
Lors de l’émission «Hebdo Show», diffusée dimanche sur la chaîne de télévison AL24 News, des experts se sont accordés sur le fait que cette 56e édition de la Foire internationale d’Alger (FIA) est un événement économique réussit qui a dépassé de loin le cadre de l’exposition commerciale.
La 56e édition de la Foire internationale d’Alger (FIA) s’est conclue dimanche 28 juin, au Palais des expositions des Pins- Maritimes, inaugurée comme de tradition par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Ce rendez-vous économique majeur, vitrine de l’économie nationale et plateforme d’échanges avec les partenaires internationaux, cristallise cette année encore les dynamiques profondes de transformation du tissu productif algérien.
Lors de son intervention sur l’antenne d’AL24 News, l’économiste Brahim Guendouzi, fin observateur des mutations structurelles de l’économie nationale, souligne la portée stratégique de cet événement. «La Foire internationale d’Alger est un espace commercial et de communication qui fait ressortir les capacités de production algérienne installées, tant sur le plan industriel que dans le bâtiment ou encore dans le secteur agricole.» À travers cette foire, c’est toute l’évolution de la politique économique algérienne qui se donne à voir. «Le virage à 180° qu’a opéré le président de la République, d’une économie auparavant totalement dépendante de l’importation à une économie reposant aujourd’hui à 80-85 % sur la production locale, a constitué un véritable acte de sauvetage économique», a estimé M. Guendouzi.
L’économiste souligne la nécessité d’un pragmatisme assumé : «L’orientation vers l’exportation est essentielle pour éviter le désinvestissement que nous avons connu par le passé, renforcer les capacités de production nationale et les diversifier.» Ce choix stratégique, selon lui, place l’Algérie sur les traces de modèles économiques performants. «Les entreprises qui vont à l’international gagnent en compétitivité, assimilent la concurrence mondiale et stimulent l’innovation.» Toutefois, il insiste également sur la nécessité d’un protectionnisme intelligent, estimant que «l’accompagnement des pouvoirs publics est crucial pour protéger les filières industrielles naissantes face à la concurrence étrangère».
L’un des volets les plus explicites de ce changement de cap est la rationalisation des importations. Brahim Guendouzi se veut clair : «Quand, en 2019, on importait pour 17 millions de dollars de sauces préparées, 3,9 millions de dollars de chewing-gum ou encore 85 millions de dollars de biscuits et gâteaux, on jetait littéralement de l’argent par les fenêtres.»
En conclusion, Brahim Guendouzi affirme que «c’est à travers l’amplification et la diversification du tissu économique que l’Algérie deviendra un pays exportateur performant». Pour cela, une politique économique articulée autour de l’investissement local, du soutien public stratégique, et d’une ouverture maîtrisée sur les marchés extérieurs semble désormais tracée.
L’architecte économique régional
Intervenant lors de la même émission, Badis Khanissa, expert en économie, dira que la FIA incarne désormais «une étape clé dans le repositionnement économique de l’Algérie», au cœur d’une nouvelle stratégie de puissance douce, orientée vers l’intégration régionale, la souveraineté productive, et l’attractivité internationale.
«Cette foire, c’est la convergence de tous les acteurs économiques, nationaux et internationaux. J’ai été frappé par le nombre important d’exposants étrangers, ce qui traduit un véritable intérêt économique pour l’Algérie.» Pour Khanissa, leur présence n’est pas le fruit du hasard, mais le signe d’analyses de marché favorables et d’un retour de confiance. «Une économie nationale solide commence par une économie locale ancrée dans les territoires», explique-t-il. Ce maillage économique — fait de TPE, PME, coopératives, entreprises familiales — agit comme un socle pyramidal qui confère à l’ensemble du tissu productif une solidité organique. L’objectif : créer de la richesse, de l’emploi et de la valeur ajoutée à l’échelle locale, pour ensuite rayonner à l’international.
Khanissa défend avec conviction une approche de patriotisme économique, qu’il distingue du souverainisme fermé. «Le protectionnisme que nous assumons n’est pas une fermeture, mais un outil de construction. Il ne s’agit pas d’un repli mais d’un levier pour asseoir durablement notre économie.» Et les résultats sont déjà visibles. «En 2024, le déficit de la balance commerciale hors hydrocarbures a diminué de 42 %. C’est la preuve que la stratégie de substitution aux importations fonctionne.»
Vers une souveraineté industrielle accrue
La 56e édition de la Foire internationale d’Alger (FIA) s’impose plus que jamais comme une vitrine de la nouvelle stratégie algérienne, où la souveraineté industrielle, l’autonomie économique et la diplomatie commerciale convergent vers un même objectif : repositionner l’Algérie comme puissance régionale autonome, productive et connectée au monde. C’est ce qu’a souligné Fayçal Métaoui, journaliste, en insistant sur les multiples dimensions de cet événement qui dépasse le simple cadre de l’exposition commerciale.
«L’industrie militaire, comme on le voit à travers les images de la visite présidentielle, prend une place importante. Le chef de l’État a inspecté plusieurs établissements rattachés à l’Armée nationale populaire, notamment l’entreprise de construction mécanique de Tiaret (RTA).» L’ambition affichée par le président Abdelmadjid Tebboune de faire de l’industrie un pilier majeur de la croissance économique nationale a également été au centre des discussions. «La souveraineté économique passe par le levier industriel», rappelle Métaoui, soulignant la volonté présidentielle d’augmenter la part de l’industrie dans le PIB national à 15 % d’ici 2028, contre environ 5 à 6 % aujourd’hui.
Les chiffres de cette 56e édition viennent appuyer cette dynamique : 539 entreprises algériennes, publiques et privées, ont exposé leur savoir-faire. «Lorsqu’on observe leur engagement dans la recherche, l’innovation et le développement, on réalise que le pari des 15 % n’est pas irréaliste.» À travers ces acteurs, l’Algérie vise à reconstruire un tissu industriel solide, compétitif, et capable de répondre tant aux besoins nationaux qu’aux opportunités d’exportation.
Alger-Mascate, Un axe stratégique
La 56e Foire internationale d’Alger n’a pas seulement mis en lumière le renouveau de l’industrie nationale, elle a également confirmé l’ancrage de l’Algérie dans une diplomatie économique proactive et orientée vers le Sud global. Parmi les partenaires clés de cette nouvelle architecture géoéconomique, le Sultanat d’Oman s’impose comme un allié stratégique, tant par sa position géographique que par la convergence politique et économique entre les deux pays. Mehdi Ghezzar, chroniqueur de l’emission, souligne avec force : «Oman est un partenaire ultra stratégique de l’Algérie. Il y a eu récemment des visites croisées de haut niveau entre les deux chefs d’État, toutes deux couronnées de succès. Les accords commerciaux signés à ces occasions se traduisent aujourd’hui par des faits tangibles, des projets concrets.» L’évolution des échanges commerciaux entre l’Algérie et Oman illustre cette dynamique. «On est passés de 8 millions à 147 millions de dollars d’échanges en seulement trois ans. C’est phénoménal», déclare Mehdi Ghezzar, citant les données officielles du ministère du Commerce. Pour lui, ce bond en avant témoigne d’une volonté politique commune, mais aussi d’un alignement stratégique plus large. Les deux pays partagent des valeurs diplomatiques similaires, notamment autour des causes justes et des positions équilibrées sur la scène internationale. Ce socle politique renforce la solidité de leur partenariat économique. «L’Algérie et Oman convergent dans leur vision du monde, à la fois sur les plans géopolitique, diplomatique et économique.»
Selon Mehdi Ghezzar, la vision économique du président Abdelmadjid Tebboune s’inscrit désormais dans une stratégie multipolaire assumée, rompant avec les anciens modèles centrés sur l’Europe. «L’Algérie ne regarde plus l’Asie comme un simple fournisseur, mais comme un partenaire de développement, un relais stratégique.»
Cette orientation se matérialise aussi par l’implication active de l’Algérie dans les dynamiques du BRICS+, et plus largement dans un repositionnement global vers l’Est et le Sud. «Nous ne sommes plus dans la logique d’un pays importateur passif. Aujourd’hui, l’Algérie pense en architecte de corridors commerciaux, en acteur souverain de la diplomatie économique.»
L’Algérie en pleine ascension économique
À travers un témoignage à la fois personnel et documenté, Gamal Abina, journaliste passionné d’économie et de marchés financiers, dresse un constat sans équivoque : l’Algérie d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle des années 1980. Revenant récemment dans le pays après une longue absence, il décrit une transformation économique radicale, perceptible dès l’embarquement.
«Quand j’étais petit dans les années 80, je prenais l’avion et je ne voyais aucun produit algérien. C’était un pays en développement, mais le ralentissement était évident. Cette fois-ci, j’ai pris une claque. J’ai vu des produits algériens, partout.»
Cette visibilité du « Made in Algeria » n’est plus un slogan, mais un fait tangible, que le journaliste compare à l’essor industriel de la Turquie, saluant la fierté retrouvée d’un pays producteur.
Cette dynamique est le fruit d’une volonté politique affichée, amorcée selon lui depuis sept ans, et qui s’inscrit dans un virage stratégique assumé par les autorités : produire localement pour répondre aux besoins nationaux, puis se tourner vers l’exportation. L’Algérie, affirme-t-il, est en phase de montée en puissance industrielle, «pour vendre, pour exporter, pour affirmer sa souveraineté économique».
Une nouvelle ère économique algérienne en marche
La 56e édition de la Foire internationale d’Alger n’a pas seulement révélé les contours d’une Algérie industrielle en reconstruction, elle a incarné une vision stratégique globale, articulant souveraineté, innovation, ancrage local et ouverture internationale. À travers les regards croisés d’économistes, de journalistes et d’acteurs de terrain, un consensus émerge : l’Algérie est entrée dans une phase de transformation irréversible, portée par une volonté politique assumée, un tissu entrepreneurial en pleine effervescence et une jeunesse de plus en plus impliquée.
La Foire agit dès lors comme un miroir du présent et une boussole pour l’avenir, elle révèle les défis encore à relever, mais surtout, elle atteste d’un nouveau souffle économique algérien. Dans cette dynamique, l’industrie devient levier de puissance, la coopération Sud-Sud un pilier stratégique, et le « Made in Algeria » une source de fierté autant qu’un label de compétitivité. L’heure n’est plus au doute, mais à l’engagement collectif. Produire, innover, exporter, bâtir. Tel est le mot d’ordre d’une Algérie qui croit en elle-même et qui entend désormais compter sur la scène économique mondiale.
G.Salah Eddine
