
Le dessalement de l’eau de mer a été identifié comme une solution durable et préventive face à la pression croissante exercée par le stress hydrique. Cette initiative a pour but de garantir, à long terme, un approvisionnement. Sous la direction du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie a adopté une approche audacieuse et visionnaire pour assurer la sécurité de ses ressources en eau.
Par Chahid Lakeb
Face à des défis environnementaux croissants, exacerbés par le changement climatique et les faibles précipitations, le pays a mis en place une stratégie ambitieuse visant à garantir l’approvisionnement en eau potable pour ses citoyens tout en réduisant sa dépendance aux sources d’eau conventionnelles. Cette démarche repose principalement sur une expansion massive des infrastructures de dessalement de l’eau de mer, un choix stratégique pour faire face à la pénurie d’eau et renforcer l’autonomie nationale en matière de gestion de l’eau.
En réponse à la baisse continue des précipitations et aux effets néfastes du changement climatique, le président Tebboune s’est tournée vers le dessalement de l’eau de mer comme mesure essentielle pour sécuriser ses ressources en eau. Les projections pour 2050 indiquent que les précipitations en Algérie et dans la région de l’Afrique du Nord pourraient diminuer de 20 %.
42 % de son approvisionnement en eau potable
L’Algérie a mis en place 25 usines de dessalement pour relever ces défis, se positionnant ainsi comme un leader dans ce domaine à travers l’Afrique. Ces installations constituent une source d’eau potable vitale pour les grands centres urbains et les régions côtières, tout en soutenant les secteurs agricole et industriel, tous deux très dépendants de l’eau. Dans le cadre de son programme complémentaire, l’Algérie vise à ce que le dessalement de l’eau de mer représente
42 % de son approvisionnement en eau potable, avec des projections suggérant une augmentation à 60 % à moyen terme. Cette stratégie est essentielle pour assurer la sécurité de l’eau dans tout le pays. Il est désormais considéré comme un élément clé dans la sauvegarde des ressources en eau de l’Algérie et l’atténuation des impacts du changement climatique notamment dans les zones côtières à forte densité démographique, et d’étendre ces ressources dessalées aux régions intérieures du pays.
Un plan d’action urgent
En 2022, un plan d’action urgent a été lancé par le président Tebboune, pour la construction de cinq nouvelles usines de dessalement de l’eau de mer de grande envergure, dans les principales provinces côtières de l’Algérie. Ces projets ont été réalisés en un temps record, avec des délais de construction qui ont été réduits à moins de 25 mois, bien en deçà des prévisions initiales. Et une des plus grandes usines de dessalement de l’eau de mer en Algérie a été inaugurée par le président de la République, dans la région d’Oran, usine Cap Blanc (Ain El Karma), permettant d’alimenter six wilayas de l’Ouest, dont Oran, Mostaganem et Sidi Bel Abbes. Et dans la même lignée, samedi, une autre usine dans la wilaya de Tipasa, Fouka 2, dotée d’une capacité de production de 300.000 mètres cubes/jour, a été elle-même inaugurée. Elle pourra assurer l’approvisionnement en eau potable de 3 millions d’habitants.
L’expertise locale
Ce qui est particulièrement remarquable dans cette stratégie de dessalement, c’est qu’elle repose en très grande partie sur l’expertise locale. Toutes les usines de dessalement ont été conçues, construites et sont gérées par des entreprises et des professionnels algériens. Cette autonomie technique représente un modèle pour d’autres nations et illustre la volonté du gouvernement de développer une expertise nationale dans un domaine aussi crucial que la gestion des ressources en eau. Cela marque un tournant dans la façon dont l’Algérie aborde ses défis en matière de sécurité de l’eau, avec une capacité d’innovation et d’adaptation qui la place parmi les leaders mondiaux du secteur.
300 000 mètres cubes d’eau dessalée par jour
Chaque usine est conçue pour produire 300 000 mètres cubes d’eau dessalée par jour, ce qui permettra de générer une capacité de production totale de 1,5 million de mètres cubes d’eau par jour. Les sites choisis pour ces usines de dessalement sont stratégiques et incluent des villes clés telles que Oran, Tipasa, Boumerdès, Béjaïa et El Tarf. Ces infrastructures, menées par Sonatrach et ses partenaires, contribuent de manière significative à la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable du pays, tout en positionnant l’Algérie parmi les leaders mondiaux du dessalement de l’eau de mer.
Cette initiative s’inscrit dans une vision à long terme, dans laquelle la politique de l’eau est au cœur des priorités nationales. La mise en place de cette infrastructure de dessalement massivement développée permettra à l’Algérie de produire une part importante de l’eau potable du pays à partir de ressources non conventionnelles. À l’horizon 2030, il est prévu que plus de 60% des besoins en eau du pays soient couverts par de l’eau dessalée, une avancée significative par rapport aux niveaux actuels. Ce chiffre illustre à quel point le dessalement devient un pilier central de la politique hydrique du pays, contribuant à assurer l’indépendance hydrique de l’Algérie. L’Algérie se positionne désormais comme le deuxième plus grand producteur d’eau dessalée de la région Mena (Moyen-Orient et Afrique du Nord), et cette position de leadership se renforce grâce à l’intégration de nouveaux projets d’extension des capacités de dessalement.
Situation de l’eau en Algérie
L’Algérie est confrontée à d’importants défis dans la gestion de ses ressources en eau. Les ressources totales en eau du pays sont estimées à 19,4 milliards m³, dont seulement 75% sont renouvelables. Ces ressources proviennent principalement des eaux de surface (60%) et des eaux souterraines (15%).
Les eaux de surface, d’une superficie totale de 12,7 milliards m³, sont réparties sur 17 bassins fluviaux, qui se répartissent en trois grandes catégories : les bassins côtiers liés à la mer Méditerranée, les Hautes plaines et les bassins sahariens. Les ressources en eau souterraine, estimées à 9,3 milliards m³, sont principalement situées dans les aquifères du Nord et les bassins sahariens. Cependant, leur recharge est limitée par un renouvellement naturel limité.
L’Algérie dispose de ressources en eau accessibles d’environ 17,25 milliards m³, ce qui est insuffisant pour répondre aux besoins croissants du pays. La principale source de ces ressources est les précipitations, qui génèrent environ 13,5 milliards m³ de ruissellement de surface par an, auxquels s’ajoutent 4,36 milliards m³ provenant des eaux souterraines.
Le dessalement de l’eau de mer : une solution incontournable
Le dessalement est apparu comme une réponse essentielle à l’escalade de la pénurie d’eau en Algérie. Les défis sont exacerbés par l’important développement côtier, la majorité de la population et des activités économiques étant concentrée le long des 1 200 km de littoral du pays. La mer Méditerranée présente des conditions favorables au dessalement. Sa température moyenne de
19°C et ses niveaux de salinité modérés facilitent l’extraction de l’eau de manière plus rentable et améliorent l’efficacité opérationnelle des usines de dessalement. Ces avantages positionnent le dessalement de l’eau de mer comme une solution pratique et stratégique aux défis urgents de l’eau en Algérie.
L’Algérie a adopté la technologie de l’osmose inverse pour ses installations de dessalement, une méthode qui est devenue la norme mondiale. Actuellement, le coût de production d’un mètre cube d’eau dessalée est inférieur à 0,5 euro, ce qui en fait une solution économiquement viable pour répondre aux besoins en eau du pays. Le gouvernement algérien subventionne le coût de l’eau potable, ce qui permet aux citoyens de ne payer qu’environ 6 DA (0,041 euro) par mètre cube pour la première tranche de consommation trimestrielle.
Expansion des infrastructures de dessalement en Algérie
En plus des cinq stations de dessalement de l’eau de mer réalisé en un temps record, sept nouvelles stations seront construites au cours de la période 2025-2030 dans les wilayas de Tlemcen, Mostaganem, Tizi Ouzou (2 stations), Chlef, Jijel et Skikda de manière à assurer l’approvisionnement en eau potable des habitants de ces wilayas, ainsi que toutes les wilayas situées à 150 km de ces infrastructures. Les projets de dessalement sont également soutenus par des efforts pour moderniser et renforcer les réseaux de distribution d’eau, afin d’optimiser l’utilisation des ressources disponibles et réduire les pertes d’eau. Le plan national inclut également des projets de transfert d’eau à grande échelle, permettant de transporter l’eau dessalée vers l’intérieur du pays. Ces projets ont pour objectif d’étendre l’accès à l’eau potable aux régions éloignées des zones côtières, où l’approvisionnement est souvent insuffisant ou irrégulier. Les usines de dessalement, déjà en fonctionnement en Algérie, produisent collectivement 2,4 millions de mètres cubes d’eau par jour, ce qui représente environ 35% de la demande nationale en eau potable. Avec l’intégration des cinq nouvelles usines, la capacité de production d’eau dessalée devrait atteindre 3,7 millions de mètres cubes par jour d’ici la fin de 2025. Ces progrès marquent une avancée considérable dans la sécurisation de l’approvisionnement en eau de l’Algérie.
Vision à long terme
Le président Tebboune, conscient de l’importance stratégique de la gestion de l’eau, a fait de cette question une priorité absolue. Cette politique proactive, qui combine dessalement, recyclage des eaux usées et exploitation des ressources souterraines, a permis à l’Algérie de répondre efficacement aux défis liés à la sécheresse et aux variations des niveaux de barrages. Cette approche ne se limite pas à la production d’eau, mais vise à garantir un approvisionnement durable et résilient face aux évolutions climatiques futures.
L’ambition du président de la République est claire : transformer l’Algérie en un modèle de gestion des ressources en eau, capable non seulement de surmonter les défis internes, mais aussi de jouer un rôle de leader dans la région. L’objectif est de garantir à la population un accès continu et fiable à l’eau potable, tout en soutenant le développement économique et en réduisant la pression sur les écosystèmes locaux. La stratégie de dessalement de l’Algérie est bien plus qu’une réponse à la crise de l’eau ; elle constitue un véritable tournant dans la gestion des ressources naturelles, en plaçant le pays parmi les pionniers dans le domaine au niveau régional et mondial. Elle représente une victoire pour la souveraineté nationale en matière d’eau et un exemple pour d’autres pays confrontés à des défis similaires. Grâce à l’engagement du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie est désormais mieux préparée à faire face aux incertitudes environnementales et à assurer un avenir prospère à ses citoyens.
C. L.
