
Présente au Global Africa Tech-2026, organisé à Alger, la startup DigiRootsXR met en avant ses solutions de simulation immersive appliquées à la formation médicale. À travers sa plateforme TechRIH, l’entreprise ambitionne de transformer l’apprentissage de l’anatomie et de rendre les savoirs scientifiques plus accessibles grâce aux technologies 3D et à la dissection virtuelle. Alger16 a rencontré Yanis Chelbi, représentant de la startup, qui revient sur la vision, les objectifs et les perspectives de ce projet.
Alger 16 : D’abord, pouvez-vous nous présenter DigiRoots XR et la vision qui guide le développement de vos technologies immersives ?
Yanis chelbi : Oui, DigiRootsXR est une entreprise spécialisée dans le développement de simulateurs 3D et de solutions immersives. Pour ce Salon, nous présentons notre travail dans le domaine de la formation appliquée à la santé et de la simulation médicale.
Notre vision est de transformer la manière dont les savoirs complexes sont transmis, en passant d’un apprentissage passif à une expérience interactive, visuelle et immersive. Nous développons des technologies qui permettent de manipuler, d’explorer et de comprendre des contenus scientifiques en profondeur. Au-delà de la technologie, notre approche repose sur une ambition plus large : construire des solutions ancrées dans leur environnement, adaptées aux réalités locales, tout en répondant aux standards internationaux.
Quelle problématique majeure dans la formation médicale vous a conduit à concevoir la plateforme TechRIH ?
Nous sommes partis d’un constat simple : la formation médicale, notamment en anatomie, reste fortement dépendante de méthodes traditionnelles (cadavres, schémas, supports 2D), qui sont limitées et parfois difficiles d’accès. Dans certains contextes, il est même impossible d’enseigner l’anatomie humaine par la dissection anatomique de cadavres humains.
La plateforme TechRIH a été conçue pour répondre à ces contraintes, en offrant une alternative immersive, reproductible et accessible, permettant aux étudiants de s’entraîner sans contraintes matérielles lourdes.
En quoi TechRIH représente-t-elle une innovation par rapport aux outils de simulation médicale déjà existants ?
TechRIH ne se positionne pas uniquement comme un outil, mais comme une plateforme complète, pensée dans une logique de maîtrise technologique globale. Notre approche se focalise sur la capacité à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur : de l’acquisition de la donnée à son traitement, du développement logiciel à son déploiement, jusqu’à la mise à jour continue des contenus.
À cela s’ajoute une attention particulière portée au matériel, conçu pour être robuste, durable et adapté aux conditions réelles d’utilisation. L’innovation réside dans cette intégration complète entre contenu, logiciel et hardware, au service d’une expérience pédagogique cohérente, adaptée aux utilisateurs et pérenne.
Comment la technologie de dissection virtuelle contribue-t-elle à améliorer la compréhension de l’anatomie chez les étudiants ?
La dissection virtuelle change profondément la manière d’apprendre l’anatomie, parce qu’elle permet de passer d’une approche essentiellement descriptive à une approche interactive, spatiale et progressive. L’étudiant peut explorer les structures couche par couche, manipuler les volumes, isoler des organes, comprendre les rapports anatomiques et croiser cette lecture avec l’imagerie médicale, ainsi que la structure microscopique des tissus et des organes.
Cela améliore la mémorisation, mais surtout la compréhension. On ne se contente plus d’apprendre une liste d’éléments anatomiques : on visualise leur organisation, leur position, leurs relations et leurs variations. C’est particulièrement utile pour les étudiants qui ont besoin de construire une représentation mentale solide, avant d’aborder la clinique, la chirurgie ou la radiologie.
Que pensez-vous de cet événement du Global Africa Tech-2026 ?
C’est un très bon événement, qui nous offre l’occasion de rencontrer les professionnels et spécialistes de différents pays africains. Il nous permet d’entamer une ouverture progressive vers le continent africain. Nous rencontrons et engageons des acteurs clés, à travers de grands événements comme celui-là. Ca avait commencé avec l’African Startup Conference, ou l’Intra-African Trade Fair. On est heureux que l’Algérie organise ce genre d’événement.
Nous faisons également des missions de terrain, notamment au Sénégal, en Guinée et en Ouganda, ainsi que par l’accueil de délégations venues du Nigéria ou du Zimbabwe. Ces échanges nous ont permis d’initier des discussions concrètes avec des institutions universitaires et médicales africaines, de signer des accords de collaboration (MOU) avec des startups en Afrique de l’Est et de construire des partenariats stratégiques avec des acteurs technologiques du continent. L’objectif est de développer des collaborations équilibrées, à forte valeur ajoutée, permettant à la fois d’enrichir nos solutions et d’en faciliter le déploiement à l’échelle africaine.
D’ailleurs, comment adaptez-vous vos solutions aux réalités du continent africain, notamment en termes d’accessibilité et d’infrastructures ?
Notre approche consiste à concevoir, dès le départ, des solutions adaptées au terrain. Cela passe par un matériel robuste, durable et conçu pour des usages intensifs et des environnements instables (instabilité électrique, température, humidité, etc.), mais aussi par des architectures logicielles maîtrisées et évolutives. Nous privilégions également une logique de souveraineté technologique, en développant localement les compétences, les contenus et les outils.
L’objectif n’est pas seulement de déployer une technologie, mais de permettre son appropriation, son évolution et sa pérennité dans le temps, en investissant dans les compétences locales.
Quelles sont vos ambitions en matière de développement international et de partenariats dans les prochaines années ?
Notre stratégie repose d’abord sur le développement de partenariats solides au niveau national, avec des acteurs algériens issus du monde académique, médical et industriel. L’objectif est de co-créer des contenus et des solutions dont la qualité répond aux standards internationaux. Forts de cette maîtrise technologique et de cette base locale, nous ambitionnons ensuite de nous étendre à l’échelle régionale et internationale, en intégrant progressivement de nouveaux partenaires et en construisant un écosystème de collaboration autour de la simulation médicale immersive.
Selon vous, comment les technologies immersives comme la XR vont-elles transformer durablement l’enseignement et la pratique médicale à l’échelle mondiale ?
Les technologies immersives vont durablement transformer la médecine, car elles modifient profondément la manière de voir, de comprendre et de transmettre le savoir. Dans l’enseignement, elles rendent possible un apprentissage plus actif, plus visuel et plus expérientiel. Elles permettent également de standardiser les pratiques pédagogiques, en offrant des environnements d’apprentissage reproductibles, sans risque pour l’étudiant, ni pour le matériel ni surtout pour le patient.
À terme, la simulation ne sera plus un complément, mais un pilier de la formation médicale, avec un impact direct sur la maîtrise des compétences et la réduction des erreurs médicales.
Ch. M.
