
Jamais dans l’histoire du football mondial, quatre nations d’Afrique du Nord— l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, et l’Égypte — n’avaient franchi ensemble la porte du plus grand rendez-vous planétaire. Le Mondial 2026 s’annonce ainsi comme un moment charnière, une première historique qui dépasse les frontières régionales pour redessiner la carte du football africain. C’est une affirmation de la montée en puissance des sélections de cette région du monde, qui fait désormais partie intégrante du grand échiquier footballistique.
Le nord du continent africain a dominé depuis longtemps le football de clubs du continent mais très rarement celui des nations. Ces dernières années, les sélections nord-africaines sont revenues au premier plan du football après des années compliquées où seule l’Algérie faisait bonne figure avec deux Coupes du monde et une CAN entre 2010 et 2019. Aujourd’hui, cette région du monde s’avance avec une assurance forgée par l’expérience et la maîtrise technique et tactique.
Les quatre géants –l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, et l’Égypte – ont tous validé leur billet pour le Mondial, confirmant la suprématie d’une région où le football est presque une religion.
Algérie : renaissance et revanche
Pour l’Algérie, cette qualification revêt un goût particulier. Après la désillusion du Mondial 2022 et les deux dernières CAN, les Verts ont su rebâtir une équipe solide et inspirée. Le nouveau cycle, porté par un savant mélange de cadres expérimentés et de jeunes talents, a permis de renouer avec la confiance et la régularité.
La nomination de Vladimir Petković à la tête de la sélection ainsi que l’arrivée de Walid Sadi à la présidence de la FAF et au ministère des Sports ont apporté beaucoup de calme à un vestiaire qui semblait jusque-là déboussolé.
La sélection a surmonté un parcours semé d’embûches, face à des adversaires souvent sous-estimés mais redoutables pour qui connaît le football africain. Toutefois, l’Algérie n’a pas toujours été pleinement convaincante dans le jeu. Elle dispose encore d’une large marge de progression à l’approche de la Coupe du monde 2026. La prochaine CAN pourrait justement servir de test grandeur nature, offrant un avant-goût et des enseignements précieux pour les partenaires de Riyad Mahrez.
Le jeu de mouvement et la créativité offensive qui ont longtemps caractérisé l’Algérie sont toujours présents, mais l’équipe doit désormais trouver davantage de certitudes avant d’affronter des adversaires du tout premier rang mondial.
En tout cas, cette qualification symbolise la fin d’une période d’instabilité et le début d’un nouveau chapitre, où le peuple algérien retrouve enfin confiance en sa sélection et en son avenir.
Égypte : le retour des Pharaons
Longtemps absents de la scène mondiale, les Pharaons d’Égypte reviennent avec la ferme intention de marquer l’histoire. Guidés par des cadres évoluant dans les plus grands clubs européens, ils ont dominé leur groupe avec autorité. Entre Omar Marmoush, Mostafa Mohamed, et l’inévitable Mohamed Salah, l’Égypte se présente mieux armée que jamais, forte d’une génération de professionnels aguerris et ambitieux.
À 33 ans, Salah, capitaine et figure emblématique, veut inscrire son nom dans l’histoire de son pays autrement que par ses exploits en club. Il l’a encore démontré durant les éliminatoires, qu’il termine deuxième meilleur buteur de la zone Afrique, preuve de sa détermination intacte.
Mais la force des Égyptiens ne réside pas uniquement dans les noms. Elle repose sur leur discipline tactique, leur rigueur collective, et leur constance. Le style égyptien, à la fois pragmatique et solide, reste un modèle d’équilibre entre réalisme défensif et efficacité offensive.
Avec 26 points récoltés dans leur groupe, les Pharaons abordent cette Coupe du monde avec une confiance retrouvée et un objectif clair : franchir pour la première fois de leur histoire le cap des phases de groupes. Une ambition à la hauteur de leur passé glorieux et de leur désir de réaffirmer leur statut de géants du football africain.
La Tunisie et le Maroc premiers qualifiés
Depuis son épopée historique au Qatar en 2022, le Maroc est désormais attendu au tournant sur le continent africain. Demi-finaliste face à la France, l’équipe de Walid Regragui portait le poids d’une attente immense, surtout après sa CAN 2023 décevante, où elle n’a pas su confirmer les promesses du Qatar.
Les Lions de l’Atlas ont bénéficié d’un léger avantage durant les éliminatoires, leur groupe ayant été réduit après le retrait de l’Érythrée. Le Maroc a répondu présent et validé sans trembler son billet pour la Coupe du monde 2026. Mais tout n’est pas parfait : plusieurs critiques visent actuellement le jeu de l’équipe, notamment dans le secteur offensif, jugé trop stérile et peu inspiré.
La victoire difficile (1-0) contre le Congo lors du dernier match de poule a d’ailleurs ravivé certaines interrogations. Si le collectif peine parfois à se libérer, la qualité individuelle reste impressionnante.
Moins spectaculaire mais redoutablement constante, la Tunisie continue, elle, de faire preuve d’une stabilité exemplaire. Les Aigles de Carthage s’appuient sur une base solide de joueurs du championnat local, renforcée par quelques expatriés chevronnés. Leur expérience en phase finale sera un atout précieux. Lors de leur dernier rassemblement, ils ont d’ailleurs corrigé la Namibie (3-0) avant d’écraser Sao Tomé (6-0), confirmant leur retour en forme et leur capacité à rester compétitifs au plus haut niveau.
Leur véritable test interviendra lors de la trêve internationale de novembre, où ils devraient affronter des adversaires de prestige — le Brésil est pressenti —, un rendez-vous qui permettra de mesurer leurs ambitions avant le grand saut vers 2026.
Une vitrine pour le football africain
Ce quatuor d’Afrique du Nord n’est pas une simple coïncidence : il symbolise la réussite d’un modèle footballistique, en développement constant, que ce soit par les infrastructures ou par le talent des effectifs. En se qualifiant ensemble, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, et l’Égypte envoient un message fort : l’Afrique du Nord est aujourd’hui le cœur battant du football africain. Ces nations ne se contentent plus de participer, elles visent à rivaliser, à surprendre, à s’imposer face aux grandes puissances du globe.
Leur présence simultanée au Mondial 2026 est bien plus qu’un exploit sportif : c’est la consécration d’une décennie de travail et de résilience, l’affirmation d’une identité de jeu commune et d’une ambition continentale. Si l’Afrique veut briller en Amérique, elle le fera sans doute sous le souffle de ces quatres sélections. Des sélections qui voient le football plus qu’un sport, un prolongement de leur identité.
G. Salah Eddine
