
Un séisme a ébranlé le football français, mardi : l’Olympique Lyonnais, monument du football, a été administrativement relégué en Ligue 2 par la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), le gendarme financier du football hexagonal. La nouvelle, tombée dans un simple communiqué, a la brutalité d’un couperet. Et elle soulève d’immenses interrogations sur l’état réel de santé économique d’un club qui, depuis deux décennies, incarnait stabilité, ambition et grandeur européenne.
La décision survient à l’issue d’une audition devant la DNCG, où les dirigeants lyonnais, menés par le propriétaire américain John Textor, n’ont pas su convaincre. La rétrogradation, un temps suspendue depuis novembre dernier, devient effective à titre conservatoire. Textor, pourtant optimiste quelques heures auparavant, assurait que «tout est bon financièrement». Mais les chiffres ne semblent pas avoir pesé lourd face aux doutes persistants de l’autorité de contrôle.
L’Olympique Lyonnais a immédiatement annoncé faire appel. Un recours qui suspend provisoirement la sanction, en attendant l’examen du dossier par la commission d’appel de la DNCG.
Dans un communiqué officiel, le club se dit « incompris », rappelant avoir injecté des fonds propres significatifs et avoir « considérablement amélioré sa trésorerie », notamment grâce à la cession de parts dans Crystal Palace, estimée à 222 millions d’euros.
Mais au-delà des chiffres, c’est un climat général de défiance qui entoure la gouvernance actuelle. Car depuis le départ de Jean-Michel Aulas, figure tutélaire du club, l’instabilité règne. Et même les initiatives telles que l’introduction en Bourse de la holding Eagle Football, ou les 83 millions d’euros injectés ces dernières semaines, n’ont pas su dissiper les doutes de la DNCG.
Une onde de choc émotionnelle
Cette décision a immédiatement provoqué une onde de choc dans le monde du football français. Les réactions d’anciens joueurs, comme Sidney Govou, ont souligné l’indignation croissante à l’égard de la gestion Textor : «Encore une fois, John Textor nous a enfumés. C’est un beau parleur, mais les actes ne suivent pas.» Même Jean-Michel Aulas, pourtant écarté de la direction, n’a pu masquer sa « tristesse » et son « incompréhension ».
Les supporters, quant à eux, oscillent entre abattement et colère. Banderoles dans la ville, réseaux sociaux en feu, Lyon vit une fracture profonde avec ses fidèles, qui voient s’effondrer l’image d’un club autrefois modèle. Et pendant ce temps, les images de Rayan Cherki, fraîchement transféré à Manchester City, souriant à la plage, ajoutent à la sensation de décalage avec la réalité dramatique que traverse le club.
Une semaine pour sauver le navire
L’OL dispose désormais de sept jours pour présenter de nouveaux éléments financiers et tenter de faire lever la sanction. Ce court délai constitue la première étape d’un marathon juridique et institutionnel. Si l’appel échoue, le club peut solliciter le CNOSF, voire saisir le tribunal administratif. Mais les précédents, comme celui du FC Girondins de Bordeaux, rappellent la faible probabilité de voir la décision inversée. Derrière l’aspect administratif, se dessine un enjeu sportif majeur : la place laissée vacante en Ligue 1 pourrait être récupérée par le 16e du dernier championnat, le Stade de Reims. Le sort de Lyon pourrait donc indirectement bouleverser la géographie du football professionnel dès l’entame de la saison 2025-2026.
Un précipice aux allures de révélateur
Au fond, cette relégation administrative révèle plus qu’un simple déséquilibre comptable. Elle incarne l’échec d’un modèle basé sur la multipropriété, mal perçu par les régulateurs européens. Elle révèle aussi le coût caché des ambitions internationales mal maîtrisées et repose une question fondamentale : un grand club peut-il survivre sans vision claire, sans ancrage local et sans gouvernance stable ?
L’avenir de l’Olympique Lyonnais se joue donc en coulisses dans les bureaux des régulateurs. Mais c’est bel et bien sur les terrains, dans l’histoire et le cœur des supporters, que se mesure la chute d’un géant. Un géant qui, s’il veut éviter la disgrâce définitive, devra prouver que sa grandeur ne tient pas qu’à son passé, mais à sa capacité à se relever. C’est donc une affaire des plus attristantes, marquant la chute d’un autre monument du football français. Un club qui a vu éclore tant de talents et offert au monde d’innombrables stars se retrouve aujourd’hui au bord du précipice, relégué en Ligue 2, avec le risque de perdre ses joueurs phares, son attractivité et de sombrer encore plus profondément dans la tourmente financière.
G. Salah Eddine
