
L’évolution du marché énergétique européen n’est pas seulement un changement de carte pour l’approvisionnement : c’est une véritable ouverture stratégique pour l’Algérie. La demande croissante en gaz naturel et en énergies nouvelles propulse le pays au centre de l’équation européenne, alors que Bruxelles cherche à diversifier ses sources d’énergie et à réduire sa dépendance vis-à-vis de fournisseurs géopolitiquement sensibles.
Fournisseur « fiable » et « sûr » en gaz naturel depuis des décennies, l’Algérie se voit ainsi reconvoquée sur le devant de la scène, invitée à augmenter ses expéditions vers l’Europe, confirmant la position stratégique qu’elle a toujours occupée. C’est ce qui est ressorti, jeudi dernier, de la réunion annuelle Algérie-UE sur l’énergie qui s’est déroulée à Alger.
Intervenant en marge de cet événement, le commissaire européen à l’énergie Dan Jorgensen n’a pas caché son enthousiasme : « L’Algérie est déjà un partenaire très important en matière de gaz, mais elle va le devenir encore plus. » Derrière cette déclaration se cache une réalité géopolitique : dans un contexte international tendu, où les flux d’énergie sont devenus un enjeu de sécurité autant qu’économique, l’Algérie joue un rôle clé pour la stabilité énergétique du Vieux Continent.
Cette sixième session du dialogue annuel de haut niveau Algérie-Union européenne a ainsi permis de dresser le bilan des avancées réalisées et d’identifier de nouvelles opportunités. Pour Jorgensen, cet événement est « arrivé à point nommé, à l’heure où nous nous affranchissons de notre dépendance au gaz russe ». La déclaration souligne que l’Algérie n’est pas simplement un fournisseur supplémentaire, mais un pivot stratégique capable de soutenir la transition énergétique européenne et d’ouvrir des perspectives dans le domaine des énergies vertes : « Elle dispose d’un important potentiel et nous, à l’Union européenne, nous traversons une période de transition, ce qui ouvre de nouvelles voies pour une coopération plus solide, notamment dans le domaine des énergies vertes, que ce soit l’hydrogène ou l’électricité. »
Les discussions ont mis l’accent sur l’approvisionnement immédiat en gaz naturel, mais aussi sur les projets à plus long terme pour développer le potentiel des énergies nouvelles et renouvelables. D’après le communiqué du ministère des Hydrocarbures sanctionnant la rencontre, « les deux parties ont discuté des perspectives de développement du secteur des hydrocarbures en Algérie, en particulier du gaz naturel, considéré comme un enjeu stratégique commun, soulignant que l’Algérie reste un fournisseur majeur et fiable pour l’Europe, et exprimant leur volonté de renforcer les investissements des entreprises européennes dans le secteur des hydrocarbures en Algérie ».
La combinaison de la proximité géographique avec l’Europe, l’abondance des ressources naturelles et la robustesse des infrastructures de transport font de l’Algérie un acteur incontournable dans l’espace euroméditerranéen. Le pays se positionne actuellement comme le deuxième fournisseur de gaz sec et le troisième exportateur de GNL pour l’Europe, consolidant ainsi un rôle que beaucoup considèrent comme stratégique, durable et à même de façonner l’équilibre énergétique du continent pour les décennies à venir.
Un Positionnement stratégique
Depuis 2025, l’Italie et l’Espagne sont désormais les deux principales plateformes d’entrée du gaz algérien en Europe avec un volume de plus de 36 milliards m³, selon les données officielles. Ce positionnement stratégique confirme la capacité de l’Algérie à sécuriser les flux énergétiques vers les principaux marchés européens, tout en consolidant son rôle de fournisseur incontournable. Dans le domaine gazier, en particulier, l’Algérie a réitéré ses ambitions en matière de préservation et de renforcement de sa position sur le marché européen dans le cadre d’un partenariat « fondé sur la confiance, le respect mutuel et l’équilibre des intérêts », affirme le ministre des Hydrocarbures, précisant que cette réunion a permis de discuter des perspectives de développement des investissements dans le secteur des hydrocarbures en Algérie.
Pour ce qui est du dossier des énergies nouvelles et renouvelables, les deux parties ont évoqué les projets communs dans la chaîne de production de l’hydrogène et les énergies renouvelables, dont le projet stratégique d’interconnexion électrique maritime entre l’Algérie et l’Italie.
Selon ce dernier, « au regard du potentiel considérable dont dispose l’Algérie, l’UE y attache un intérêt particulier dans le cadre du processus de transition énergétique ». Cette reconnaissance souligne la valeur stratégique des ressources naturelles, humaines et infrastructurelles du pays, capables de soutenir un développement énergétique durable et compétitif.
L’Algérie dispose de nombreux atouts concurrentiels, notamment d’importantes ressources naturelles et humaines, et d’infrastructures énergétiques développées, qui lui permettent de créer un environnement propice au développement des technologies à faible émission de carbone. « Les deux filières, hydrogène vert et énergies renouvelables, lui permettent de renforcer sa position d’acteur central sur la scène énergétique mondiale et de fournisseur régional d’électricité d’origine renouvelable et d’hydrogène », lit-on dans le communiqué du ministère.
Cette dynamique traduit une double lecture : sur le court terme, l’Algérie sécurise ses flux gaziers vers l’Europe, répondant aux besoins immédiats du Vieux Continent, sur le long terme, elle investit dans des filières vertes et stratégiques qui la projettent comme un acteur incontournable de la transition énergétique régionale et mondiale. L’enjeu dépasse donc la simple exportation de gaz : il s’agit de façonner un leadership énergétique durable et de renforcer l’influence géopolitique et économique de l’Algérie sur la scène internationale.
G. S. E.
