
Le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, a tiré la sonnette d’alarme sur les pratiques frauduleuses qui gangrènent le secteur des importations. Dans une réponse adressée au député de l’APN Tahar Ben Ali, le ministre a dénoncé une série de dérives structurelles où certains opérateurs exploitent abusivement des cartes d’artisan ou de fellah, ainsi que des registres du commerce destinés à d’autres activités, pour obtenir indûment des autorisations d’importation.
La question des importations demeure l’un des dossiers les plus sensibles de l’économie nationale, tant les variables qui l’entourent sont multiples et difficiles à maîtriser. Ce caractère complexe ouvre la voie à de nombreuses dérives, comme l’a souligné le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, en dénonçant certaines manœuvres frauduleuses qui fragilisent le marché et menacent l’équilibre économique du pays.
Ces manœuvres, qualifiées de graves détournements des mécanismes de régulation, posent une double menace : d’un côté, elles exercent une pression considérable sur les réserves en devises et de l’autre, elles fragilisent la compétitivité des entreprises nationales en instaurant une concurrence déloyale. Rezig n’a pas hésité à révéler l’ampleur des dépassements constatés depuis le début de l’année :
«Nous avons enregistré, au premier semestre 2025, une hausse importante des volumes de marchandises importées par rapport à la même période de 2024, notamment dans le domaine de l’équipement et du matériel de gestion.» Une progression jugée «anormale», qui a conduit son département à intensifier le suivi des dossiers et à imposer une transparence accrue.
Le ministre a pointé du doigt des opérateurs se présentant faussement comme producteurs : «Certains opérateurs se présentent comme producteurs, mais n’ont en réalité ni usines ni infrastructures industrielles. Leur seul objectif est d’importer pour revendre directement sur le marché intérieur.» Cette pratique, estime-t-il, mine les fondements mêmes d’une politique industrielle cohérente et compromet les efforts de l’État en faveur de la souveraineté économique.
Plus inquiétant encore, des particuliers comme des entreprises ont utilisé des cartes agricoles ou artisanales comme paravent pour importer des produits sans aucun lien avec leurs activités déclarées. «Nous avons constaté que des cartes de fellah (agriculteur) ou d’artisan ont servi de couverture pour faire entrer des produits en Algérie, sans aucune relation avec les activités déclarées», a insisté Rezig. Une telle dérive traduit, selon lui, la nécessité d’un assainissement en profondeur des circuits d’importation.
Des mesures organisationnelles et non radicales
Toutefois, le ministre a tenu à écarter toute interprétation restrictive de ces mesures. Il a précisé que la politique du gouvernement n’est pas dictée par un réflexe protectionniste excessif, mais par un souci d’organisation rationnelle.
«Nos mesures ne visent pas à interdire ou à restreindre l’importation, mais à l’organiser. Nous voulons nous assurer que chaque produit introduit sur le marché sert réellement à renforcer la production nationale ou à répondre à un besoin précis», a-t-il affirmé. Pour ce faire, il a annoncé la mise en place prochaine d’une nouvelle mécanique administrative, conçue pour conjuguer efficacité et souplesse : «L’objectif est de répondre aux préoccupations des opérateurs sérieux et de mettre fin aux pratiques abusives qui pénalisent toute l’économie.»
Dans cette logique, Rezig a assuré que son département mobilise «toutes ses ressources humaines et matérielles» afin d’accompagner les investisseurs respectueux des règles. Cette démarche s’inscrit dans un contexte où l’Algérie accélère ses réformes pour réduire la dépendance aux importations, préserver ses ressources financières et stimuler l’investissement productif.
Réaffirmant la dimension stratégique de ces mesures, le ministre a insisté sur sa détermination à «protéger l’intérêt supérieur du pays» par un assainissement rigoureux des flux commerciaux. Les prochains mois devraient voir l’application de nouveaux mécanismes de suivi, conçus pour concilier souplesse administrative et discipline économique, et marquer ainsi une étape supplémentaire dans la construction d’un modèle commercial national à la fois transparent, équilibré et protecteur de la production locale.
En tout cas, la volonté affichée par le ministère du Commerce de réorganiser ce secteur sensible s’inscrit dans une bataille plus large, celle de la souveraineté économique et de la préservation des intérêts stratégiques du pays. Reste désormais à savoir si les mécanismes annoncés seront appliqués avec la rigueur et la transparence nécessaires pour transformer ces intentions en véritables résultats, capables de restaurer la confiance et de protéger durablement la production nationale.
G. Salah Eddine
