
L’Algérie entame une nouvelle ère ! À l’heure où le monde entier se tourne vers les énergies vertes, notre pays fait un pari audacieux : devenir la référence industrielle du photovoltaïque en Afrique. Un virage à 180 degrés, à la croisée des enjeux de développement économique, d’indépendance énergétique, mais aussi de toute une diplomatie Sud-Sud, qui pourrait bien le replacer en position de force en Afrique et au-delà.
L’Algérie veut aller vite et loin. Elle s’est fixé un objectif des plus ambitieux : atteindre une capacité installée de production d’énergies renouvelables de 15000 MW à l’horizon 2035 avec, en tête de gondole, le solaire. Elle ne veut pas seulement verdir sa production d’énergie, elle veut aussi bâtir une puissante base industrielle «solaire» capable de créer des milliers d’emplois, de capter durablement de la valeur ajoutée à l’échelle locale, d’exporter des batteries, des onduleurs et des panneaux solaires «made in Algeria» vers toute l’Afrique.
D’ailleurs, l’Algérie ne rêve pas en grand sans raison. Depuis quelques semaines, elle s’est rapprochée de géants mondiaux du secteur, comme le chinois LONGi Solar, avec l’ambition claire de lancer une production de panneaux solaires à grande échelle.
Cette collaboration s’inscrit dans une logique gagnant-gagnant : il ne s’agit pas seulement de transférer une technologie, mais bien de bâtir une véritable industrie solaire, capable de répondre aux besoins du continent tout en libérant le pays de sa dépendance persistante aux importations.
Le plus vaste pays d’Afrique dispose d’un avantage exceptionnel : un ensoleillement parmi les plus généreux au monde. Dans les étendues infinies du Grand Sud algérien, des milliers de kilomètres carrés n’attendent que le bon équipement pour capter les rayons d’un soleil qui ne faiblit jamais, desservis par des infrastructures de transport d’électricité à rénover.
L’Algérie s’enorgueillit aujourd’hui du deuxième plus grand gisement solaire du monde, juste derrière l’Arabie saoudite. Une richesse naturelle dont on a longtemps fait peu de cas mais qui est en passe de devenir le socle de la résurgence industrielle du pays.
Pour transformer cette vision en réalité, l’Algérie s’attaque à son talon d’Achille : les infrastructures. L’opérateur national Sonelgaz supervise une modernisation colossale du réseau électrique. Avec près de 10000 km de nouvelles lignes haute tension en cours de construction et 24000 km supplémentaires en planification, l’objectif est de créer un réseau résilient, capable d’intégrer des volumes massifs d’électricité intermittente sans compromettre la stabilité de l’approvisionnement. C’est un prérequis essentiel pour faire de l’Algérie une puissance solaire fiable et compétitive.
Parallèlement, le gouvernement reconfigure en profondeur son cadre juridique et fiscal pour attirer les capitaux étrangers. La nouvelle loi sur l’investissement desserre l’ancien carcan du 51/49, permettant à des partenaires internationaux de prendre des majorités dans les projets industriels. Des incitations fiscales ciblées – exonérations de TVA, allégements douaniers – s’ajoutent à un discours politique volontariste destiné à rassurer les acteurs économiques sur la stabilité et la prévisibilité du cadre réglementaire.
Au-delà de l’énergie, c’est toute l’architecture économique nationale qui pourrait se transformer. En développant une industrie solaire robuste, l’Algérie amorce une diversification de son modèle, encore dominé par les hydrocarbures. Les retombées locales sont attendues : montée en compétences de la main-d’œuvre, création de PME sous-traitantes, intégration des chaînes logistiques et dynamisation de régions enclavées. Mais les ambitions ne s’arrêtent pas aux frontières : en devenant exportatrice nette de technologies et de solutions solaires, l’Algérie pourrait renforcer son poids géopolitique et son attractivité régionale.
Cela dit, la transition en cours ne se fera pas sans embûches. L’Algérie part d’une base industrielle encore modeste, avec à peine 500 à 700 MW de modules solaires assemblés chaque année. Pour espérer bâtir un véritable écosystème compétitif, il faudra investir sérieusement dans la formation, la recherche et surtout garantir un accès fiable à des matériaux stratégiques comme le silicium.
Mettre en place une chaîne de valeur pleinement intégrée implique aussi une logistique solide, des alliances durables et une gestion claire, sans zones d’ombre.
En fin de compte, tout repose sur la capacité à conjuguer ambition, rigueur réglementaire et stabilité politique. Dans un contexte mondial où l’énergie pèse de plus en plus dans les rapports de force, l’Algérie a une vraie opportunité d’opérer un tournant majeur. Si elle arrive à dépasser les blocages structurels, elle pourrait bien devenir une figure de proue en Afrique dans la transition énergétique – et plus encore, un exemple concret de développement industriel tourné vers l’avenir.
G. Salah Eddine
