
La presse espagnole a dénoncé, dimanche dernier, l’inaction des autorités marocaines face à la recrudescence des tentatives d’entrée illégale de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, mettant en lumière une absence de coopération de la part du Maroc.
Le journal électronique La Gaceta a souligné que «l’un des aspects les plus marquants de ces nouvelles vagues migratoires est la passivité des autorités marocaines», qui ne prennent pas de mesures pour empêcher ces traversées. «Le Maroc ne met pas en œuvre des dispositifs efficaces pour empêcher les migrants de se jeter à l’eau», déclare le média, ajoutant que «ce manque de collaboration contraste avec les efforts des agents de la Garde civile espagnole, dépassés par ces tentatives répétées».
Selon La Gaceta, Ceuta a été une nouvelle fois le théâtre d’arrivées clandestines en masse. «Profitant de l’absence de contrôle des forces marocaines, de nombreux migrants ont tenté d’atteindre les digues frontalières afin d’accéder au territoire espagnol», rapporte le journal. Entre jeudi et vendredi, une cinquantaine de Marocains ont tenté de traverser à la nage, et une douzaine d’entre eux y sont parvenus, précise-t-il, citant des sources de la Garde civile.
Face à cette pression migratoire grandissante, les autorités espagnoles ont renforcé la présence policière aux points sensibles de la frontière, notamment aux brise-lames, afin de contenir l’afflux. Vendredi dernier, les unités maritimes et terrestres de la Garde civile ont intercepté huit migrants clandestins.
Depuis le début de l’année, pas moins de 200 migrants illégaux ont réussi à entrer à Ceuta, selon des chiffres fournis par les autorités espagnoles. Cette situation récurrente s’inscrit, selon La Gaceta, dans une stratégie marocaine visant à instrumentaliser la question migratoire pour exercer des pressions politiques sur l’Espagne et l’Union européenne, notamment en ce qui concerne le dossier du Sahara occidental.
En mars 2022, les services de renseignement espagnols avaient déjà mis en cause Rabat après une tentative massive de franchissement de la frontière à Melilla, impliquant 3.700 migrants. Selon ces services, le Maroc avait alors volontairement cessé de surveiller les camps de migrants subsahariens situés près de la frontière, favorisant leur mouvement vers l’enclave espagnole.
Un an plus tôt, en mai 2021, Ceuta avait connu une crise migratoire sans précédent lorsque 12 000 migrants, dont de nombreux mineurs, avaient franchi la frontière en seulement deux jours. Cette vague migratoire, facilitée par l’inaction des forces marocaines, avait plongé l’enclave dans le chaos. Le gouvernement espagnol avait alors qualifié cet épisode de «grave crise pour l’Espagne et pour l’Europe», dénonçant une tentative de déstabilisation orchestrée par le Maroc dans un contexte de tensions diplomatiques entre les deux pays.
Ces épisodes illustrent une tendance récurrente où la question migratoire est utilisée par Rabat comme un levier diplomatique, alimentant des tensions avec Madrid et l’Union européenne, et mettant à rude épreuve les dispositifs de contrôle aux frontières espagnoles.
Cheklat Meriem
