résolution de la crise en Libye: le Rapprochement algéro-américain se concrétise

Par G. Salah Eddine

Lors d’une intervention diffusée en juillet dernier en direct sur la chaîne de télévision égyptien Al Hadath, l’ancien porte-parole du Conseil présidentiel libyen, Mohammed El Sallak, a indiqué que le rapprochement algéro-américain vis-à-vis de la question libyenne est concret mais se heurte à des obstacles sur le terrain. En proie à une instabilité persistante et à une fragmentation politique profonde, la situation en Libye constitue un défi stratégique majeur pour la région MENA et au-delà.

En tant que puissance régionale majeure, l’Algérie joue un rôle déterminant dans la quête de stabilité en Libye. L’enjeu pour l’Algérie est de préserver sa propre sécurité et de stabiliser la situation socioéconomique d’un voisin frontalier qui pourrait exacerber les risques de contagion régionale, notamment en matière de prolifération de groupes armés transnationaux.
Forte de son expérience diplomatique et de son influence en Afrique du Nord, l’Algérie s’engage activement pour soutenir la résolution de cette crise complexe. Sa proximité géographique avec la Libye et sa compréhension approfondie des dynamiques régionales lui confèrent une position stratégique unique pour faciliter un consensus interne libyen et limiter les interventions extérieures perturbatrices.
De leur côté, les Etats-Unis sont motivés par des objectifs stratégiques plus globaux, cherchant à contrer l’influence croissante de puissances rivales, telles que la Russie, tout en atténuant les menaces terroristes et en assurant la stabilité énergétique mondiale, dont la Libye est un acteur clé.
En consolidant leurs efforts, l’Algérie et les Etats-Unis visent à instaurer un cadre de résolution interne du conflit libyen, qui réduirait les interventions étrangères et favoriserait un consensus national durable. Cette collaboration bilatérale s’inscrit dans une vision stratégique commune, visant à stabiliser la Libye pour garantir une sécurité régionale et internationale plus robuste et harmonisée. Cette approche illustre également l’engagement de l’Algérie en tant que force stabilisatrice, soucieuse de restaurer la paix et la cohésion en Libye pour le bien-être de toute la région.

Contexte du rapprochement Algérie – États-Unis
L’ambassadeur américain à Alger, Joshua Harris, a récemment mis en lumière la collaboration stratégique entre les Etats-Unis et l’Algérie, visant à renforcer la sécurité régionale.
Leur objectif primordial est de résoudre le conflit au Soudan et de stabiliser la Libye, en évitant toute détérioration supplémentaire de la situation.
Cette alliance diplomatique se concentre sur la réduction des interventions extérieures en Libye et sur la promotion d’un consensus interne durable.
L’Algérie s’efforce de persuader les puissances étrangères de limiter leur ingérence afin de favoriser une résolution pacifique du conflit. Face aux défis complexes de la prolifération des armes et aux intérêts divergents des acteurs régionaux, cette coopération est d’une importance cruciale. L’Algérie et les Etats-Unis se focalisent souvent sur la situation sécuritaire en Afrique, en particulier dans la région sahélo-saharienne. Les responsables américains « apprécient profondément » la voix de l’Algérie en faveur de la sécurité dans cette région, comme l’a déclaré Joshua Harris lors de sa visite de travail le 1er septembre dernier en Algérie et au Sahara occidental.
Selon Maghreb Magazine, ces complications rendent la recherche d’une solution particulièrement ardue. Cependant, l’Algérie et les Etats-Unis partagent une vision commune : réactiver le processus électoral libyen et négocier un accord politique inclusif, tout en s’opposant fermement aux interventions extérieures, telles que celles de Wagner, qui exacerbent les tensions et entravent la voie vers une résolution stable et durable de la crise.
En somme, la coopération entre l’Algérie et les Etats-Unis vise à trouver une solution durable pour la Libye et le Soudan, en limitant les influences extérieures et en soutenant un règlement interne des conflits.

Le rapprochement Algérie – états-Unis, une solution pour la crise libyenne ?
Interrogé sur les avantages potentiels du rapprochement entre l’Algérie et les Etats-Unis, Mohamed El Sallak, ancien porte-parole du Président du Conseil présidentiel libyen, a souligné que depuis le début de l’année, des démarches significatives ont été entreprises dans cette direction. Il a cité la session d’audition au Congrès durant laquelle Joshua Harris, l’ambassadeur américain en Algérie, a exprimé son avis sur les efforts conjoints américains et algériens, tant sur le plan diplomatique que politique, ainsi que leur collaboration au sein du Conseil de sécurité.
Il a estimé que ces efforts se heurtent toutefois à des obstacles sur le terrain. « Il y a des tensions intenses entre les différentes factions libyennes, des interventions régionales et internationales, ainsi qu’un manque de consensus international et régional sur la crise libyenne », a-t-il précisé.
Il a plaidé en faveur d’une approche « cohérente » qui s’harmonise avec les initiatives d’autres acteurs régionaux, visant à établir un consensus global, qu’il soit au niveau arabe, régional ou international.

La Vision Algéro-Américaine pour la Crise Libyenne
La vision algéro-américaine de la crise libyenne privilégie une solution basée sur le processus électoral. Les efforts conjoints des deux parties viseront à laconcrétiser .
Commentant cette vision, M. El Sallak indique que la concrétisation de la vision algéro-américain est compliquée et cela en dépit des discussions récentes entre le Conseil des représentants et le gouvernement. Ces discussions s’articulaient autour de la feuille de route électorale et la formation d’un nouveau gouvernement d’unité, mais les conditions pour organiser des élections demeurent ne sont pas réunies.
Il estime qu’un consensus libyen reste « difficile à atteindre » dans un contexte de débats complexes sur les bases constitutionnelles et les lois électorales. Ce manque de consensus global permet aux acteurs internes de manœuvrer pour éviter les élections et maintenir l’instabilité.
M. El Sallak insiste sur l’importance d’établir un cadre clair et des accords globaux pour résoudre la crise et organiser les élections en Libye.

Les atouts de l’Algérie pour résoudre la crise libyenne ?
Intervenant lors de la même émission, le professeur en Sciences politiques et Relations internationales le Dr Zoheir Bouamama a indiqué que l’Algérie possède de « nombreux atouts ».
Tout d’abord, l’Algérie est un pays voisin avec une connaissance approfondie des subtilités de la crise et du dossier libyens. Ensuite, l’Algérie est en contact avec toutes les parties impliquées, contrairement à ce qui se dit parfois. Elle est ouverte à tous et n’a pas été impliquée de manière négative dans la crise libyenne au cours des dernières années. Le positionnement algérien est reconnu, même par certaines parties relativement éloignées. Elles conviennent que l’Algérie est restée neutre vis-à-vis des Libyens. « Nous n’avons pas pénétré en Libye, aucun tir n’a été tiré depuis notre territoire, aucun mercenaire n’est entré en Libye et nous n’avons pas conclu de contrat ou de projet lors de cette période. Nous avons toujours travaillé, lors de chaque occasion, dans le cadre du mécanisme des pays voisins, que nous considérons comme essentiel pour résoudre la crise, en collaboration avec les pays voisins, comme l’Egypte », a martelé le professeur algérien.

Pourquoi les Initiatives passées n’ont pas abouti ?
Plusieurs initiatives de différents pays, comme la Turquie, la Russie…, ont été lancées pour résoudre la crise libyenne, mais aucune avancée concrète n’a été faite jusqu’à présent.
Pour le professeur Bouamama, Il est « crucial que chaque partie impliquée contribue à transformer ces initiatives en actions concrètes. L’Algérie, avec sa compréhension approfondie du dossier, est consciente des défis liés aux interventions internationales et des rivalités en Libye ».
Le professeur a rappelé que « les Libyens eux-mêmes portent la principale responsabilité de l’impasse actuelle à ces initiatives ratées, certaines figures influentes semblent même bénéficier de la situation actuelle ». L’expert à appeler à se concentrer sur le futur et non sur les initiatives passées qui ont échoué. Ces initiatives ratées doivent servir de leçons et « l’Algérie maintient des relations positives avec tous les acteurs concernés, y compris la Turquie, et joue un rôle de médiateur potentiel », insiste le Pr Bouamama. Cependant, pour résoudre la crise, il est essentiel qu’il y ait « une réelle volonté libyenne » de parvenir à une solution qui réponde aux aspirations du peuple libyen, indique-t-il.

Y a-t-il réellemnt une Volonté Politique Libyenne pour Résoudre la Crise ?
La question de la volonté politique des Libyens dans la résolution de la crise en cours soulève des préoccupations fondamentales. Malgré les multiples initiatives entreprises, l’absence d’un consensus réel entre les factions de l’Est et de l’Ouest libyens persiste. Cette lacune dans l’engagement politique compromet les efforts pour une solution durable et pérenne. La profondeur de la volonté libyenne à transcender les divisions internes reste problématique, entravant ainsi la progression vers une résolution effective de la crise.
Concluant son intervention sur cet aspect important de la question libyenne, l’ancien porte-parole du Président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed El Sallak, a déclaré : « La priorité interne devrait être de définir des règles claires et une feuille de route réalisable sur le terrain. Bien que nous ayons vu une compréhension théorique de cette approche lors des discussions au Caire la semaine dernière, la volonté réelle semble encore absente. »
Il semble y avoir une « certaine satisfaction de la situation actuelle, avec des conflits internes même au sein d’un même camp », constate El Sallak. Selon lui, certains peuvent avoir l’intention réelle de parvenir à une solution conduisant à des élections, mais ils « se heurtent à la résistance de ceux qui préfèrent maintenir le statu quo ». Il a rappelé que « les Etats-Unis ont également des intérêts stratégiques en Libye, comme contrer l’influence russe et le terrorisme dans la région. Cela se joint à des ambitions de maintien d’un niveau de production énergétique mondiale stable, un facteur important pour l’économie américaine ». « Toutefois, cela ne doit pas seulement servir à atteindre les objectifs américains, mais aussi à encourager une résolution politique globale de la crise libyenne », précise t-il. La solution idoine serait de façonner « une volonté libyenne unifiée, soutenue par un consensus international et régional, qui n’est pas encore présent ».
La coopération entre l’Algérie et les Etats-Unis représente une initiative stratégique cruciale pour surmonter la crise libyenne. Toutefois, pour que cette coopération porte ses fruits, il est impératif que les acteurs libyens manifestent une volonté politique véritable et un engagement commun pour la paix, soutenus par un consensus international. L’union des efforts algéro-américains pourrait ainsi ouvrir la voie à une résolution durable et globale de la crise libyenne, bénéfique pour la région et au-delà.

ALGER 16 DZ

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