
Dans un contexte où les équilibres diplomatiques sont scrutés à la loupe, l’Algérie affirme avec fermeté, et dans un esprit assumé de stricte réciprocité, sa position face à la France. Le dernier épisode en date illustre cette posture : Alger a rejeté une proposition française introduisant une nouvelle mesure temporaire encadrant l’accès des membres du personnel diplomatique algérien accrédité aux zones réglementées des aéroports parisiens dans le cadre des opérations de remise et de réception des valises diplomatiques.
Selon des sources bien informées, citées par la chaîne Al24 News, cette disposition, notifiée par les autorités françaises, enfreint de manière substantielle les obligations internationales auxquelles Paris est tenue. En vertu de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques (1961), l’État hôte est légalement contraint d’assurer le bon fonctionnement des missions diplomatiques et consulaires accréditées sur son territoire. Cette obligation inclut la mise à disposition de toutes les facilités nécessaires pour l’exercice de leurs missions, ainsi que la garantie d’une liberté totale d’action, exempte d’entraves.
Dans le cas précis du transport des valises diplomatiques, le différend prend une dimension encore plus sensible. L’article 27, paragraphe 7, de cette même convention précise clairement les droits et protections qui s’attachent à la valise diplomatique, laquelle bénéficie d’une inviolabilité totale. Le rappel de l’accord bilatéral algéro-français du 9 juillet 1974, toujours en vigueur, renforce encore le caractère contraignant de ces engagements pour les deux parties.
Une question d’égalité de traitement
Les sources interrogées insistent sur un point central : toute mission diplomatique ou consulaire accréditée doit bénéficier, pour son personnel, de cartes d’accès permanentes aux zones de sûreté à accès réglementé des aéroports. Le retrait ou la restriction de ce privilège pour la seule mission algérienne constitue, selon elles, une violation manifeste des engagements juridiques internationaux. Plus encore, ce traitement particulier s’apparente à une atteinte directe au principe de non-discrimination, principe fondamental des relations diplomatiques modernes.
La mesure initiale, qui avait déjà privé les diplomates algériens de ces cartes, avait été perçue comme un acte discriminatoire. La tentative française de corriger cette situation par l’adoption d’un nouveau dispositif, qui comporte à son tour des clauses jugées discriminatoires, ne ferait qu’aggraver le contentieux, estiment les observateurs.
L’affaire prend une tournure encore plus sensible lorsque l’on examine le contenu précis de la nouvelle mesure. Celle-ci viserait exclusivement l’ambassade d’Algérie à Paris, en ignorant totalement la situation des consulats algériens implantés dans d’autres villes françaises. Elle introduirait en outre des obligations perçues comme humiliantes : la présence obligatoire et constante d’un agent de police aux côtés du diplomate lors de la remise ou de la réception de la valise, ainsi que l’obligation de déposer, au moins quarante-huit heures à l’avance, une demande écrite auprès du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères pour chaque opération.
Ces exigences sont interprétées par Alger comme des mesures vexatoires, incompatibles avec la dignité inhérente à la fonction diplomatique et contraires aux usages établis dans la pratique internationale.
Au-delà de l’aspect technique lié aux procédures aéroportuaires, cette controverse traduit un durcissement des rapports bilatéraux, où la logique de réciprocité devient un instrument central. Si Paris maintient ses nouvelles dispositions, Alger pourrait répliquer en appliquant des restrictions similaires aux diplomates français présents sur son territoire, un scénario qui tendrait davantage les relations déjà fragiles entre les deux capitales.
Plus largement, cette affaire illustre la sensibilité extrême des questions protocolaires et de privilèges dans le domaine diplomatique. Toute entorse réelle ou perçue aux engagements internationaux peut rapidement prendre une dimension politique, voire symbolique, nourrissant des tensions au-delà de la seule question technique.
G. Salah Eddine
