
À partir d’aujourd’hui, les Algériens bénéficient d’un nouveau cadre réglementaire pour l’accès à leur droit de change touristique. Conformément aux instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, une allocation annuelle de 750 euros est désormais accessible aux citoyens adultes dans le cadre d’un mécanisme plus transparent, équitable et qui répond à une attente citoyenne de longue date.
À travers cette allocation, la Banque d’Algérie inaugure enfin un dispositif moderne optimisant la gouvernance des flux financiers extérieurs. Fixée à 750 euros par an pour chaque adulte, cette allocation concerne également les mineurs de 12 à 19 ans qui bénéficieront de 300 euros dans la limite de deux enfants par famille.
Cette nouvelle instruction repose sur des critères objectifs et transparents : la durée minimale du séjour est fixée à 7 jours, le droit est attribué une fois par an et reste strictement personnel. Sont exclus du dispositif les pèlerinages à La Mecque (hadj), qui relèvent d’un traitement à part en raison de leur nature religieuse spécifique.
De plus, le versement, calculé selon le cours manuel de change au jour de l’opération, doit être effectué trois jours ouvrés avant le départ, auprès d’une banque ou d’une agence de la Banque d’Algérie, sur présentation d’un dossier complet (passeport, titre de transport aller-retour, visa le cas échéant). La remise des devises se fera, comme auparavant, au niveau des points de sortie du territoire, garantissant une sécurisation de la transaction.
Inscrite dans l’instruction n°05-2025, adoptée en vertu des articles 21 et 77 du règlement 07-01 du 3 février 2007 modifié, cette mesure marque une avancée majeure dans la relation entre l’administration monétaire et les besoins concrets des citoyens.
L’instruction prévoit également des garde-fous stricts : tout bénéficiaire annulant son voyage ou restant moins de 7 jours doit restituer les devises perçues dans un délai de 5 jours ouvrés. En cas de manquement, des sanctions dissuasives sont prévues : suspension du droit de change pendant 5 ans et possibles poursuites pénales, en application de la réglementation en vigueur.
Les établissements bancaires auront la responsabilité de vérifier que le demandeur n’a pas déjà bénéficié de son droit de change au cours des douze mois précédents et que le voyage a effectivement été réalisé sur la base de pièces justificatives probantes. Il est important de noter qu’il ne s’agit pas d’une année civile, mais d’un délai strict de douze mois glissants. Ainsi, un voyageur ayant perçu son allocation en août 2025 ne pourra en demander une nouvelle qu’à partir d’août 2026, et non dès janvier.
En tous cas, depuis plusieurs années, la question du droit au change touristique faisait l’objet d’un mécontentement croissant au sein de la population, confrontée aux restrictions et à une allocation figée, souvent déconnectée de la réalité économique.
La mesure annoncée aujourd’hui rétablit un équilibre salutaire entre contrôle réglementaire et reconnaissance du droit des citoyens à voyager dans la dignité. C’est un geste symbolique et structurel à la fois de l’administration du Président Tebboune.
Symbolique, parce qu’il rétablit un droit.
Structurel, car il modernise la logique du contrôle des changes sans céder à l’anarchie monétaire.
Au-delà de son impact direct sur les droits des voyageurs, cette mesure pourrait aussi contribuer à atténuer la demande croissante sur le marché parallèle des devises, dont les taux ont atteint des sommets historiques ces dernières semaines. À Alger, l’euro s’échange actuellement à plus de 262 dinars à l’achat, tandis que le dollar avoisine les 240 dinars, des niveaux jamais atteints auparavant.
Face à ce marché noir alimenté par une demande réelle mais insuffisamment couverte par les circuits bancaires, l’élargissement encadré de l’allocation touristique constitue une soupape économique et un outil d’assainissement progressif.
Si cette nouvelle allocation ne suffira pas, à elle seule, à rééquilibrer totalement l’offre et la demande en devises, elle réintroduit une alternative légale, qui pourrait réduire l’attrait du marché parallèle.
Au-delà de la simple autorisation d’achat de devises, cette réforme porte un message politique clair : elle inscrit le citoyen au centre de la politique monétaire. C’est une petite révolution silencieuse, mais qui aura un grand écho dans la société.
Cette décision est à la fois un acte de souveraineté monétaire et une démarche de responsabilisation collective. Elle répond à une demande sociale légitime, tout en consolidant les fondements d’un système de change maîtrisé, évolutif, et durable.
L’instruction abroge toutes les dispositions contraires, notamment celle de l’instruction n°08-97 du 28 août 1997, marquant ainsi une rupture nette avec une époque révolue.
G. Salah Eddine
