
Le régime du Makhzen marocain a expulsé samedi l’équipe de journalistes de la télévision publique espagnole TVE et de l’agence de presse espagnole EFE de la ville de Fnideq, alors qu’elle couvrait les tentatives de migration irrégulière vers la ville de Ceuta ainsi que la situation sociale aux abords de la frontière entre les deux pays, suscitant de vives condamnations de cette atteinte à la liberté de la presse.
Des observateurs n’excluent pas que cette décision soit liée à la colère du Makhzen face à la couverture par les médias espagnols de la fuite collective de dizaines de milliers de Marocains vers Ceuta à la fin du mois de juillet dernier, ainsi qu’à la mise en lumière de l’implication du Makhzen dans l’afflux de migrants irréguliers vers la ville, dans une tentative de faire pression sur Madrid et l’Union européenne (UE).
Le site de la Radio -Télévision espagnole (RTVE) avait publié une enquête révélant une montée du mécontentement social au Maroc, sur fond de situation économique et sociale difficile dans le pays, parallèlement à la récente crise migratoire à Ceuta, suscitant des interrogations sur l’avenir du régime du Makhzen face à la montée de la colère.
La télévision publique espagnole TVE avait également diffusé un reportage affirmant que l’entrée de plus de 72.000 migrants marocains à Ceuta constituait une opération « organisée » et non une simple « migration spontanée ».
Dans un communiqué, la RTVE a exprimé son profond rejet de la décision des autorités marocaines d’obliger son équipe d’information, ainsi qu’une équipe de l’agence de presse espagnole EFE, présentes dans la région, à quitter la ville de Fnideq.
Le communiqué précise que les journalistes effectuaient un travail de terrain « rigoureux et d’intérêt public », portant sur les mouvements de population et la situation sociale dans la zone frontalière avec Ceuta, soulignant que les autorités marocaines ont informé les journalistes oralement qu’ils devaient quitter la ville, en invoquant pour seule justification « l’exécution des instructions », sans fournir aucune explication officielle.
Le président de la RTVE, José Pablo L?pez, a affirmé que « l’expulsion de nos professionnels de Fnideq constitue un obstacle extrêmement grave à la liberté de la presse et au droit d’accès à l’information ». Il a souligné que « l’engagement des professionnels de la RTVE à fournir une couverture honnête, objective et de terrain des événements liés à la migration ne peut être soumis à des décisions arbitraires empêchant de montrer la réalité ».
Il a également affirmé que la restriction de l’accès aux zones où se déroulent les événements « porte directement atteinte à la transparence internationale ».
De son côté, l’agence espagnole EFE a condamné l’expulsion de ses journalistes et de ceux de la télévision espagnole TVE du Maroc, sur ordre des autorités marocaines.
Elle a estimé que la menace de retrait des accréditations et du matériel professionnel pour contraindre les journalistes à quitter leurs hôtels, sans fournir aucune justification officielle, constitue « une attaque directe » contre la liberté d’exercer leur profession et contre le droit des citoyens à accéder à une information fiable.
L’agence EFE a également affirmé que « le fait d’empêcher la presse espagnole d’être présente sur le terrain restreint arbitrairement sa capacité à fournir un récit indépendant et fiable des événements ».
