
Lors de l’émission «Hadith-Al Djazair» diffusé lundi soir sur la chaîne AL24 News, l’expert en géopolitiques, Zohir Bouamama a assuré que la fermeture de l’espace aérien algérien aux vols en provenance ou à destination du Mali est une décision logique qui marque la fin d‘une phase de patience stratégique.
Après des mois de retenue diplomatique, l’Algérie semble avoir franchi une étape décisive dans sa relation avec les autorités de transition au Mali. Lundi dernier, Alger a annoncé la fermeture de son espace aérien aux vols en provenance ou à destination du Mali, invoquant des « violations répétées » de sa souveraineté territoriale. Cette décision intervient dans un contexte régional de plus en plus tendu, où l’Algérie entend réaffirmer sa position de puissance régionale et de garant de la stabilité au Sahel.
Alger a, par ailleurs, rappelé ses ambassadeurs au Mali et au Niger et a mis en gel la nomination de son nouveau ambassadeur au Burkina Faso. Cette position est une position miroir à celle des trois pays formant l’Alliance des Etas du Sahel. En effet, ces nations ont tous les trois décidé de rappeler leur ambassadeurs à Alger afin d’essayer de mettre un semblant de pression sur la première puissance de la région et ce, malgré l’historique fraternelle de ces pays avec l’Algérie.
Pour le célèbre expert en géopolitique, le Dr Zohir Bouamama, professeur en sciences politiques et en relations internationales cette décision marque « la fin d’une phase de patience stratégique » de la part d’Alger envers les autorités de Bamako, et le début d’un repositionnement plus ferme.
« Je pense qu’il y a désormais, au niveau du commandement politique et militaire, une volonté d’envoyer un message clair aux autorités de transition putschistes à Bamako : cette fois, vous paierez un prix lourd pour vos provocations, dont les retombées seront nulles », a affirmé le Dr Bouamama.
Depuis la prise du pouvoir par les militaires maliens, l’Algérie a adopté une posture prudente, misant sur le dialogue, la médiation et la désescalade. Mais cette stratégie semble aujourd’hui caduque. La responsabilité incombe en grande partie au nouveau pouvoir malien qui considère les Touaregs comme une secte terroriste en plus de la violation de l’espace aérien algérien à plusieurs reprises. « Le traitement de la situation jusqu’à présent était fondé sur la retenue, sur l’idée de laisser une chance à la révision, à la lucidité », souligne l’expert. « Mais il semble que le dépassement délibéré, à trois reprises, de notre espace aérien par des drones – comme l’a confirmé le ministère des Affaires étrangères – a été la goutte de trop. » Cette escalade est interprétée à Alger comme une provocation assumée – voire téléguidée – à laquelle il fallait répondre avec vigueur. D’après l’orateur, cette nouvelle attitude traduit un changement doctrinal profond : « Nous parlons souvent de souveraineté, mais il faut aussi savoir en faire la démonstration concrète. Une nation souveraine doit se faire respecter, surtout lorsqu’un voisin hostile franchit sciemment des lignes rouges. »
Le Mali dans l’impasse, l’Algérie réagit
L’Algérie a également dénoncé, dans un communiqué cinglant, les accusations infondées du régime malien, qu’elle accuse de vouloir détourner l’attention de ses propres échecs. Une stratégie de diversion classique, selon le professeur Bouamama : « Le régime de Bamako tente de camoufler ses impasses internes, ses revers sécuritaires et ses difficultés économiques, en ciblant l’Algérie comme bouc émissaire. C’est une posture qui trahit la fébrilité du pouvoir malien. » « L’Algérie regrette que le Niger et le Burkina Faso aient cautionné les démarches de Bamako, alors même qu’elle a toujours entretenu avec eux des relations empreintes de respect, de bon voisinage et d’appui constant », a déploré le professeur.
En tous cas, face aux bouleversements sécuritaires et politiques qui secouent le Sahel, l’Algérie semble déterminée à ne plus faire de concessions. Ce repositionnement pourrait marquer un tournant dans sa stratégie régionale, longtemps fondée sur la diplomatie de l’équilibre.
« Nous entrons dans une nouvelle ère. L’Algérie affirme qu’elle ne tolérera plus aucune atteinte à sa souveraineté, surtout de la part de régimes qui affichent clairement leur hostilité », a conclut le Dr Bouamama.
Dans un contexte où les tensions régionales se multiplient, cette fermeté nouvelle d’Alger s’inscrit dans une logique de réaffirmation de son leadership géopolitique, en tant que puissance pivot au Maghreb et acteur central dans la stabilité du Sahel.
G. Salah Eddine
