Il retrouve son football : La renaissance extraordinaire de Casemiro sous Amorim

On le disait fini, dépassé, usé jusqu’à la corde. En mai 2024, après un naufrage (4-0) à Crystal Palace, Jamie Carragher l’avait crucifié en direct sur Sky Sports : «Il doit quitter le football avant que le football ne le quitte». Dix-huit mois plus tard, le Brésilien lui a répondu, non pas avec des mots, mais avec des tacles précis, des buts décisifs et une renaissance que personne n’avait vu venir. À 33 ans, Casemiro est redevenu une pièce importante d’un Manchester United en reconstruction, sous la direction de Ruben Amorim.

Le milieu auriverde a tout simplement changé le visage de son équipe. Son influence n’est pas que défensive : buteur contre Brighton, puis encore ce week-end face à Forest, Casemiro retrouve cette intensité qu’il incarnait au Real Madrid, cette rage calme qui transforme une équipe moyenne en bloc conquérant.
Ironie du sort : la renaissance de Casemiro se déroule sous les yeux du même Carragher qui, depuis la cabine de commentateur à Anfield, doit ravaler ses mots à chaque interception du Brésilien. Et Amorim, lui aussi longtemps moqué par l’ancien défenseur de Liverpool, pour son inexpérience, commence à imposer sa marque. Les deux hommes partagent plus qu’une langue commune : une même envie de prouver que le football appartient encore à ceux qui savent se réinventer.
Leur revanche est collective. Depuis trois matches, United joue enfin avec du caractère. Les transitions sont plus propres, le pressing plus discipliné, et Casemiro, souvent capitaine, donne le ton. Amorim le ménage intelligemment, sachant que le joueur a beaucoup donné au plus haut niveau. Mais chaque fois qu’il est sur la pelouse, on sent que quelque chose d’important se passe.
Carragher, qui aime se poser en prophète du déclin, n’avait pas prévu qu’un « vieux » de 33 ans deviendrait à nouveau un pilier de club et de sélection. Car oui, Casemiro porte à nouveau le brassard du Brésil, symbole d’un joueur qui n’a jamais cessé de croire en son propre feu intérieur.

Le roc défensif
Mais Casemiro pèse bien plus que ne le montrent les simples chiffres. Véritable métronome de l’équilibre mancunien, il incarne cette présence tranquille qui rassure tout un collectif. Depuis le but concédé face à Burnley en août, Manchester United n’a plus encaissé le moindre but lorsqu’il est sur le terrain. À chaque fois qu’Amorim le remplace, la mécanique se dérègle. Contre Fulham, il sort et l’égalisation tombe cinq minutes plus tard. Contre Chelsea, son expulsion rouvre totalement le match. Face à Liverpool, remplacé après un carton jaune à la 58e minute, United perd d’abord le rythme, puis son avantage avant d’être sauvé par un but tardif d’Harry Maguire. Même scénario contre Brighton : il quitte la pelouse et les Seagulls en profitent aussitôt pour réduire l’écart avant que Mbeumo ne scelle le succès. Bref, chaque minute sans Casemiro est une minute sous tension.
La victoire à Anfield, sous les commentaires ironiques de Jamie Carragher, a forcément eu une saveur particulière pour le Brésilien. Mais rendons justice au consultant anglais : il n’était pas le seul à douter. Après une saison 2023-2024 chaotique, minée par les blessures et des prestations en dents de scie, Casemiro semblait usé. Il avait même disparu de la feuille de match lors de la finale de la FA Cup, relégué au rôle de spectateur en costume pendant que ses coéquipiers fêtaient leur victoire face à City. «Il était derrière Toby Collyer dans la hiérarchie, il y a quelques mois, aujourd’hui il est indiscutable», a martelé Amorim dans une conférence de presse. Son avenir paraissait scellé : United voulait s’en débarrasser.
Et pourtant, le Brésilien n’a pas disparu des fiches mercato. Des clubs d’Arabie saoudite ou de Turquie ont bien manifesté un intérêt poli, mais sans suite. Après un été d’incertitudes, il retombe dans l’ombre, commet deux erreurs majeures lors du naufrage (3-0) face à Liverpool et finit par perdre sa place. On pense alors que le rideau est tombé. Mais Casemiro n’est pas du genre à baisser la tête.
Sous Ruud van Nistelrooy, il retrouve du temps de jeu, puis Amorim, plus méfiant, l’écarte de nouveau pendant des semaines. Jusqu’à ce que les blessures de Mainoo et Collyer forcent le destin. C’est là qu’il ressurgit, implacable. Huit titularisations sur les dix derniers matchs de Premier League, sept rencontres européennes à élimination directe où il pèse sur le jeu comme au temps du Real Madrid. Son but contre l’Athletic Club en demi-finale aller de Ligue Europa et son rôle clé dans la remontée face à Lyon rappellent pourquoi il a cinq Ligues des champions au palmarès.
Son retour inspire même Carlo Ancelotti, qui le rappelle en sélection pour le Brésil. L’été suivant, toute rumeur de transfert s’éteint : United sait qu’il reste un pilier du vestiaire. Amorim lui-même révise son jugement.
« Nous comprenons que Casemiro a d’autres choses de nos jours », avait-il glissé avec distance quelques mois plus tôt. Mais en avril, le ton a changé : « Il ne jouait pas parce que je comprenais à ce moment-là qu’il n’était pas la meilleure option pour la façon dont nous voulons jouer. Mais il a continué à travailler. S’ils améliorent ce que nous demandons, ils ont leur chance. C’était la situation de Casemiro. Le crédit revient entièrement au joueur. »

Un exemple pour tous
Malgré le retour au sommet de Casemiro, Manchester United n’a pas cessé de lorgner un renfort au milieu de terrain durant l’été. Le nom de Carlos Baleba, jeune Camerounais de Brighton, revenait avec insistance. Sauf que le club du sud de l’Angleterre a fermé la porte et avec le recul, c’est peut-être la meilleure chose qui pouvait arriver aux Red Devils. Car depuis le début de saison, Casemiro n’a pas seulement retrouvé son influence : il a surclassé celui qui devait le remplacer. Ironie du sort, Baleba a quitté la pelouse sous les sifflets, pendant que Casemiro recevait une ovation monumentale à Old Trafford, son nom chanté à l’unisson.
Ruben Amorim, pourtant avare de compliments, a reconnu son importance :
« Il est si important pour nous. Samedi, il a beaucoup couru, il a dû presser très haut puis revenir, et il le fait. Donc je suis vraiment satisfait de lui, et les autres doivent regarder Casemiro. »
Puis, fidèle à lui-même, le coach portugais a glissé un rappel plein de réalisme.
« Au début, il était derrière tous les milieux, même Toby », a-t-il admis, évoquant un joueur désormais prêté à West Brom. « Il s’est battu, il a travaillé et maintenant, il est de retour en équipe nationale. Il apporte de l’expérience, il est un exemple pour tous. Le football change très vite. Si tu travailles, tu joues. »
Ce professionnalisme, Casemiro en a fait sa marque.
Avant la rencontre contre Brighton, il est venu s’entraîner seul, un jour plus tôt, accompagné de Matheus Cunha. Ce genre de détail en dit plus que mille discours. Pendant que d’autres cherchaient des excuses, lui peaufinait son jeu. Et ça paye. Comme à son arrivée en 2022, quand il avait juré à son agent de « réparer » Manchester United après le naufrage de Brentford.
En quelques mois, il avait métamorphosé l’équipe : une troisième place en Premier League, une Coupe de la Ligue remportée et une finale de FA Cup disputée.
L’homme aux cinq Ligues des champions et trois titres de Liga avec le Real Madrid a d’ailleurs confié que cette saison 2022-2023 était « la meilleure de sa carrière sur le plan individuel ». Son explosion de joie lors du sacre en Coupe de la Ligue contre Newcastle montrait à quel point il avait pris à cœur sa mission à Manchester. Mais la saison suivante a rappelé une vérité cruelle du football moderne : la gloire s’efface vite.
Les critiques, Casemiro les a encaissées, mais jamais acceptées. Quand Jamie Carragher l’avait publiquement démoli, il avait répondu, avec calme mais fermeté :
« J’ai été considéré comme l’un des meilleurs recrutements de la Premier League la saison dernière, et maintenant je ne vaux plus rien ? Les critiques sont irrespectueuses. Quand ça manque de respect, je n’ai pas à respecter ça non plus. »
Et il a tenu parole. Contrairement à d’autres cadres comme Garnacho ou Rashford, il n’a jamais perdu la confiance d’Amorim. En mai dernier, il a même surpris tout le monde en qualifiant la saison passée, pourtant cauchemardesque, de l’une des plus belles de sa carrière :
« Bien sûr, on veut toujours gagner des titres, mais l’une des saisons les plus réussies de ma carrière, sans aucun doute, a été celle-ci. Parce que j’ai réussi à tout renverser grâce au travail et à la détermination. »
Cette phrase résume tout Casemiro. L’homme n’est pas un simple joueur, c’est un survivant. Le football ne l’a jamais quitté, il avait juste pris un peu de recul pour mieux revenir. Et tant qu’il portera le maillot de United, il continuera de prouver qu’on peut défier le temps, le doute et les critiques, simplement avec du cœur et du travail.

G. Salah Eddine

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