
Dans un entretien accordé au magazine économique américain USA Today Business Focus, l’ambassadeur d’Algérie aux États-Unis, Sabri Boukadoum, a assuré que les relations algéro-américaines disposent aujourd’hui de tous les atouts pour franchir une nouvelle étape, mettant en avant la convergence des intérêts économiques et stratégiques des deux pays.
Les relations entre l’Algérie et les États-Unis semblent entrer dans une nouvelle phase de leur évolution. Dans son intervention, le diplomate algérien assure que « toutes les conditions sont réunies pour que les deux pays franchissent un nouveau cap dans leur partenariat ». Selon lui, cette évolution repose principalement sur « un dialogue politique en plein essor, des échanges commerciaux en expansion et un intérêt commun pour le développement de partenariats concrets et de long terme ». Pour le représentant algérien, le moment est d’autant plus propice que les réformes économiques entreprises par Alger coïncident avec la volonté des entreprises américaines de diversifier leurs investissements vers des marchés émergents offrant des perspectives de croissance. « Ce qui rend ce moment particulier », explique Sabri Boukadoum, c’est « la convergence entre les ambitieuses réformes économiques de l’Algérie et l’intérêt croissant des entreprises américaines pour les marchés émergents et stratégiques ».
Une coopération économique qui se diversifie
Cette convergence commence déjà à produire des résultats tangibles. L’un des projets emblématiques concerne le secteur agricole avec la signature, en janvier 2025, d’un accord portant sur l’exportation d’un premier contingent de 30.000 vaches laitières américaines vers l’Algérie, avant une montée en puissance progressive pour atteindre près de 240.000 têtes.
Au-delà de son importance économique, ce projet s’inscrit dans une vision plus large visant à renforcer la souveraineté alimentaire nationale.
Selon l’ambassadeur, cette opération s’inscrit « dans une stratégie de sécurité alimentaire destinée à réduire la dépendance aux importations grâce au transfert de technologie et à des partenariats internationaux ».
Mais les ambitions du partenariat dépassent largement le seul secteur agricole. Les autorités algériennes souhaitent attirer les investisseurs américains dans un large éventail d’activités considérées comme prioritaires pour la diversification de l’économie nationale.
Les énergies renouvelables, les infrastructures, les transports, les mines, les ressources hydriques, le numérique, la santé, l’industrie manufacturière ou encore la logistique figurent parmi les domaines offrant les plus importantes perspectives de coopération. La position géographique de l’Algérie constitue également un argument de poids. Située au carrefour de l’Afrique, de l’Europe et du Moyen-Orient, elle ambitionne de devenir une véritable plateforme logistique régionale. Les investissements réalisés dans les ports, les aéroports, les infrastructures ferroviaires et autoroutières confortent progressivement cette vocation et renforcent son attractivité auprès des investisseurs internationaux.
Parallèlement aux secteurs traditionnels, Alger entend également faire du numérique un nouveau pilier de sa coopération avec Washington. L’intelligence artificielle, le cloud computing, la cybersécurité, les télécommunications ou encore les technologies financières figurent désormais parmi les secteurs considérés comme les plus prometteurs. S’appuyant sur une population jeune et qualifiée, l’Algérie privilégie des partenariats capables d’associer investissements, innovation et transfert de compétences afin d’accompagner la transformation de son économie. Pour favoriser cette dynamique, le gouvernement a engagé une profonde réforme du climat des affaires à travers une nouvelle loi sur l’investissement. Celle-ci vise notamment à renforcer la transparence, simplifier les procédures administratives, améliorer la sécurité juridique des investisseurs et offrir davantage de visibilité aux entreprises étrangères souhaitant s’implanter sur le marché algérien.
Un dialogue sécuritaire clé
Si l’économie occupe une place de plus en plus importante dans les relations bilatérales, la coopération sécuritaire continue également de se renforcer.
Une étape majeure a été franchie en janvier 2025 avec la signature d’un protocole d’accord de coopération militaire entre l’Algérie et le Commandement américain pour l’Afrique (Africom), à l’occasion de la visite à Alger du général Michael Langley, alors commandant de cette structure.
Depuis, les échanges entre les responsables militaires des deux pays se sont intensifiés.
Le dernier rendez-vous de haut niveau remonte au 30 juin dernier, lorsque le général-major Achène Messehel, chef d’état-major des Forces terrestres de l’Armée nationale populaire, accompagné du général Guerfi Brahim, s’est entretenu avec le général Dagvin Anderson, actuel commandant de l’Africom, en marge de la Conférence des chefs d’état-major de défense africains, organisée à Luanda, en Angola.
Un partenariat appelé à changer d’échelle
La multiplication des rencontres entre responsables politiques, diplomates, militaires et acteurs économiques traduit une évolution profonde des relations entre Alger et Washington.
Pour Sabri Boukadoum, l’Algérie réunit aujourd’hui plusieurs atouts majeurs, notamment sa stabilité politique, sa position géostratégique et l’abondance de ses ressources naturelles, autant d’éléments susceptibles de séduire les investisseurs américains en quête de nouveaux marchés.
« Les perspectives sont immenses et le partenariat entre Alger et Washington commence tout juste à déployer son plein potentiel », a conclu le diplomate, résumant l’ambition des deux pays d’inscrire leur coopération dans une relation plus dense, plus diversifiée et davantage tournée vers les enjeux économiques et stratégiques de demain.
Si les ambitions affichées se concrétisent, la relation entre Alger et Washington pourrait dépasser le cadre traditionnel des hydrocarbures pour s’imposer comme un partenariat multisectoriel fondé sur l’innovation, l’industrie, les infrastructures et les nouvelles technologies. Une évolution qui renforcerait la place de l’Algérie dans les nouvelles dynamiques économiques régionales et internationales.
L’énergie au cœur du rapprochement entre les deux pays
L’Algérie et les États-Unis franchissent une nouvelle étape dans le renforcement de leur coopération énergétique. Alors que les négociations entre Sonatrach et les géants américains ExxonMobil et Chevron progressent, les deux pays affichent également des positions convergentes sur plusieurs grands dossiers internationaux liés à l’avenir du marché gazier. Une dynamique qui traduit la volonté des deux partenaires d’élargir leurs relations, aussi bien sur le terrain des investissements que sur celui de la sécurité énergétique mondiale.
Cette orientation s’est illustrée cette semaine à l’occasion de la rencontre entre le président-directeur général de Sonatrach, Noureddine Daoudi, et le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis en Algérie, Mark Schapiro. Au-delà du caractère protocolaire, cette réunion confirme l’intérêt grandissant de Washington pour le potentiel énergétique algérien et pour les perspectives de coopération offertes par le premier groupe énergétique du pays.
Dans un communiqué publié à l’issue de cette rencontre, l’ambassade des États-Unis a souligné que les discussions ont porté sur « les relations bilatérales entre les deux pays, ainsi que sur les possibilités de renforcement de la coopération dans le secteur de l’énergie ». Une déclaration qui s’inscrit dans un contexte marqué par une intensification des échanges entre Sonatrach et plusieurs majors américaines. Depuis plusieurs mois, les discussions se multiplient entre Sonatrach et les grandes compagnies pétrolières américaines. Les groupes ExxonMobil et Chevron figurent parmi les partenaires les plus actifs, affichant leur volonté de développer de nouveaux projets d’exploration et de production en Algérie.
Les négociations portent notamment sur les bassins de Gourara, Ahnet et Berkin, considérés comme parmi les zones les plus prometteuses du pays. Selon les estimations présentées par les responsables d’ExxonMobil, ces projets pourraient permettre de récupérer plus de 20 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an à terme, renforçant ainsi les capacités de production nationales et les volumes destinés à l’exportation. Cette offensive américaine ne constitue pas une nouveauté. Les entreprises des États-Unis occupent déjà une place importante dans le paysage énergétique algérien. Le groupe Occidental Petroleum (Oxy) figure parmi les principaux investisseurs étrangers dans le secteur pétrolier, tandis que des sociétés spécialisées dans les services énergétiques, telles que Baker Hughes, Halliburton ou encore Schlumberger, accompagnent depuis plusieurs années le développement des activités d’exploration et de production.
L’arrivée de nouveaux projets viendrait ainsi consolider une présence déjà solidement implantée tout en permettant le transfert de technologies et de savoir-faire dans des domaines de plus en plus complexes.
Le gaz, un intérêt stratégique partagé
Au-delà des investissements, Alger et Washington partagent aujourd’hui une lecture commune de l’évolution du marché mondial du gaz naturel. Depuis la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine, le gaz naturel s’est imposé comme une énergie incontournable pour garantir la sécurité d’approvisionnement de nombreux pays européens. Dans ce contexte, l’Algérie a renforcé son rôle de fournisseur fiable de l’Europe, tandis que les États-Unis sont devenus le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL). Cette complémentarité pousse les deux pays à défendre des intérêts convergents sur plusieurs dossiers internationaux, notamment face aux nouvelles réglementations européennes touchant les producteurs d’hydrocarbures. Cette proximité s’est récemment illustrée autour du règlement européen relatif aux émissions de méthane. L’Algérie, les États-Unis, le Qatar et le Nigeria ont adressé une mise en garde commune aux institutions européennes concernant les conséquences potentielles de cette nouvelle réglementation sur les approvisionnements énergétiques. Selon les quatre pays exportateurs, les exigences envisagées risquent d’être difficilement applicables pour une partie importante des producteurs mondiaux. Ils estiment qu’une application trop rigide pourrait entraîner la non-conformité d’un volume significatif des importations destinées à l’Europe. Les signataires préviennent qu’un tel scénario pourrait provoquer une réorientation des cargaisons de gaz naturel liquéfié vers d’autres marchés moins contraignants, avec pour conséquence une réduction de l’offre disponible pour l’Europe et une hausse des prix de l’énergie. Cette convergence de vues témoigne de la volonté des principaux producteurs de participer à la transition énergétique tout en veillant à préserver la sécurité des approvisionnements et la stabilité des marchés internationaux.
La coopération énergétique entre Alger et Washington dépasse désormais le seul cadre des hydrocarbures conventionnels. Les deux pays multiplient également les échanges autour des nouvelles technologies énergétiques, de la réduction des émissions de carbone, du développement des infrastructures et de la valorisation des ressources gazières.
Pour l’Algérie, l’intérêt manifesté par les majors américaines constitue un signal positif dans sa stratégie visant à attirer davantage d’investissements étrangers et à accélérer l’exploration de nouveaux gisements. Pour les États-Unis, le marché algérien représente une opportunité stratégique, tant par l’importance de ses réserves que par sa proximité avec les marchés européens.
G. S. E.
