans le discours historique officiel.
Ce double discours s’inscrit dans une stratégie plus large de marginalisation des voix qui exigent reconnaissance et justice. Jean-Michel Aphatie, en rappelant cette vérité, a été sanctionné non pas parce qu’il aurait menti ou exagéré, mais parce qu’il a osé dire ce que certains veulent cacher. La colonisation française en Algérie a été une entreprise fondée sur la violence, l’expropriation et l’extermination, et son héritage continue d’empoisonner les relations franco-algériennes. En affirmant que «les Nazis se sont comportés comme nous», Jean-Michel Aphatie a simplement mis en lumière une vérité dérangeante : la France coloniale a employé des méthodes qui préfigurent celles du régime nazi. Cette réalité, bien que difficile à entendre pour certains, est néanmoins indéniable.
La réaction
du journaliste
Réagissant à sa sanction sur les réseaux sociaux, M. Aphatie a estimé n’avoir commis aucune faute et adopte une posture de principe en déclarant «attacher un prix particulier à la question de la présence française en Algérie entre 1830 et 1962», reconnaissant avoir été «horrifié» par ce qu’il a «lu dans les livres écrits par des historiens méticuleux».
«Pour cette raison (…), je ne peux pas accepter d’être puni», a-t-il déclaré, soulignant ainsi son refus de céder face à une censure qui cherche à minimiser la réalité des atrocités commises par la France coloniale. Interrogé par la presse, il a affirmé ne pas être «meurtri» ou «choqué» par la décision de la direction de RTL, laissant entendre qu’il s’attendait à de telles représailles dans un paysage médiatique où la critique du passé colonial français demeure un sujet tabou, particulièrement sous la pression des courants les plus réactionnaires.
Comme on pouvait s’y attendre, ses propos ont déclenché une levée de boucliers au sein de l’extrême droite française, qui a immédiatement crié au «scandale», préférant persister dans un déni total des crimes coloniaux plutôt que d’accepter une remise en question factuelle et historique. Ce rejet outrancier des vérités historiques s’inscrit dans une dynamique plus large de réhabilitation du colonialisme, où toute voix dissonante est rapidement muselée.
Vers Une Reconnaissance de la Vérité Historique ?
L’affaire Jean-Michel Aphatie pose une question essentielle : la France est-elle prête à affronter son passé colonial avec honnêteté et courage ? La réaction des médias dominants et des sphères politiques laisse penser que le chemin vers la reconnaissance est encore long. Pourtant, la vérité ne peut être éternellement étouffée.
La sanction infligée à ce journaliste ne fait que renforcer l’urgence de ce débat et souligne l’importance de lutter contre la censure et le révisionnisme historique. Il est impératif que les voix courageuses qui dénoncent l’hypocrisie et l’oubli volontaire des crimes coloniaux puissent s’exprimer sans crainte de représailles. Car tant que la France continuera de nier son passé, elle restera prisonnière de ses propres contradictions.
G. Salah Eddine
