Développement du secteur énergétique : l’Algérie finalise ses discussions avec les géants américains

L’Algérie se trouve à l’aube d’un tournant décisif dans sa stratégie énergétique. Selon Samir Bekhti, président de l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft), les négociations engagées depuis plusieurs années avec les géants américains Chevron et ExxonMobil ont atteint un stade «bien avancé». Interrogé vendredi dernier par la célèbre agence de presse Bloomberg, il a indiqué que les aspects techniques avaient déjà été «quasiment finalisés» et qu’il ne restait plus qu’à conclure la dimension commerciale avant de passer à la signature officielle des accords.

Cette avancée s’inscrit dans un contexte où l’Algérie ambitionne de mettre en valeur ses immenses réserves de gaz de schiste. Si Samir Bekhti n’a pas souhaité avancer de calendrier précis pour la finalisation des contrats, l’intérêt manifeste de Chevron et ExxonMobil confirme l’attractivité du potentiel énergétique algérien. Cette dynamique traduit aussi la volonté d’Alger de renforcer ses alliances avec les grands acteurs internationaux dans un moment où les enjeux de sécurité énergétique prennent une place centrale sur l’échiquier géopolitique.
Selon Samir Bekhti, les négociations avec les majors américaines ExxonMobil et Chevron sont désormais dans leur phase finale. Les paramètres techniques ayant été «pratiquement finalisés», seule la dimension commerciale reste à aligner avant la signature définitive des contrats.
«Attirer deux géants comme Chevron et ExxonMobil envoie un signal fort», a souligné Bekhti, traduisant la volonté d’Alger de s’imposer sur la scène mondiale des hydrocarbures non conventionnels.
Avec des réserves estimées par l’Energy Information Administration (EIA) américaine à près de 20 000 milliards de m³, l’Algérie détient la troisième réserve mondiale de gaz de schiste récupérable, derrière la Chine et l’Argentine, mais devant les États-Unis. Dans un contexte où les exportations des hydrocarbures s’élèvent à 75 % des exportations totales du pays, Alger mise sur cette ressource pour diversifier ses recettes et sécuriser ses approvisionnements internes. Cela est d’autant plus important alors que la consommation domestique, portée par une population de plus de 47 millions d’habitants, ne cesse de croître.
En tout cas, une telle ressource, si elle est exploitée dans des conditions optimales, placerait le pays parmi les acteurs majeurs de l’énergie mondiale, capable non seulement de consolider sa position en tant que fournisseur stratégique de gaz, mais aussi de diversifier ses partenariats énergétiques dans un marché global en recomposition.
Pour ExxonMobil, «l’Algérie dispose d’un système pétrolier de classe mondiale offrant un potentiel significatif». Chevron, quant à elle, voit dans ce partenariat «une opportunité de créer des synergies durables» grâce à son expérience dans le développement du schiste aux États-Unis, où la révolution énergétique a transformé le pays de simple importateur en exportateur majeur.

Atouts et contraintes du modèle algérien
Le positionnement géographique de l’Algérie, à proximité immédiate de l’Europe et dotée de trois grands gazoducs (Medgaz, Transmed et GME), constitue un avantage comparatif indéniable. Cet avantage réduirait énormément les coups comparé à des importations via des pays comme le Qatar par exemple qui est contraint de recourir au GNL et au transport maritime. Ce maillage d’infrastructures réduit les délais et coûts d’acheminement, rendant les projets plus compétitifs.
Toutefois, des défis subsistent. Le forage dans le Sud désertique reste coûteux et les craintes sociales et environnementales, déjà exprimées lors des protestations de 2016 contre les premiers forages de schiste à In Salah, représentent un risque latent. L’accès à l’eau, indispensable pour la fracturation hydraulique, demeure également une contrainte majeure.
Selon Bekhti, «l’Algérie pourrait rattraper plus rapidement les performances américaines, car les infrastructures, installations et réseaux de pipelines sont déjà en place». Pour les gisements proches des zones déjà équipées, il estime que «la collecte de données préliminaires, les tests initiaux et le raccordement aux infrastructures existantes ne prendraient que deux à trois ans». Pour l’Algérie, la réussite dépendra de sa capacité à maîtriser les coûts, sécuriser les investissements étrangers et convaincre l’opinion publique de la viabilité environnementale du projet. «Nous devons encore maîtriser les aspects économiques des énergies non conventionnelles», reconnaît Bekhti, tout en affirmant que les études menées par Alnaft, avec la participation d’Exxon, Eni et d’autres partenaires, confirment un potentiel majeur.

Une dynamique favorable
La guerre en Ukraine a redéfini la carte énergétique mondiale. Cette guerre a placé l’Algérie en position de fournisseur stratégique pour l’Europe, en quête d’alternatives au gaz russe. Les exportations algériennes ont donc connu une hausse depuis notamment vers l’Europe.
En 2024, le pays a signé des accords préliminaires avec Exxon et Chevron pour les bassins d’Ahnet et Berkine, zones identifiées comme riches en hydrocarbures non conventionnels. En parallèle, Sonatrach a conclu, en juillet 2024, un partenariat avec le chinois Sinopec pour explorer une autre région schisteuse, confirmant l’ouverture à une pluralité d’acteurs (américains, européens, asiatiques).
De plus, la visite à Alger, fin juin, de hauts dirigeants de Chevron et ExxonMobil, reçus par le président de la République lui-même, illustre l’importance que revêt ce partenariat naissant. Pour l’Algérie, il ne s’agit pas uniquement de capter des investissements, mais de s’appuyer sur l’expertise technologique des majors américaines, notamment dans l’exploration et la mise en valeur des gisements non conventionnels, en particulier le schiste. Ces avancées s’appuient sur la loi sur les hydrocarbures de 2019, conçue pour restaurer l’attractivité du pays en modernisant son cadre fiscal et contractuel. Une première mise aux enchères, en 2025, a déjà permis d’attribuer des blocs à Eni, TotalEnergies et QatarEnergy, et un second round est prévu vers la fin de l’année en cours.
L’Algérie, productrice de plus de 100 milliards de m³ de gaz par an, s’est fixée un objectif stratégique d’envergure : atteindre les 200 milliards de m³ d’ici à 2030. En 2030, Alger entend faire d’elle-même une capitale énergétique permanente. Par ce travail, aujourd’hui, elle entend consolider son rôle de puissance énergétique régionale tout en préparant une transition maîtrisée vers un mix énergétique plus équilibré, où le gaz occupe une place de ressource d’avenir.
Notre économie aborde donc une phase décisive de son histoire, notamment dans son volet énergétique. En s’associant à des acteurs américains de premier plan, elle ambitionne de rééditer sur notre sol la révolution du schiste qui a métamorphosé le paysage énergétique des États-Unis. Reste à savoir si ce pari saura transformer les immenses ressources du sous-sol saharien en un moteur durable de croissance et de souveraineté énergétique.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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