
Ambitieux et résolument tourné vers la modernisation du tissu productif, le texte trace les grandes lignes d’une économie algérienne qui cherche à conjuguer soutien à l’entrepreneuriat, ouverture à l’international et transition vers des modèles durables.
L’un des axes forts du projet repose sur le renforcement du soutien aux start-up et à l’écosystème de l’innovation. Le texte propose d’allonger la durée d’exonération fiscale accordée aux start-up de un à deux ans lors du renouvellement de leur label, confirmant ainsi la volonté de l’État de consolider le rôle de ces jeunes entreprises dans la transformation économique nationale.
Cette exonération — qu’il s’agisse de l’impôt sur le revenu ou de l’impôt sur les sociétés — devient renouvelable à chaque réattribution du label “incubateur”. Une mesure conçue pour encourager la continuité et la professionnalisation des structures d’accompagnement, souvent en première ligne pour encadrer les porteurs de projets.
Elle répond à un double impératif : assurer la pérennité de ces organismes et garantir la qualité des services qu’ils offrent dans un environnement encore en structuration.
Au-delà de la fiscalité, cette orientation traduit un changement d’approche : l’État mise désormais sur la maturation progressive de l’écosystème entrepreneurial, où la stabilité réglementaire devient un facteur d’attractivité autant qu’un gage de performance.
Un appui renforcé à l’exportation
L’autre signal fort du PLF 2026 concerne le soutien à l’exportation. Désormais, les entreprises et exportateurs participant à des événements économiques internationaux spécialisés verront leurs frais de participation intégralement pris en charge par le Fonds spécial de promotion des exportations.
Jusqu’à présent, cette prise en charge variait entre 50 et 80 %. L’État franchit donc un cap : il veut positionner l’Algérie comme un acteur visible et compétitif sur les marchés mondiaux, notamment dans les produits hors hydrocarbures, qui représentent un pilier essentiel de la diversification économique.
Cette mesure traduit la volonté d’instaurer une culture exportatrice pérenne, où la présence sur les salons internationaux, les forums économiques et les foires spécialisées devient un levier stratégique pour la reconnaissance du “Made in Algeria”.
Un cadre plus inclusif pour la Micro-importation
Le texte introduit également une innovation réglementaire majeure avec la création d’un statut d’auto-entrepreneur pour la micro-importation.
Ce dispositif reconnaît officiellement une activité déjà pratiquée de manière informelle par de nombreux petits commerçants et auto-entrepreneurs.
Les avantages de ce dispositif sont considérables : il prévoit un taux de droit de douane réduit à 5 %, assorti d’une exonération totale de la TVA et des autres taxes à l’importation, ainsi qu’un dédouanement simplifié grâce à une déclaration allégée. Sur le plan fiscal, les contribuables exerçant cette activité seront soumis à un taux d’imposition unique de 0,5 % par transaction, calculé sur la valeur en douane majorée d’une marge forfaitaire de 30 %, offrant ainsi un cadre à la fois incitatif, clair et accessible pour la micro-importation.
Cette mesure, au-delà de son aspect technique, vise à formaliser un pan entier de l’économie parallèle, à élargir l’assiette fiscale et à stimuler les petites initiatives commerciales dans un cadre sécurisé.
Une ouverture vers l’économie verte et
la transition énergétique
Dans un contexte mondial où la décarbonation devient un critère de compétitivité, le PLF 2026 introduit des incitations ciblées pour les entreprises investissant dans l’hydrogène vert, les projets de reboisement et la valorisation des énergies renouvelables.
Les dépenses effectuées dans ces domaines seront déductibles du bénéfice imposable dans la limite de 5 % du total.
Une mesure incitative qui s’inscrit dans la continuité des engagements de l’Algérie en matière de transition énergétique et de lutte contre le changement climatique.
À travers ce mécanisme, l’État entend accélérer la mutation vers une économie bas-carbone, tout en encourageant la création d’emplois verts et en ouvrant la voie à de nouvelles exportations d’énergie propre vers les marchés régionaux et européens.
Focus sur le volet énergétique
Le projet de loi de finances 2026 poursuit dans la même dynamique d’incitation économique, en intégrant un volet environnemental et énergétique d’envergure. Il prévoit en effet une série d’allègements fiscaux stratégiques destinés à stimuler la production locale d’équipements liés aux énergies renouvelables et à renforcer la compétitivité industrielle nationale.
Ainsi, les intrants destinés à la fabrication des panneaux solaires photovoltaïques bénéficieront désormais d’un taux réduit de droit de douane fixé à 5 %, une mesure qui vise à soutenir la structuration du tissu industriel algérien et à le doter des moyens nécessaires pour répondre à la demande interne croissante en énergie propre. L’objectif affiché est clair : faire de l’Algérie un acteur régional majeur dans la transition énergétique, tout en réduisant sa dépendance technologique vis-à-vis des importations.
Dans le même esprit, le PLF 2026 introduit une exonération totale des droits de douane pour les électrolyseurs utilisés dans la production d’hydrogène vert — une filière stratégique que le pays entend développer à grande échelle. Cette mesure s’inscrit dans la volonté de positionner l’Algérie comme un hub énergétique capable d’exporter de l’hydrogène vers l’Europe et de participer activement à la décarbonation mondiale.
Pousser l’aquaculture en avant
Le texte ne se limite pas au secteur énergétique : il élargit également les incitations fiscales aux activités de la pêche maritime et de l’aquaculture, considérées comme des filières à fort potentiel économique. Les matières premières utilisées dans la fabrication d’aliments destinés à l’aquaculture seront exonérées de droits de douane et soumises à un taux réduit de TVA à 9 %. Cette mesure a pour but de renforcer la compétitivité du secteur halieutique, tout en encourageant la production locale d’aliments pour poissons.
De plus, l’âge des navires de grande pêche d’occasion autorisés à être dédouanés pour mise à la consommation passe désormais de cinq à quinze ans, offrant une plus grande flexibilité aux opérateurs économiques tout en facilitant le renouvellement de la flotte nationale. Les produits issus de la fabrication locale de ces aliments aquacoles bénéficieront du même régime fiscal préférentiel, consolidant ainsi une chaîne de valeur complète.
Plus de transparence
Sur le plan fiscal, le projet de loi introduit d’importantes réformes administratives visant la simplification et la transparence. Parmi elles, la révision des modalités de remboursement des trop-perçus liés à l’impôt sur les bénéfices des sociétés (IBS) et à l’impôt sur le revenu global (IRG), afin d’accélérer le traitement des dossiers et d’améliorer la relation entre l’administration fiscale et les contribuables.
Le texte prévoit également la suppression du système de contractualisation de l’impôt forfaitaire unique (IFU), une mesure attendue par les opérateurs économiques, jugée essentielle pour clarifier et moderniser le régime fiscal applicable aux petites entreprises et aux indépendants.
Enfin, le projet de loi exclut les opérations d’importation effectuées dans le cadre du troc frontalier du champ d’application du paiement anticipé de l’IBS, lorsqu’il s’agit de produits destinés à la revente en l’état. Cette disposition, adaptée aux réalités des régions frontalières, vise à encourager les échanges commerciaux de proximité tout en préservant la transparence des transactions.
Par ce dispositif complet, le PLF 2026 se veut à la fois un instrument de relance, de transition et de justice économique, conciliant les impératifs de croissance, de durabilité et de souveraineté productive.
G. Salah Eddine
