
Les travaux du 1er Colloque arabe consacré à la langue arabe dans les médias se sont ouverts hier à l’hôtel El-Aurassi d’Alger dans une atmosphère solennelle et studieuse.
Organisé par l’association El-Kalima pour la culture et la communication, ce colloque se donne pour ambition d’initier un débat professionnel approfondi sur la place de la langue arabe dans les médias traditionnels comme numériques, et de renforcer son rôle dans la formation de la conscience collective arabe. Une problématique d’autant plus pressante à l’heure où la mondialisation et les mutations technologiques redéfinissent les rapports au langage, à l’identité et à la souveraineté médiatique.
La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence du ministre de la Communication, Mohamed Meziane, du recteur de Djamaâ El-Djazaïr, cheikh Mohamed Maamoun Al Kassimi Al-Hoceini, ainsi que de nombreuses figures institutionnelles, culturelles et médiatiques. Le panel des participants reflète la portée panarabe de l’événement, avec la présence remarquée de délégués issus de plus de dix pays arabes, parmi lesquels des académiciens, des experts en communication et des journalistes de renom.
Lors de son allocution, le ministre de la Communication, M. Mohamed Meziane, a salué » la sollicitude particulière » que le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, accorde à la langue arabe et estimé que cette sollicitude procède d’une « vision politique profonde ».
M. Meziane a affirmé que «l’intérêt singulier porté par le président de la République à la langue arabe ne relève pas d’un simple positionnement culturel, mais d’une véritable vision politique qui conçoit la souveraineté non seulement comme une question de territoire et de décision, mais également comme une affaire de langue et de conscience collective». Il a poursuivi en expliquant que l’Algérie considère la langue arabe comme une cause pleinement souveraine et éminemment culturelle, qui dépasse le cadre des discours conjoncturels et se traduit concrètement dans les politiques nationales.
L’orateur a rappelé, à ce titre, que la revendication en faveur de l’arabe fut «un pilier central du mouvement national depuis ses origines au début du XXe siècle ».
Les efforts algériens pour enraciner la langue
Dans cette perspective, la langue arabe est également investie d’une valeur politique, symbolique et fonctionnelle. Le ministre de la Communication a ainsi mis en lumière les actions concrètes entreprises par l’État pour enraciner cette langue dans les réalités sociales et institutionnelles. Il a estimé dans ce sens que l’arabe incarne «l’expression même de notre identité et la souveraineté de notre nation ».
Mais l’approche algérienne ne se limite pas à la préservation : elle est aussi tournée vers l’avenir. « Consciente des enjeux liés à la langue, l’Algérie ne la considère pas uniquement comme un vecteur culturel, mais comme une question de souveraineté, un investissement stratégique dans la construction de l’identité collective, la préservation de la mémoire nationale et l’édification de l’avenir du pays », a-t-il encore informé. Loin des symboles, cette vision se traduit également en actions institutionnelles majeures, notamment à travers la création du Prix du président de la République pour la langue arabe. M. Meziane a estimé que cette initiative est un «acte institutionnel fondateur d’une vision civilisationnelle portée par l’État algérien». Cet acte traduit, en outre, une volonté politique claire de protéger la langue arabe, de lui accorder toute l’attention nécessaire et de lui conférer le rang qu’elle mérite. Il a insisté sur le fait que la langue arabe est un champ de souveraineté cognitive, d’ancrage civilisationnel et de projection vers l’avenir ».
Le ministre a également rappelé l’un des principes fondamentaux de la doctrine culturelle algérienne. « L’expérience algérienne repose sur la conviction que le pluralisme ne contredit pas l’unité, et que la promotion de la langue arabe n’implique en aucun cas l’exclusion des autres composantes culturelles, au premier rang desquelles la langue amazighe », a-t-il noté.
L’arabe dans les médias
Abordant les défis spécifiques aux médias, M. Meziane a mis en garde contre la fragilisation du discours linguistique dans les productions médiatiques actuelles. Selon lui, cela est du à la pression de l’immédiateté et à l’intrusion de terminologies étrangères.
Pour y remédier, il appelle à «une profonde réflexion et à une redéfinition du concept de formation journalistique, afin d’y inclure une véritable qualification linguistique, restauratrice du sens de la responsabilité civilisationnelle du professionnel des médias à l’égard de la langue ».
Enfin, M. Meziane a formulé une proposition ambitieuse et structurante. Il a suggéré la création d’un nouveau pacte arabe pour la langue dans les médias. L’intervenant a ainsi exhorté les participants à «formuler des recommandations objectives, à la fois pragmatiques et prospectives, débouchant sur une charte de promotion de la langue arabe dans les médias, en adéquation avec les mutations numériques et les impératifs de souveraineté ».
À travers cette allocution du ministre, c’est toute une doctrine de la souveraineté linguistique qui se dessine.
Un colloque riche
Au-delà des différentes interventions magistrales évoquant la langue arabe et sa relation intime avec l’Algérie, le programme du colloque s’est voulu tout aussi ambitieux. Des séances de débat ont été consacrées à des questions fondamentales liées à cette langue dans la presse, à la révision linguistique et à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les processus rédactionnels, en présence d’enseignants et d’experts venus d’Algérie, d’Égypte, de Tunisie et du Liban.
Le colloque se poursuit aujourd’hui avec des ateliers spécialisés sur la présentation médiatique en langue arabe et la correction linguistique. Ils seront animés par des journalistes algériens chevronnés. En guise de clôture, une table ronde sera organisée. Elle abordera les défis contemporains de la langue arabe à l’ère du numérique, apportant un éclairage collectif sur les perspectives d’adaptation et de rayonnement de l’arabe dans un monde médiatique en mutation.
G. Salah Eddine
