
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, chef suprême des Forces armées et ministre de la Défense nationale, a présidé, jeudi dernier, à l’Académie militaire de Cherchell, la cérémonie annuelle de sortie de plusieurs promotions d’officiers de l’Armée nationale populaire (ANP).
Au-delà de son caractère protocolaire et académique, cet événement a revêtu une portée hautement symbolique, tant par les messages adressés aux nouvelles générations d’officiers que par le discours prononcé par le général d’Armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’ANP, qui a replacé la mission de l’institution militaire dans la continuité de l’histoire contemporaine de l’Algérie.
Organisée quelques jours après les célébrations du 64e anniversaire de l’indépendance, cette cérémonie s’inscrit dans une séquence marquée par la valorisation de la mémoire nationale, la consolidation des capacités opérationnelles de l’ANP et la poursuite du processus de modernisation engagé depuis plusieurs années. Elle intervient également au lendemain de la visite d’inspection et d’orientation effectuée à l’Académie militaire de Cherchell par le général d’Armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’ANP, venu évaluer les conditions de formation des futurs cadres de l’institution.
Cette succession d’événements traduit la place stratégique qu’occupe aujourd’hui la formation militaire dans la politique de défense nationale. L’Académie de Cherchell, considérée comme l’un des principaux pôles de formation des officiers de l’ANP, demeure un symbole de la professionnalisation des forces armées et de leur adaptation aux mutations sécuritaires, technologiques et géopolitiques.
Présidant la cérémonie officielle, le Président Tebboune a assisté aux différentes traditions militaires marquant la sortie de la 57e promotion de la Formation fondamentale, de la 19e promotion de la Formation militaire commandement commun de base, ainsi que de la 10e promotion des officiers du cursus master.
Comme le veut la tradition, la cérémonie a été ponctuée par des démonstrations tactiques illustrant les compétences acquises par les jeunes officiers au cours de leur formation. Des exhibitions de combat rapproché, des démonstrations d’intervention opérationnelle, des présentations aériennes assurées par les Forces aériennes, ainsi que des exercices exécutés par les Forces navales, retransmis en direct, ont mis en avant le niveau d’entraînement atteint par les différentes composantes de l’ANP.
Le défilé militaire organisé à cette occasion a constitué l’un des temps forts de la cérémonie, illustrant la discipline, la cohésion et la rigueur qui caractérisent la formation dispensée au sein de l’Académie militaire.
Le président de la République s’est ensuite rendu à l’exposition scientifique réalisée par les élèves diplômés, où étaient présentés différents projets et travaux développés dans le cadre de leur cursus. Cette exposition témoigne de l’évolution de la formation militaire vers une approche intégrant davantage les nouvelles technologies, la recherche appliquée et l’innovation, devenues des composantes essentielles des armées modernes.
La cérémonie a également été marquée par un hommage rendu à l’ancien président de la République et moudjahid Liamine Zeroual, dont une promotion porte désormais le nom. En honorant sa famille, les autorités ont voulu inscrire cette promotion dans la continuité de la mémoire nationale et rappeler le parcours d’une personnalité ayant occupé une place importante dans l’histoire contemporaine du pays.
La signature par le Président Tebboune du Livre d’or de l’Académie est venue clore une cérémonie symbolisant à la fois la transmission des valeurs de l’État national, la professionnalisation des forces armées et la continuité institutionnelle.
Le caractère Républicain de l’Armée
Dans un discours à forte symbolique prononcé à l’occasion, le général d’Armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’ANP, a replacé la mission de l’ANP dans le prolongement direct de celle de l’Armée de libération nationale, appelant les nouvelles promotions à préserver les valeurs héritées de la guerre de Libération et à poursuivre leur engagement au service de la souveraineté nationale.
Le général Chanegriha a rappelé que l’ANP demeure la dépositaire de cet héritage historique et qu’elle poursuit aujourd’hui sa mission dans un contexte marqué par l’évolution des menaces régionales et internationales.
Dans son allocution prononcée lors de la cérémonie de sortie des promotions, le général d’Armée Saïd Chanegriha a inscrit cet événement dans le prolongement des célébrations de la Fête de l’indépendance, soulignant la nécessité de préserver la mémoire nationale et de s’inspirer de l’héritage de l’Armée de libération nationale.
Dans ce sillage, Chanegriha a tenu à rappeler le rôle crucial joué par l’ANP durant les années les plus difficiles traversées par le pays.
«Sur les traces de nos valeureux prédécesseurs, les enfants de l’Armée nationale populaire poursuivent, sous la conduite éclairée de Monsieur le Président de la République, leur marche triomphale. Ils ont consenti, dans un passé récent, les sacrifices les plus précieux pour préserver l’État, son régime républicain et son caractère démocratique » a-t-il déclaré.
« Ils ont réussi, au prix de lourds sacrifices, à repousser le terrorisme barbare, à éradiquer sa référence exogène et à mettre en échec son projet obscurantiste qui a failli détruire les fondements de l’État national, n’eût été la volonté inébranlable des hommes de notre vaillante armée et de nos courageux services de sécurité», a-t-il ajouté.
À travers cette déclaration, le chef d’état-major réaffirme la lecture institutionnelle du rôle historique de l’ANP durant la décennie 1990. En affirmant que les militaires ont «préservé l’État, son régime républicain et son caractère démocratique», il présente l’armée comme l’institution qui a empêché l’effondrement des structures de l’État face à la violence terroriste.
Le discours met ainsi en avant l’idée d’une armée garante de la continuité de l’État, de la stabilité institutionnelle et de l’unité nationale. Cette lecture s’inscrit dans la continuité du récit officiel, selon lequel les sacrifices consentis par les forces armées et les services de sécurité ont permis d’éviter une remise en cause des fondements de la République durant les années de crise.
Le général Chanegriha a insisté également sur la dimension idéologique de cette confrontation en affirmant que l’ANP est parvenue à «repousser le terrorisme barbare», à «éradiquer sa référence exogène» et à mettre en échec «son projet obscurantiste».
Le chef d’état-major insiste ainsi sur la nécessité pour les nouvelles promotions de conjuguer maîtrise des technologies, excellence opérationnelle, discipline et fidélité aux valeurs nationales afin de répondre aux défis sécuritaires actuels.
Cette orientation rejoint les efforts de modernisation entrepris par l’institution militaire ces dernières années, notamment en matière de formation supérieure, de développement des capacités technologiques, de numérisation et de renforcement de l’interopérabilité entre les différentes composantes de l’ANP.
La cérémonie de Cherchell dépasse ainsi le simple cadre académique. Elle illustre la volonté des autorités de faire de la formation militaire un levier stratégique de modernisation des forces armées tout en réaffirmant la place centrale de l’ANP dans la préservation de la souveraineté nationale.
À travers les hommages rendus aux figures de l’histoire nationale, la valorisation de l’excellence scientifique des élèves officiers et les messages adressés aux nouvelles promotions, les autorités ont cherché à établir un lien entre l’héritage de la guerre de Libération, les sacrifices consentis durant la lutte contre le terrorisme et les défis auxquels l’Algérie est appelée à faire face dans les décennies à venir.
La sortie de ces nouvelles promotions apparaît ainsi comme bien plus qu’un rendez-vous militaire annuel. Elle s’inscrit dans une vision où la formation des officiers, la transmission de la mémoire nationale et l’adaptation permanente de l’institution militaire constituent les trois piliers d’une stratégie visant à préserver la stabilité de l’État et à accompagner les mutations sécuritaires d’un environnement régional en constante évolution.
G. Salah Eddine
