
Pendant longtemps, l’Afrique a été racontée par les autres. Comme un continent condamné à suivre, à dépendre, à attendre. Une immense terre de richesses regardée depuis l’extérieur, pendant que ses peuples cherchaient encore leur place dans un monde écrit ailleurs.
Mais quelque chose est en train de changer. Et en cette Journée mondiale de l’Afrique, une réalité s’impose de plus en plus : le continent veut désormais parler avec sa propre voix, défendre ses propres intérêts et construire ses propres équilibres. Il ne suffit pas aujourd’hui de brandir un drapeau dans une salle africaine, un discours prononcé à Addis-Abeba ou d’un accord signé au Sahel… il faut s’unir pour transfigurer un continent, modifier un destin.
Cette transformation silencieuse est l’essense même de ce que défend Alger. L’Algérie n’a jamais quitté l’Afrique. Elle y est enracinée comme un vieux cèdre que les tempêtes fatiguent sans jamais arracher. Les cartes changent, les alliances se déplacent, les puissances se disputent les ports, les minerais et les routes commerciales… mais Alger continue de regarder vers le Sud avec cette idée presque obsessionnelle que le destin du continent ne peut pas s’écrire sans souveraineté.
Pendant que certains voient encore l’Afrique comme un marché à exploiter ou une terre à surveiller derrière des drones et des bases militaires, d’autres commencent enfin à comprendre ce qu’avait prédit Thomas Sankara lorsqu’il disait : « Celui qui vous nourrit vous contrôle. » Toute la bataille africaine est là. Produire. Décider. Sécuriser. Penser par soi-même. Et dans cette bataille-là, l’Algérie tente de construire une voix différente.
Aujourd’hui, derrière les discours diplomatiques et les sommets continentaux, une nouvelle bataille est déjà lancée. Une bataille pour les routes commerciales, l’énergie, les minerais stratégiques, l’intelligence artificielle, les corridors sahéliens et l’influence politique en Afrique de demain. Et dans ce grand basculement mondial, Alger avance avec une stratégie claire : revenir au coeur du continent. Des routes transsahariennes aux projets énergétiques, des investissements bancaires à l’ouverture vers le Sahel, l’Algérie multiplie les initiatives pour reconnecter le nord du continent à sa profondeur africaine. Une manière aussi de rappeler que l’Afrique ne se résume plus aux anciennes zones d’influence héritées du passé colonial.
Le monde entier l’a compris : l’Afrique sera l’un des centres du XXIe siècle. Sa démographie, ses ressources naturelles, sa jeunesse et son potentiel technologique attirent désormais toutes les grandes puissances. États-Unis, Chine, Russie, Turquie, Europe du Golfe… chacun veut sa place dans le futur africain. Comme toujours dans l’histoire humaine, les grandes puissances arrivent là où elles sentent le mouvement du monde. Les costumes ont remplacé les cuirassés, mais la logique reste la même.
Dans ce contexte, l’Algérie cherche à apparaître non pas comme un simple observateur, mais comme un acteur capable de peser sur les grands équilibres africains. Sécurité au Sahel, énergie, intégration économique, infrastructures, coopération universitaire ou numérique : le pays veut transformer son poids géographique en influence stratégique.
L’Afrique qui émerge aujourd’hui n’est plus celle des clichés figés du passé. Et peut-être que le plus grand défi pour l’Algérie sera justement celui-là : réussir à accompagner cette nouvelle Afrique sans perdre l’esprit des anciennes luttes, celles de la souveraineté, de la dignité et du refus de la dépendance. Car au fond, derrière les drapeaux, les sommets et les grands discours, une question traverse déjà tout le continent : «L’Afrique de demain sera-t-elle enfin construite par les Africains eux-mêmes ?»
G. S. E.
