
L’industrie automobile algérienne entre dans une phase décisive de transformation, après des décennies marquées par des modèles de production limités et des unités industrielles laissées à l’abandon. Interpellé par un député sur l’avenir de ces sites, le ministre de l’Industrie a livré, dans une réponse écrite du 10 mars dernier, une analyse détaillée de la situation et les mesures adoptées pour structurer un secteur clé de la souveraineté économique nationale.
Les sites industriels de Tiaret, Relizane, Batna et Sétif, autrefois emblématiques du montage SKD/CKD, ont été récupérés par l’État dans le cadre de la lutte contre la corruption et pour stopper les pratiques improductives du passé. Cependant, ces unités étaient en réalité vides de substance industrielle, ne disposant ni de licences de marques internationales ni de capacités de production locales intégrées.
Le ministre a précisé que ces sites se limitaient essentiellement aux infrastructures et aux équipements, ce qui rendait impossible une relance efficace sans partenariats et investissements stratégiques.
Cette situation a exposé le cœur du problème historique de l’industrie automobile algérienne : une dépendance aux importations de kits et de pièces détachées, avec un faible taux d’intégration locale, limitant, non seulement la valeur ajoutée nationale, mais également la création d’emplois industriels qualifiés. Pour corriger ces déséquilibres, l’État a opté pour une stratégie de rupture avec les modèles du passé, en privilégiant les partenariats avec des constructeurs internationaux disposant d’une expertise industrielle complète.
Le décret exécutif 22-384 encadre désormais la production locale intégrée, imposant des standards élevés de fabrication : tôlerie, peinture, soudure et assemblage final. L’objectif est clair : passer d’un simple montage de véhicules importés à une véritable production nationale, capable de répondre aux exigences locales et internationales. Cette nouvelle approche représente un levier stratégique à long terme. Au-delà de la production de voitures, elle doit permettre la structuration d’un écosystème complet, favorisant les fournisseurs locaux, le développement des PME industrielles et la montée en compétence des salariés algériens. Selon le ministre, le processus de réhabilitation de ces unités permettra également d’intégrer des technologies modernes, de sécuriser les normes de qualité et d’améliorer la compétitivité des véhicules produits sur le marché régional.
Projets concrets et impact économique
Plusieurs projets pilotes ont déjà été initiés. L’usine Fiat de Tafraoui a marqué un premier tournant, tandis que le constructeur chinois Chery prévoit une unité de production à Bordj Bou Arréridj, capable de produire 50.000 véhicules par an. Hyundai prévoit également un retour industriel, en intégrant des composants fabriqués localement, et le projet JAC, à Aïn Témouchent, en partenariat avec Emin Auto, cible jusqu’à 100.000 véhicules par an. Geely projette une implantation industrielle à Médéa, et l’usine Renault d’Oued Tlelat poursuit sa modernisation pour répondre aux standards internationaux.
Ces initiatives représentent une injection directe dans l’économie nationale, avec des retombées attendues sur l’emploi, la formation professionnelle et la création d’un réseau de fournisseurs locaux. Selon les prévisions du ministère, chaque site rénové pourrait générer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects, avec un effet multiplicateur sur l’industrie mécanique, la logistique et les services annexes.
L’enjeu de la relance ne se limite pas à la production automobile. Il s’agit également de répondre à une demande sociale et économique, en fournissant des emplois stables et qualifiés, en encourageant la formation technique et en promouvant une industrie locale capable de s’inscrire dans un cycle vertueux de croissance. L’intégration des PME locales est au cœur de cette stratégie, garantissant que la valeur ajoutée reste sur le territoire national et que l’industrialisation profite aux acteurs locaux.
Le ministre a insisté sur le fait que la relance des usines représente une opportunité unique de créer un véritable écosystème industriel intégré capable, non seulement de produire des véhicules finis, mais aussi de renforcer les compétences techniques et technologiques locales, d’attirer des investissements étrangers et de préparer le secteur à une compétition régionale et internationale.
Un tournant décisif pour la production nationale
L’ambition affichée est de rompre avec le modèle de production archaïque pour construire une filière automobile nationale, durable et compétitive.
Cela implique de transformer les anciennes plateformes de montage en sites industriels complets, capables de respecter les standards internationaux et de produire des véhicules intégrant des composants locaux.
Cette démarche s’inscrit dans une vision plus large de souveraineté industrielle, où l’Algérie cherche à réduire sa dépendance aux importations, tout en renforçant son tissu économique et son expertise technologique.
Le ministre a rappelé que l’objectif dépasse la simple relance d’usines : il s’agit de poser les bases d’un secteur stratégique capable de soutenir la croissance économique, d’attirer des investissements et de créer un cercle vertueux d’innovation, de production et d’emplois qualifiés.
La relance des unités automobiles à l’arrêt constitue bien plus qu’un simple redémarrage industriel. Elle traduit la volonté de l’Algérie de s’affirmer sur le marché automobile régional et international, en structurant un écosystème complet, intégrant partenaires étrangers, PME locales, main-d’œuvre qualifiée et standards de production modernes. La transformation de ces sites symbolise un tournant historique pour l’industrie nationale, capable de combiner compétitivité, valeur ajoutée locale et développement socio-économique durable.
G. Salah Eddine
Automobile : les choix stratégiques du Président
l Depuis le lancement des premières grandes décisions visant à structurer l’industrie automobile nationale, le secteur connaît une transformation profonde, portée par une volonté affichée au plus haut niveau de l’État de passer d’un modèle basé presque exclusivement sur l’importation à une dynamique productive intégrée.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé, à plusieurs reprises, que l’ambition du pays est de bâtir une véritable industrie automobile, loin des pratiques spéculatives du passé, il avait souligné l’importance de rompre avec les anciennes dérives et de soutenir les concessionnaires qui contribuent à cette structuration, tout en conditionnant les agréments de construction et d’importation à une intégration industrielle locale forte.
Il a également fixé pour objectif que le secteur automobile contribue à hauteur d’au moins 12% du Produit intérieur brut (PIB).
Le plus visible de ces efforts est probablement le cas de l’usine Stellantis – Fiat, à Tafraoui (Oran). Inaugurée fin 2023, cette usine a connu une montée en puissance rapide : plus de 80.000 véhicules ont été produits depuis son ouverture, et l’entreprise ambitionne d’atteindre jusqu’à 90.000 véhicules par an, d’ici 2026, avec la création de plus de 5.000 emplois directs et indirects.
L’autre grand enjeu reste celui de l’intégration locale, c’est-à-dire le taux de composants fabriqués en Algérie dans les voitures produites sur place.
Les autorités exigent désormais que les constructeurs dépassent des seuils progressifs d’intégration, avec l’objectif d’atteindre plus de 30% dans les prochaines années.
Cet effort passe aussi par une logique d’exportation : récemment, un responsable de Stellantis Algérie a annoncé que les premières cargaisons de pièces de rechange Fiat fabriquées en Algérie et homologuées seront exportées vers le Cameroun, dans les semaines à venir, marquant une première étape vers l’ouverture du secteur à l’international. Dans la durée, le gouvernement veut aller bien au delà du montage de véhicules importés en kits. Des nouvelles réglementations et référentiels nationaux d’intégration ont été mis en place, conditionnant les avantages fiscaux et l’accès au marché à des progrès concrets en matière de contenu local et de développement de sous-traitants industriels.
Si aujourd’hui l’Algérie reste encore relativement modeste sur l’échiquier mondial de la production automobile – elle ne représente qu’une fraction minime de la production mondiale -, ces efforts montrent une volonté politique forte de structurer un secteur industriel stratégique, qui pourrait, à terme, réduire la dépendance aux importations, créer des milliers d’emplois qualifiés et positionner le pays comme un acteur industriel de premier plan en Afrique du Nord.
ALGER 16
