Synthèse Fatiha M.
Depuis quelques années, les changements climatiques s’intensifient et exacerbent les problèmes environnementaux du Bassin méditerranéen qui sont causés par les effets combinés des modifications de l’utilisation des sols, de l’augmentation de la pollution et de la dégradation de la biodiversité.
Dans la plupart des domaines d’impact (comme l’eau, les écosystèmes, la nourriture, la santé et la sécurité), les changements actuels et les scénarios futurs révèlent systématiquement d’importants risques dans les décennies à venir.

Les politiques de développement durable des pays méditerranéens doivent réduire ces risques et envisager des options d’adaptation. Cependant, actuellement, les informations nécessaires pour ce faire manquent, notamment dans les régions les plus vulnérables du sud de la Méditerranée où les systèmes d’observation systématique et les modèles d’impact sont rares. Des efforts sont actuellement mis en œuvre pour compiler les connaissances scientifiques dans différentes disciplines afin de mieux comprendre les risques encourus. Ces efforts sont coordonnés par le réseau d’experts méditerranéens sur les changements climatiques et environnementaux (MedECC) avec le soutien de l’Union pour la Méditerranée et le Plan Bleu.
Avec ses 46 000 km de littoral, la Méditerranée est la plus grande mer semi-fermée au monde. Elle borde 24 pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient. Région naturelle stratégique, elle joue un rôle historique fondamental dans le développement des territoires qui l’entourent.
La Méditerranée se déploie du détroit de Gibraltar au canal de Suez. Ce bassin comporte quelques-unes des terres les plus fertiles, les plus belles et, par conséquent, les plus convoitées de la planète. Son patrimoine historique et culturel est riche, varié et de renommée internationale. C’est autour de la Méditerranée que l’homme a inventé l’élevage et l’agriculture : la révolution néolithique sur laquelle est fondée l’incroyable développement des sociétés humaines.
Réputée pour la splendeur de sa nature, elle jouit d’un climat doux et tempéré et est l’une des régions les plus peuplées et développées au monde. Les quelque 500 millions d’habitants qui y vivent influencent les équilibres écologiques de la région.Foyer de biodiversité, la Méditerranée abrite plus de 10 000 espèces et de 4 à 18% des espèces connues à ce jour, dont un quart est unique à la région, alors que cette mer ne représente que 1% des eaux de la planète.Plus de 38 500 kilomètres carrés de littoral sont menacés par la montée des eaux autour de la Méditerranée, selon les chercheurs. D’après leurs calculs qui tiennent compte de la subsidence, un lent processus d’effondrement du sol concerne la rive nord de la grande bleue.L’équation de la montée des eaux pourrait sembler relativement simple. D’un côté, l’eau douce issue de fonte de la glace continentale – celle des calottes polaires et des glaciers – se déverse dans les océans. De l’autre, plus la température de l’eau augmente, plus les fluides se dilatent, comme dans un thermomètre, ce qui fait encore grimper le volume.Les mesures des marégraphes – instruments qui enregistrent les variations du niveau de la mer et établissent sa valeur moyenne à un endroit donné – et les données de l’altimétrie radar par satellite permettent ainsi de déterminer le niveau moyen global de la mer (GMSL, en anglais).
Mais la hausse du niveau des mers s’avère pire si l’on prend en compte un troisième facteur : l’affaissement des sols, ou « subsidence ». Un processus d’origine géologique, que l’humain est capable d’aggraver en pompant l’eau des nappes phréatiques, par exemple.
Le sol plonge, la mer monte
Des chercheurs italiens et néerlandais viennent de refaire les calculs, en intégrant des mesures satellitaires afin de déterminer la vitesse de déplacement vertical du sol. Et leurs conclusions sont glaçantes. « Nos analyses montrent que, précisément à cause de la subsidence, dans certaines zones de la mer Méditerranée, le niveau de la mer augmente presque trois fois plus vite que dans les zones stables », annonce Antonio Vecchio, de l’université Radboud, auteur d’une étude publiée dans la revue Environmental Research Letters en décembre 2023.
Ces chercheurs prévoient qu’en raison de cette élévation, plus de 38 500 kilomètres carrés de côtes risquent d’être inondés. La Méditerranée reste « l’une des régions où les effets du changement climatique sont les plus extrêmes et les plus rapides », avec des conséquences dramatiques pour les côtes et les écosystèmes marins, rappellent-ils. « Nombre de ces zones sont affectées par la subsidence, l’érosion côtière et la pression anthropique qui accélèrent le processus d’inondation, les exposant ainsi à un risque côtier croissant dans les décennies à venir, y compris pour les sites du patrimoine culturel », écrivent les auteurs, évoquant Venise, Istanbul ou Alexandrie.Le danger aurait-il été sous-estimé ? « Il convient de noter que la majorité de la population vivant le long des côtes méditerranéennes n’est pas consciente de l’élévation du niveau de la mer, de l’affaissement des sols et des risques côtiers connexes qui ont un impact sur l’environnement, l’infrastructure côtière et les activités humaines », soulignent les scientifiques italiens.La région méditerranéenne est le résultat de la convergence des plaques tectoniques africaine et eurasienne selon un axe est-ouest. Ces plaques continuent d’entrer en collision à un rythme de quelques millimètres par an. C’est dans ce cadre géologique pour le moins tumultueux que se produisent donc « des déformations continues et épisodiques de la croûte terrestre », annoncent les scientifiques, se traduisant notamment par des séismes à proximité des zones côtières. Au final, le sol plonge, la mer monte…
Des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses en Afrique du Nord
Le réchauffement climatique est désormais une réalité tangible dont les conséquences se font cruellement sentir dans l’ensemble du Maghreb. Les vagues de chaleur se succèdent et les records de température s’enchaînent depuis quelques décennies. Les pays du pourtour méditerranéen ont connu, durant l’été 2023, une chaleur suffocante. Mais il n’y a pas que sur terre que les températures s’affolaient, la mer aussi était en surchauffe. Le mois de juillet 2023 a enregistré une augmentation rapide de la température en mer Méditerranée. D’ailleurs, un record de 28° a été relevé. Avant juillet, une vague de chaleur marine touchait la partie ouest de la Méditerranée et plus précisément la mer d’Alboran bordant les côtes algériennes, marocaines et espagnoles. Résultat : les températures de surface se situaient en moyenne 3° au-dessus des normales de saison. Cela fait déjà près de deux décennies que le Maghreb subit de plein fouet les impacts du changement climatique : hivers doux et secs, canicules estivales à répétition, incendies meurtriers, inondations, hausse globale des températures, sécheresse, aridification des sols et désertification. Les températures dépassant parfois de 20 degrés les normales de saison et des records sont désormais battus chaque année, souligne un rapport du réseau mondial de scientifiques évaluant le lien entre les événements météorologiques extrêmes et le dérèglement climatique (World Weather Attribution, WWA).

En Algérie, des records ont été battus, les températures oscillant entre 40 et 50° pendant une partie de l’été 2023. « Le changement climatique provoqué par l’humanité a multiplié par au moins 100 la probabilité de cette vague de chaleur record en Espagne, au Portugal, au Maroc et en Algérie » par rapport au contexte climatique pré-industriel et elle « aurait été quasi impossible sans le changement climatique », indique ce rapport du WWA. Cette vague de chaleur a été « tellement extrême » qu’elle reste un « épisode rare dans le contexte climatique actuel », dans une région déjà habituée à une multiplication de ces phénomènes ces dernières années, poursuit le WWA. Selon ce groupe de chercheurs, “nous allons voir dans l’avenir des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses » dans cette partie du monde. Ces températures anormalement élevées interviennent « après plusieurs années de sécheresse, ce qui exacerbe l’impact de la chaleur sur l’agriculture, déjà menacée par des pénuries d’eau », note le WWA.
