
Lors de l’émission «Hadith AL-Djazair», diffusée mardi soir sur la chaîne de télévision AL24 News, des experts ont qualifié l’élection de l’Algérie au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) pour trois ans d’illustration parfaite de la réussite de la diplomatie algérienne.
Dans un monde fracturé, marqué par des conflits persistants, des révolutions silencieuses et une recomposition des alliances, l’élection de l’Algérie au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) pour un mandat de trois ans n’est pas un événement anodin. C’est l’expression claire d’un choix politique des Africains : celui de confier à un pays à l’histoire lourde et à la diplomatie singulière la responsabilité de penser et de défendre la paix sur le continent.
En effet, c’est à Addis-Abeba, capitale diplomatique de l’Afrique et siège de l’Union africaine, que cette élection s’est tenue, dans le cadre de la 24e session extraordinaire du Conseil exécutif de l’organisation. L’Algérie y a obtenu 34 voix sur 55, un score net et sans équivoque.
Ce soutien massif s’inscrit dans une séquence diplomatique où Alger consolide méthodiquement sa présence dans les grandes instances internationales : après son accession au Conseil de sécurité de l’ONU, sa vice-présidence à la Commission de l’UA, et récemment encore, la victoire de sa candidate à un poste-clé au sein des institutions africaines. L’Algérie s’impose comme un pivot entre les espaces diplomatiques global et continental, entre les causes historiques et les défis émergents. Mais que signifie cette victoire, au fond ? Des experts y ont répondu.
Le retour d’un géant continental
Evoquant la signification de cette victoire, le professeur Zohir Bouamama, spécialiste en sciences politiques et en relations internationales, a informé que cette élection est bien plus qu’un simple choix stratégique. Elle consacre un lien profond et ancien entre l’Algérie et l’Afrique :
«Ce qui s’est passé aujourd’hui est un magnifique renouvellement de confiance de la part des frères et partenaires africains envers ce grand pays. Un pays toujours prêt, capable de défendre les causes du continent, en lequel les Africains ont foi, dans ses choix, sa crédibilité, et sa constance.»
Le politologue a rappelé que cette confiance ne vient pas de nulle part :
«Depuis l’indépendance, l’Algérie a été une terre d’accueil, un refuge pour les mouvements de libération. Certains la surnommaient La Mecque des révolutionnaires. Aujourd’hui encore, elle continue de soutenir les pays frères dans la construction de leurs institutions et de leurs économies.»
Cette mémoire historique, souvent oubliée dans les lectures court-termistes de la diplomatie africaine, est aujourd’hui réactivée et reconnue. En élisant l’Algérie, les États africains ont aussi voulu faire taire — selon les mots du professeur — «les voix malveillantes qui parlent sans savoir», allusion directe aux campagnes hostiles menées par certains courants européens d’extrême droite ou par des lobbies étrangers cherchant à déstabiliser la diplomatie algérienne.
Une posture équilibrée entre solidarité et souveraineté
L’Algérie, en retrouvant ce siège prestigieux, ne fait pas que revenir dans le cercle décisionnel de la paix en Afrique. Elle y apporte une posture singulière, fondée sur trois piliers : l’attachement aux principes de souveraineté nationale, le refus de toute ingérence étrangère, et la solidarité active entre peuples.
«L’Algérie a tendu la main à ses frères africains pour être leur voix, au sein du continent» a souligné le professeur Bouamama.
«Et regardez bien : en ce moment même, l’Algérie est présente à la fois au Conseil de sécurité de l’ONU – où siègent les grands de ce monde – et au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine – où siègent les grands du continent.»
Une diplomatie de principes dans un monde incertain
Cette double présence confère à l’Algérie une position unique dans les débats mondiaux sur la paix, la sécurité, la réforme des institutions internationales et la gouvernance multilatérale. Elle permet à Alger de jouer un rôle de médiateur crédible, d’interlocuteur stable et de défenseur des solutions africaines aux crises africaines.
Dans un contexte marqué par la montée des conflits internes, les ingérences extérieures, les coups d’État, mais aussi une profonde fatigue des peuples vis-à-vis des modèles importés de gestion de la sécurité, le retour de l’Algérie à ce niveau est perçu par de nombreux experts comme une chance pour l’Afrique.
Et ce retour s’inscrit dans une logique d’ensemble : «Il y a une dynamique d’accomplissements diplomatiques constants depuis des mois», a rappelé Bouamama, citant aussi la récente élection de l’ambassadrice algérienne Malika Hadad à un poste stratégique au sein de l’UA. L’Algérie ne revient pas, elle s’impose avec méthode, avec patience, et avec vision.
Un choix de maturité politique africaine
L’élection triomphale de l’Algérie au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine n’est pas seulement le fruit de la diplomatie active d’Alger. Elle est aussi le reflet d’une conscience africaine nouvelle, qui sait désormais faire la différence entre les discours creux et l’engagement tangible.
Comme le souligne le Dr Oussama Bouchmakh, expert en géopolitique :
«Il y a une véritable confiance des Africains dans le rôle que joue l’Algérie. Sur 54 États, 34 ont voté pour elle. Cela signifie que les Africains savent reconnaître, dans les moments critiques, qui défendent sincèrement les causes africaines, et qui se contente de discours creux.»
Ce vote massif est ainsi une reconnaissance du sérieux, de la constance et de la crédibilité de l’Algérie sur la scène panafricaine et internationale. Car, dans les moments décisifs, certains s’éclipsent, quand d’autres prennent leurs responsabilités.
«Nous avons vu aujourd’hui que certains se sont retirés dans les moments décisifs. Ce n’est pas le cas de l’Algérie. Elle a toujours été présente, dans les faits et non seulement dans les mots», a rappelé Dr. Bouchmakh.
L’expert revient également sur le rôle actif de l’Algérie dans les enceintes internationales, où elle a constamment plaidé pour les intérêts africains, que ce soit au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, ou dans les grandes conférences économiques :
« L’Algérie a porté haut les revendications du continent, que ce soit lors des sessions du Conseil de sécurité ou dans les sommets économiques mondiaux, comme ceux tenus en Italie ou dans d’autres pays influents.»
Mais cet appui ne relève pas seulement de la gratitude ou de la symbolique. Il s’inscrit dans une stratégie politique africaine lucide, qui perçoit les enjeux géopolitiques globaux et la nécessité d’avoir des représentants solides dans les sphères de pouvoir.
«Le vote africain traduit aussi une forme de maturité politique. Les Africains savent que l’Algérie, grâce à ses relations étendues avec les grandes puissances, peut faire entendre la voix du continent dans des enceintes décisives. Le timing de cette élection est parfait.»
Ambition continentale
Dans un contexte mondial tendu, où les conflits se multiplient et où la souveraineté des nations est régulièrement mise à l’épreuve, le retour de l’Algérie au sein du Conseil de paix et de sécurité est à la fois stratégique et hautement symbolique. C’est le retour d’un acteur continental historique, respecté et crédible, capable de représenter les intérêts africains avec force, loyauté et constance.
De plus, cette élection marque une reconnaissance du rôle historique de l’Algérie, une validation de sa diplomatie actuelle, et une projection vers l’avenir. Aujourd’hui, l’Afrique a besoin de voix fortes, indépendantes, enracinées dans une mémoire, mais tournées vers l’avenir. L’Algérie est la personnification de ces idées.
Note pays, fidèle à son héritage, avance. Et désormais, il parle à l’Afrique et au monde, d’une même voix.
G. Salah Eddine
