Mounir Karim Abderrahim. rappeur algérien à Alger16 : « On vient de loin, mais on vise haut »

S’tano, de son vrai nom Mounir Karim Abderrahim, est un rappeur et artiste algérien au parcours singulier et à l’authenticité saisissante. Né en Algérie, il grandit entre Montréal et Paris, forgeant une identité biculturelle qui nourrit une musique profondément personnelle. Sincère dans ses textes, il refuse les artifices pour livrer des récits empreints de vérité, mêlant rap, raï, chaâbi, rock, et blues. À travers ses morceaux comme Ghorba, Flashé ou son dernier titre inspiré de Manu Chao, il aborde sans détour la douleur de l’exil, la quête d’élévation, et la force de la persévérance. À la fois discret et fédérateur, S’tano incarne cette nouvelle génération d’artistes qui transforment leurs blessures en art, leurs racines en tremplin, et leur musique en manifeste.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHEKLAT MERIEM

Pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore, qui est S’tano ? Comment décririez-vous votre identité artistique ?
Avant tout, je me considère comme un rappeur sincère. Mes textes reflètent ce que je vis réellement. Je n’invente rien pour paraître ou nourrir un ego. Je ne cherche pas à raconter des histoires qui ne me ressemblent pas. Ce que je dis, je l’ai vécu. Mon identité artistique repose sur cette authenticité.

Vous avez quitté l’Algérie durant la décennie noire pour vivre à Montréal, puis à Paris. En quoi ce parcours a-t-il influencé votre musique et votre vision du monde ?
Effectivement, j’ai quitté l’Algérie pendant la décennie noire. J’ai grandi à Montréal, puis terminé mon adolescence à Clichy, dans le 92. Ce mélange de cultures — algérienne, nord-américaine, et française — a façonné ma personnalité et, forcément, ma musique. À Montréal, j’ai été exposé au hip-hop américain, que j’écoutais en boucle. Ensuite, en France, j’ai découvert d’autres sonorités. Et mes racines algériennes sont toujours présentes dans mes morceaux, que ce soit dans les paroles ou les ambiances. J’essaie de faire vivre cette fibre avec des producteurs comme Benny Adam, qui comprennent parfaitement mon univers.

Vous parlez souvent de votre grand-mère comme d’une figure centrale. Quel rôle a-t-elle joué dans votre vie et votre musique ?
Ma grand-mère, c’était comme une deuxième mère. On était très proches, surtout quand je vivais à Clichy. Elle a énormément compté pour moi. Après sa disparition, ça m’a profondément affecté. Je ne suis pas du genre à beaucoup parler de ma vie personnelle dans mes textes, mais sa perte m’a rendu plus froid dans ma musique. Pas forcément cruel, mais plus fermé. C’est peut-être là qu’on peut ressentir une forme de douleur dans mes morceaux.

Votre style fusionne rock, blues, raï, et chaâbi. Comment arrivez-vous à mélanger ces genres tout en gardant une identité forte ?
C’est simple : j’ai grandi avec ces musiques. Mon entourage écoutait beaucoup de raï, de chaâbi… des classiques comme Dahmane El-Harrachi. Et de mon côté, j’étais très branché hip-hop. Aujourd’hui, j’essaie de ramener cette vibe algérienne dans mes sons. Le rock, le blues, c’est dans les mélodies, dans les refrains. Et avec des producteurs comme Benny Adam — que je considère comme un génie — on arrive à créer un mélange unique. Je lui donne les inspirations, il crée la magie.

À quel moment avez-vous senti que vous aviez trouvé « votre » son ?
C’est vraiment avec le morceau Algevita que tout s’est déclenché. Quand on a travaillé dessus avec Benny Adam, j’ai senti que j’étais à ma place. J’ai aussi vu la réaction du public, que ce soit mon entourage ou les fans. Ce son me correspondait parfaitement, surtout pour aborder des sujets sensibles, qui peuvent toucher les gens en profondeur.

Vos textes sont souvent chargés d’émotion, de douleur, mais aussi de combativité. Est-ce une manière d’extérioriser ?
Oui, clairement. Comme beaucoup de rappeurs, j’utilise la musique pour exprimer des choses que je ne pourrais pas dire autrement. Je suis quelqu’un de direct dans la vie, mais la musique me permet de poser des mots sur des émotions complexes. C’est une forme de thérapie. Et puis, j’assume ce que je dis, je ne crains que Dieu.

Quels artistes vous ont le plus influencé ?
Le premier, c’est Biggie (Notorious B.I.G). Dès l’adolescence, à 13 ou 14 ans, je suis tombé sur ses albums, et ça m’a bouleversé. Musicalement, au niveau des textes, du flow… Il reste ma plus grande inspiration. Sinon, j’écoutais aussi Michael Jackson. Je me souviens aller à la bibliothèque au Canada pour louer ses CD. Je regardais ses clips, j’étais fasciné. Mais si je dois en retenir un, c’est Biggie.

Parlez-nous de votre dernier clip, Many Men. Quelle en était la démarche artistique ?
Many Men est un son fort, inspiré du titre de 50 Cent, et on y a intégré un sample de Biggie. On voulait quelque chose de visuellement marquant, avec de grands décors. On a choisi la Thaïlande pour les paysages et tourné avec Wolf, mon caméraman attitré. C’est un gars algéro-canadien qui me suit sur tous mes projets. Il comprend ma vision, et ensemble on a capturé des moments puissants, que ce soit avec la population locale ou dans les paysages des îles.

Sur scène, on vous décrit comme un artiste très connecté à son public. Que ressentez-vous en live ?
Je ne suis pas du genre à sauter partout sur scène. Je suis plus dans l’émotion, dans le texte. J’essaie de transmettre ce que je ressens. Quand je rappe, je suis concentré. Le public le ressent et c’est ça qui crée le lien. Mais quand je fais des sons plus festifs, notamment inspirés du raï, là, on change d’ambiance. Ça devient comme un mariage ou un stade. L’énergie monte d’un cran !

Vous avez lancé votre propre marque de vêtements, STANO-SHOP. Quel est le concept derrière ce projet ?
Comme beaucoup de rappeurs, j’ai voulu faire du merchandising. Mais plutôt que de porter les marques des autres, je préfère porter mes propres créations. Avec mon cousin, on a trouvé de très bons textiles fabriqués au Portugal : 100% coton, coupes oversize, très tendance. La marque s’adresse à tout le monde : hommes, femmes. On a des pulls, des ensembles, des casquettes… Pour l’instant, on a fait une pause, mais on revient bientôt avec de nouveaux modèles.

Vous êtes actif sur les réseaux sociaux, sans pour autant tomber dans l’influence. Quelle est votre approche ?
Je publie beaucoup de contenu musical : des réels, des extraits de clips, des moments en studio… Mais je ne fais pas l’influenceur. Je ne montre pas ma vie privée, mes enfants, etc. Mon but, c’est de rester centré sur la musique. L’influence, c’est un autre métier. Par contre, je reste proche de ma communauté : je réponds à tous ceux qui m’écrivent, qui partagent mes sons. J’essaie de garder ce lien humain.

Quels sont vos projets à venir ? Et où vous voyez-vous dans cinq ans ?
Après la sortie de l’album en septembre dernier, on est passé à une nouvelle phase : je sors un single chaque mois, accompagné de visuels forts. Le dernier s’intitule Manu Chao, il cartonne. Avant ça, il y avait Leicester avec Benny Adam, bien accueilli aussi. L’objectif, c’est de continuer à inonder la Toile avec notre musique.
Dans cinq ans, je me vois en bonne santé, toujours passionné, toujours actif dans la musique… Inch’Allah.

Ch.M

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