
Dans l’histoire de l’automobile, peu de modèles ont su incarner à la fois le luxe, la performance et le style avec autant d’élégance que la Jaguar Type E. Présentée en 1961, cette icône britannique a immédiatement bouleversé le paysage automobile mondial, autant par ses lignes sculpturales que par ses performances dignes des plus grandes sportives.
La Jaguar Type E (E-Type) est une voiture de sport britannique emblématique, présentée en mars 1961 au Salon de Genève et produite jusqu’en 1975. Conçue comme une évolution routière des voitures de course Jaguar (notamment la Type D), elle a marqué l’histoire par son design, ses performances et son rapport prix/prestations exceptionnel pour l’époque.
Contexte et genèse (1955–1960)
- Héritage de la Type D : La Type E est conçue comme une évolution routière de la Jaguar Type D, triple victorieuse aux 24 Heures du Mans (1955–1957). L’objectif initial est même de créer une nouvelle voiture de course, avant de basculer vers un modèle de série.
- Prototypes E1A et E2A :
o E1A (1957) : premier prototype, plus petit, avec un 6-cylindres 2,4 L et une suspension arrière indépendante, élément clé repris sur la Type E de série. Carrosserie en aluminium, ligne déjà très proche de la future E-Type.
o E2A (1960) : utilisé comme laboratoire technique (freinage, refroidissement, tenue de route) et engagé aux 24 Heures du Mans 1960. Il prépare directement la version de route. - Design : Dessinée par Malcolm Sayer, ancien de l’aéronautique (Bristol Aircraft), la carrosserie applique des principes aérodynamiques. Trois projets sont dessinés entre 1957 et 1958, initialement prévus en aluminium, mais la version de série sera en acier pour des raisons de coût, ce qui alourdit la voiture.
Lancement et impact (mars 1961)
- Présentation : La Type E est dévoilée le 15 mars 1961 au Salon de Genève, à l’hôtel-restaurant du parc des Eaux-Vives, par Sir William Lyons, fondateur de Jaguar. Deux prototypes arrivent en conduisant depuis l’usine, créant un effet de spectacle.
- Réception :Immédiatement saluée pour son design : Enzo Ferrari lui aurait attribué le titre de « plus belle voiture du monde ». Performances de supercar à un prix bien inférieur aux Ferrari ou Aston Martin de l’époque (environ 2 250 £ à l’époque, soit l’équivalent de ~38 000 £ aujourd’hui). Elle devient la voiture de production la plus rapide du monde à sa sortie, avec environ 240 km/h en pointe.
Architecture technique de base - Moteur : 6-cylindres en ligne XK, dérivé de celui des XK120/XK150, dans une version 3,8 L double arbre à cames en tête (DOHC), 3 carburateurs SU, environ 265 ch (269 ch DIN selon certaines sources).
•Transmission : boîte manuelle 4 vitesses (première non synchronisée sur les tout premiers modèles, puis entièrement synchronisée à partir de 1964). - Châssis et suspensions :
oSuspension avant à triangles superposés.
oSuspension arrière indépendante avec bras tirés et ressorts hélicoïdaux, technologie très avancée pour une voiture de série à l’époque.
•Freinage : 4 freins à disque (Dunlop sur les premières séries, puis Girling plus performants sur la Série 2).
•Carrosserie : structure monocoque en acier, lignes très pures, phares avant sous dômes de verre sur la Série 1, échappement central à l’arrière sur les premières versions.
Série 1 (1961–1967/68) – la version « pure » - Période : mars 1961 – fin 1967 (avec une transition en 1967 vers la « Série 1.5 »).
- Production : environ 33 205 exemplaires (toutes versions).
- Motorisations :
o3,8 L (1961–1964) : 3 781 cm³, ~269 ch, 0–100 km/h en ~7,4 s, vitesse maxi ~229–240 km/h.1
o4,2 L (1964–1967) : 4 235 cm³, puissance similaire (~269 ch) mais couple augmenté (384 N·m contre 353 N·m), accélération légèrement améliorée, fiabilité et refroidissement mieux maîtrisés. - Versions de carrosserie :
o Coupé 2 places (Fixed Head Coupé – FHC).
o Roadster (Open Two Seater – OTS).
o 2+2 (à partir de 1966) : empattement allongé de 23 cm, toit légèrement rehaussé, accès par un hayon, destiné surtout au marché américain et aux familles. - Évolutions internes :
o 1961–1963 : tableau de bord et console en aluminium brossé, sièges baquets fixes, boîte Moss (1ʳᵉ non synchro).
o À partir de 1964 (4,2 L) : tableau de bord et console recouverts de Rexine (vinyle noir), sièges inclinables plus confortables, boîte Jaguar entièrement synchronisée.
o Les tout premiers modèles « flat floor » (plancher plat, 1961–début 1963) sont particulièrement recherchés, malgré un espace jambes très restreint. - Spécificités esthétiques :
oPhares sous dômes de verre.
oDemi pare-chocs avant et arrière.
oInterrupteurs de tableau de bord type « aviation ».
Série 1.5 (1967) – transition vers les normes US - Contexte : adaptation progressive aux normes de sécurité et antipollution américaines, les États-Unis étant le principal marché de Jaguar.
- Changements majeurs : Suppression des dômes de verre des phares, remplacés par des phares découverts rehaussés. Intérieur évolué vers celui de la Série 2 (interrupteurs basculeurs). Pare-chocs encore identiques à la Série 1.
- Motorisations :
Versions européennes : toujours 3 carburateurs SU, puissance quasi inchangée.
oVersions californiennes : passage à 2 carburateurs Stromberg, puissance réduite à environ 170 ch pour respecter les normes antipollution. - Boîte automatique : introduction d’une boîte Borg-Warner à 3 rapports sur la version 2+2, très demandée aux USA.wikipedia
Série 2 (1968–1970) – fiabilité et conformité - Période : octobre 1968 – septembre 1970.
- Production : environ 18 808 exemplaires.retroroadster
- Motivations :
oRespect strict des normes américaines (sécurité, pollution).
oAmélioration de la fiabilité et de l’usage au quotidien (refroidissement, freinage). - Évolutions extérieures :
oPhares découverts, plus grands.
oPare-chocs plus enveloppants et plus hauts, en chrome.
oPrise d’air avant élargie pour améliorer le refroidissement.
oClignotants et feux avant/arrière plus grands. - Intérieur :
oNouveau tableau de bord avec interrupteurs basculeurs.
oMeilleure insonorisation et finition.wikipedia - Mécanique :
o Freins Girling beaucoup plus performants que les Dunlop des séries précédentes.
o Refroidissement amélioré : radiateur plus grand, deux ventilateurs électriques.
o Versions européennes : conservent les 3 carburateurs SU (~269 ch).
oVersions US : souvent 2 carburateurs Zenith-Stromberg, puissance réduite. - Conduite : souvent considérée comme la Série la plus fiable et la plus facile à utiliser dans la circulation moderne, grâce au meilleur freinage et au refroidissement renforcé.
Série 3 (1971–1975) – l’ère du V12 - Période : mars 1971 – février 1975.
- Production : environ 15 287 exemplaires.
- Innovation majeure : introduction du V12 Jaguar 5,3 L, un des premiers V12 de série au monde.
o 5 343 cm³, environ 272 ch, couple très élevé (~451 N·m / 46 mkg).
o Fonctionnement très souple, reprises puissantes, 0–100 km/h en ~6,4 s, vitesse maxi ~241 km/h. - Châssis et carrosserie :
o Uniquement en version 2+2 (empattement allongé) et roadster ; le coupé 2 places disparaît.
oVoies élargies, empattement allongé pour mieux loger le V12 et améliorer le confort.
o Calandre « grillagée » plus large pour tenter d’améliorer le refroidissement (problèmes de surchauffe malgré tout sur certains exemplaires).
o 4 sorties d’échappement en « queue de poisson », signature visuelle de la Série 3.
o Freins avant ventilés Girling. - Transmission :
oBoîte manuelle 4 vitesses ou boîte automatique Borg-Warner 3 rapports.
oLes versions manuelles sont particulièrement recherchées pour leur caractère plus sportif.
•Positionnement : plus lourde et plus « GT de luxe » que les Série 1, mais toujours très performante et très souple grâce au V12.goodtimers
Versions de compétition et dérivés spéciaux - Low Drag Coupé (LDC) :
o Développée début des années 1960 pour tenter de battre Ferrari aux 24 Heures du Mans.
o Carrosserie retravaillée pour réduire la traînée (pare-brise plus incliné, arrière mieux intégré, pare-chocs avant allongé).
o Parties de carrosserie en aluminium, mais bloc moteur et structure principalement en acier.
o Moteur 3,8 L préparé, environ 340 ch.
o Engagée au Mans 1962 (voiture de Peter Lindner), mais abandon sur panne. Il ne reste que 2 exemplaires de LDC dans le monde.goodtimers - Lightweight E-Type :
oÉvolution de la LDC, entièrement en aluminium (carrosserie et certains éléments mécaniques).
o12 exemplaires construits dans les années 1960, destinés à des écuries privées.
oMoteur 3,8 L ou 4,2 L préparé, environ 300 ch, poids nettement inférieur à la version de série.
oEn 2014, Jaguar complète la série en construisant les 6 exemplaires manquants (sur les 18 initialement prévus), vendus autour de 1,6 million de dollars chacun.goodtimers - Carrière sportive globale :
oMoins dominante en course que la Type D, surtout en raison du poids des versions de série face aux Ferrari 250 GT/GTO.
oTrès présente en courses GT et endurance (Sebring, Nürburgring, Tour de France automobile, courses britanniques, championnat australien GT 1963, etc.).
oAujourd’hui très active en VHC (véhicules historiques de compétition), souvent préparées jusqu’à 340 ch.wikipedia+1
Fin de carrière et succession (1975) - En septembre 1975, après presque 15 ans de production et 72 584 exemplaires construits, la Type E est remplacée par la Jaguar XJ-S.
oLa XJ-S est moins purement sportive, basée sur la plateforme de la berline XJ, plus facile et moins coûteuse à produire. - La Type E devient rapidement un mythe automobile, symbole des années 1960, du design britannique et de la « voiture de sport accessible ».
Postérité et versions modernes - Cote et collection :
oLes Série 1 roadster 3,8 L (surtout « flat floor » et à phares carénés) sont les plus recherchées et les plus chères.
oLes Série 2 et 3 sont plus abordables, souvent considérées comme plus utilisables au quotidien.
•Type E Zero (électrique) :
oEn 2017, Jaguar Classic convertit une Série 1.5 roadster en électrique : Type E Zero.
oMoteur électrique + batterie 40 kWh, 300 ch, 0–100 km/h en 5,5 s, autonomie annoncée ~270 km, poids réduit de ~46 kg par rapport à l’originale.Projet de petite série annoncé, puis suspendu par Jaguar par la suite
