
Samedi, à l’occasion de l’ouverture du 2e Forum de l’économie durable, le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, a réaffirmé, par la voix de son chef de cabinet Zellagui Djamel Eddine, l’engagement de l’Algérie à atteindre les objectifs de développement durable (ODD), à travers une batterie de mesures et de réformes initiées par les hautes autorités du pays, notamment pour l’intégration de ces objectifs dans les politiques publiques.
Dans son allocution, le ministre a mis en exergue la centralité du développement durable dans la vision stratégique de l’État. Loin d’être un simple axe complémentaire, cette orientation est aujourd’hui pleinement intégrée dans la dynamique nationale, portée par une volonté politique claire visant à allier croissance économique et justice sociale et à préserver l’environnement. Il a précisé, à ce titre : “Le gouvernement avait entamé la mise en œuvre de réformes structurelles afin d’intégrer progressivement ces objectifs dans les politiques publiques.”
Parmi les avancées notables, le ministre a cité la révision progressive de la fiscalité environnementale, appuyée par des outils juridiques et institutionnels conformes au principe du pollueur-payeur. Cette approche vise à réduire les impacts environnementaux et encourager les pratiques durables, à travers une régulation intelligente et une incitation ciblée. Il a également mis en avant le renforcement du partenariat public-privé dans les secteurs stratégiques ainsi que le soutien à l’investissement dans les énergies renouvelables, l’agriculture durable, l’économie circulaire et les infrastructures environnementales.
L’ambition algérienne est étayée par des chiffres significatifs : près de 6.500 milliards de dinars ont été mobilisés entre 2021 et 2023, auxquels s’ajoutent 2.800 milliards de dinars pour l’année 2024. Le financement de programmes environnementaux s’inscrit également dans cette logique, notamment le plan national de reboisement et le programme d’assainissement et d’alimentation en eau potable avec des enveloppes de 1.428 milliards de dinars pour 2020-2024 et 1.231 milliards de dinars pour 2025-2030.
Toutefois, malgré ces efforts tangibles, le ministre n’a pas occulté les défis qui demeurent des freins dans le développement national. Parmi ces défis, le financement du développement qui appelle «la mobilisation d’importantes ressources financières dans le contexte mondial actuel», a reconnu l’intervenant.
Pour y faire face, l’orateur plaide pour le recours à des outils innovants et la diversification des sources de financement dans un monde en mutation rapide. Dans la conclusion de son intervention, le ministre Abdelkrim Bouzred a formulé une vision forte et structurante : «Le développement n’est plus une option, mais un impératif et son financement est au cœur d’un nouveau pacte économique et social fondé sur la responsabilité environnementale et la justice intergénérationnelle.»
Sonatrach veut équilibrer ses émissions
Lors de ce même événement, le groupe Sonatrach, acteur central du secteur énergétique national, a exposé sa nouvelle feuille de route en matière de développement durable et de transition énergétique. Dans une allocution prononcée en son nom par le directeur de la conformité, Fouad Saoudi, le PDG Rachid Hachichi a réaffirmé l’engagement de l’entreprise à contribuer à atteindre les objectifs de développement durable et à relever les défis climatiques, à travers une nouvelle stratégie visant à créer un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre et les mécanismes de captage du carbone.
Cette stratégie, signée officiellement le 22 juillet 2024, s’inscrit dans le cadre des engagements internationaux de l’Algérie. Elle repose sur plusieurs piliers structurants, comme «l’amélioration de l’efficacité énergétique, la réduction des émissions, l’investissement dans les énergies renouvelables et le développement de nouveaux segments comme les carburants à faible teneur en carbone, l’hydrogène vert et la séquestration du carbone par le reboisement», a précisé Hachichi.
Dans cette optique, Sonatrach prévoit un projet massif de reforestation avec la plantation de 420 millions d’arbres sur une superficie de 520.000 hectares sur 10 ans, pour un investissement estimé à un milliard de dollars. Une initiative d’envergure, qui ambitionne de conjuguer actions environnementales, captation carbone naturelle et impact territorial durable.
L’AAPI et l’ONU saluent les progrès de l’Algérie dans l’ODD
Le Forum a également donné la parole à d’autres institutions clés de la stratégie nationale. Le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), Omar Rekkache, a mis en lumière la contribution de l’Agence à la réalisation des objectifs de développement durable, à travers une politique d’orientation des investissements vers des filières à forte valeur écologique, «notamment dans les énergies renouvelables, l’agriculture durable et l’économie circulaire».
En ouverture de la séance, la coordonnatrice résidente des Nations unies en Algérie, l’ambassadrice Savina Ammassari, est intervenue par vidéoconférence pour saluer les efforts engagés par le pays. Selon elle, «l’Algérie compte parmi les pays les plus avancés en matière de développement durable en Afrique grâce aux importants investissements réalisés dans des secteurs stratégiques, qui témoignent d’une forte volonté politique de garantir un avenir durable aux citoyens et d’offrir des services publics de qualité».
Un catalyseur de synergies internationales
Organisée dans un esprit d’échange intercontinental, cette deuxième édition du Forum de l’économie durable s’est imposée comme un rendez-vous majeur du dialogue économique et environnemental en Afrique. L’événement a réuni une diversité d’acteurs institutionnels, économiques et sociaux, reflétant la transversalité des enjeux liés au développement durable. Parmi les participants figuraient plusieurs ministres africains en charge de l’économie, de l’énergie et de l’environnement ainsi que des représentants de haut niveau d’agences de promotion de l’investissement issues de pays partenaires tels que l’Italie, le Sultanat d’Oman et la Tunisie.
La présence de délégations étrangères a permis de renforcer les synergies Sud-Sud et Nord-Sud dans une optique de coopération durable et d’échange d’expertises. Chefs d’entreprise, investisseurs, opérateurs économiques, experts internationaux et représentants de la société civile ont également pris part aux travaux, offrant une diversité de perspectives sur les transitions écologiques, la finance verte, ou encore la résilience des territoires face aux changements climatiques.
La manifestation s’est articulée autour de panels de discussion de haut niveau et d’ateliers thématiques interactifs, abordant des problématiques clés telles que la mobilisation de financements durables, la gouvernance environnementale, l’innovation verte ou encore l’inclusion sociale dans les modèles économiques émergents. En consolidant son rôle de plateforme de dialogue stratégique, ce forum a permis non seulement de dresser un état des lieux des avancées nationales et régionales, mais aussi d’identifier des pistes concrètes de coopération et d’investissement en faveur d’un développement plus juste, plus vert et plus résilient.
G. Salah Eddine
