
Le projet d’implantation de la première usine Opel hors d’Europe poursuit son chemin. Quelques jours après les annonces formulées par le Chief Operating Officer (COO) du groupe Stellantis pour la région Moyen-Orient et Afrique (MENA), Samir Cherfan, le directeur général (CEO) d’Opel et Vauxhall, Florian Huettl, a effectué, cette fin de semaine, une visite de travail en Algérie. Un déplacement qui traduit l’entrée du projet dans une nouvelle phase, marquée par des échanges avec les acteurs économiques nationaux et l’approfondissement des discussions autour de la future implantation industrielle de la marque.
Accompagné de Xavier Chéreau, président du conseil d’administration d’Opel, Florian Huettl a été reçu mercredi dernier par le président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA). Cette organisation patronale, qui dispose d’une division dédiée à la sous-traitance industrielle, apparaît aujourd’hui comme un partenaire incontournable dans la stratégie de développement d’un véritable écosystème automobile local.
Cette visite faisait suite aux déclarations de Samir Cherfan, qui avait annoncé, lors d’une visioconférence avec la presse spécialisée organisée quelques jours auparavant, que les dirigeants d’Opel se rendraient en Algérie afin de présenter l’avancement du projet industriel de la marque.
Le responsable de Stellantis avait également indiqué que la délégation allemande devait rencontrer les autorités algériennes. Aucune communication officielle n’a toutefois confirmé la tenue de cette rencontre. Cette discrétion intervient alors que le dossier de l’industrie automobile est suivi au plus haut niveau de l’État. Le président de la République a confié au Premier ministre, Sifi Ghrieb, la coordination de ce chantier stratégique visant à relancer une industrie automobile nationale fondée sur une intégration industrielle réelle.
Une première usine hors d’Europe
La venue de Florian Huettl s’inscrit dans la continuité des annonces faites il y a un peu plus de cinq mois, lorsque le dirigeant d’Opel avait officiellement dévoilé l’ambition de la marque allemande de construire en Algérie sa première usine de production située hors du continent européen.
Il avait alors qualifié cette décision d’«étape qui marque une expansion significative de la présence internationale d’Opel dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique et renforce notre engagement à long terme envers une croissance régionale durable ».
Le dirigeant avait expliqué que ce choix était le fruit d’un travail engagé depuis plusieurs années.
« L’Algérie a été un domaine d’attention particulier pour nous ces deux dernières années. Le renforcement progressif de nos partenariats a, désormais, conduit à une étape claire : une unité de production dédiée en Algérie, conçue pour servir les clients algériens et compléter le réseau européen établi d’Opel », avait-il déclaré.
À cette occasion, Florian Huettl avait participé à une séance de travail avec Samir Cherfan, directeur des opérations de Stellantis pour le Moyen-Orient et l’Afrique et membre du comité exécutif du groupe. Les discussions avaient porté sur le développement du futur site industriel, ainsi que sur l’intégration de nouveaux modèles Opel dans l’écosystème industriel algérien, traduisant la place croissante accordée au pays dans la stratégie régionale de Stellantis.
Pour Opel, le projet algérien dépasse largement le cadre d’une simple unité d’assemblage.
Florian Huettl avait alors insisté sur les trois piliers qui guideront cette implantation : la production locale, l’intégration industrielle et l’investissement à long terme.
Selon lui, ces orientations constituent les moteurs d’une croissance durable, tant pour les clients que pour les partenaires industriels et l’ensemble de la filière automobile nationale.
Le responsable d’Opel s’était également engagé à mettre à la disposition du marché algérien « la renommée qualité de l’ingénierie allemande fièrement produite en Algérie », confirmant la volonté de la marque de développer une production locale répondant aux standards internationaux.
Cette approche est en adéquation avec la nouvelle politique industrielle des pouvoirs publics, qui privilégie désormais les projets créateurs de valeur ajoutée, favorisant la sous-traitance nationale, le transfert de technologie et l’augmentation progressive du taux d’intégration locale.
Une implantation des industriels allemands en Algérie
Néanmoins, le calendrier alimente les spéculations. En effet, cette visite intervient quelques jours avant une visite présidentielle décisive en Allemagne. En effet, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, sera à Berlin, le 16 juillet.
Si Opel appartient aujourd’hui au groupe Stellantis, la marque conserve son siège historique, ses principaux centres d’ingénierie et une grande partie de ses activités de recherche et développement en Allemagne. Son projet industriel en Algérie s’inscrit ainsi dans un contexte plus large de renforcement de la coopération économique entre Alger et Berlin.
Ces derniers mois, plusieurs entreprises allemandes spécialisées dans les équipements automobiles et les solutions industrielles ont effectué des missions de prospection en Algérie.
L’ambassadeur d’Allemagne à Alger, Georg Felsheim, a récemment indiqué que six entreprises allemandes du secteur automobile, équipementiers et fournisseurs de solutions, avaient visité le pays afin d’évaluer les opportunités d’investissement offertes par le marché algérien.
Le diplomate a également souligné que la visite officielle du président Abdelmadjid Tebboune en Allemagne sera consacrée au renforcement du partenariat bilatéral dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’industrie et le projet de corridor Sud pour l’hydrogène vert.
La piste Volkswagen
Dans cette même optique, plusieurs experts considèrent que les profondes mutations que traverse actuellement l’industrie automobile européenne offrent à l’Algérie une fenêtre d’opportunités qu’elle pourrait mettre à profit. Si aucun élément officiel ne permet, à ce stade, de confirmer l’arrivée de nouveaux investissements, cette idée est largement défendue par les experts du secteur.
D’ailleurs, il est important de noter qu’une délégation du groupe Volkswagen s’était également rendue en Algérie, il y a quelques mois pour examiner les perspectives d’un retour sur le marché national avec des ambitions industrielles renforcées.
Parmi eux, l’expert algérien en géo-économie Abderrahmane Hadef qui estime que le contexte international crée des conditions favorables à l’émergence de nouveaux partenariats industriels entre Alger et Berlin. Il cite, notamment, le cas de Volkswagen, engagé dans une vaste réorganisation de ses activités afin de s’adapter aux bouleversements que connaît le secteur automobile mondial.
Selon lui, la phase de « restructuration » que traverse le constructeur allemand constitue « une opportunité stratégique pour bâtir un nouveau partenariat industriel entre l’Algérie et l’Allemagne ».
L’expert rappelle que cette transformation dépasse largement le seul cas de Volkswagen. Elle traduit une recomposition profonde de toute l’industrie automobile mondiale, marquée par l’accélération de la transition énergétique et technologique.
Il explique ainsi que « face à l’électrification des véhicules, à la montée en puissance des logiciels, aux enjeux des batteries et à la concurrence croissante des constructeurs asiatiques, les chaînes de valeur se recomposent et les investissements se redéploient ».
Pour Abderrahmane Hadef, ces évolutions ne doivent pas être interprétées uniquement comme les difficultés rencontrées par certains groupes européens. Elles représentent surtout une occasion pour les pays capables de proposer un environnement industriel attractif, stable et compétitif.
Dans cette perspective, il estime que «l’Algérie dispose, aujourd’hui, de plusieurs atouts, dont une position géographique stratégique entre l’Europe et l’Afrique, des ressources énergétiques et minières importantes, un cadre de l’investissement modernisé, ainsi qu’une ambition clairement affichée de reconstruire une industrie automobile compétitive ».
L’expert insiste toutefois sur un point essentiel : l’Algérie ne doit pas se limiter à accueillir des activités de faible valeur ajoutée ou des productions en fin de cycle. Le véritable enjeu consiste à s’inscrire dans les nouvelles chaînes de valeur mondiales en développant une industrie tournée vers l’innovation.
Dans cette optique, il estime que le pays doit privilégier des coopérations portant sur les métiers appelés à façonner l’automobile de demain. Selon lui, l’objectif est de bâtir avec Volkswagen, mais également avec l’ensemble de l’écosystème industriel allemand, des partenariats structurants autour des technologies émergentes.
À ce titre, Abderrahmane Hadef souligne que « l’objectif ne doit pas être d’accueillir des activités en fin de cycle, mais de bâtir, avec Volkswagen et l’écosystème automobile allemand, des partenariats tournés vers les technologies d’avenir : composants automobiles, sous-traitance locale, électronique embarquée, batteries, logiciels, mobilité intelligente et formation de compétences ».
L’expert rappelle également que la dimension africaine constitue un atout supplémentaire dans l’équation économique algérienne. Grâce à son appartenance à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le pays peut devenir une base industrielle régionale capable de servir un marché de plus d’un milliard de consommateurs.
À ce propos, il affirme que « l’Algérie, grâce à la ZLECAf, peut également devenir une plateforme industrielle au service du marché africain, tout en restant un partenaire de proximité pour l’Europe».
Cette vision rejoint, en partie, la stratégie affichée par Opel, dont le projet industriel repose sur une logique de production locale, d’intégration progressive et de développement régional. Reste désormais à savoir si d’autres constructeurs allemands, à commencer par Volkswagen, choisiront à leur tour de transformer leur intérêt pour le marché algérien en investissements industriels concrets. La visite présidentielle en Allemagne pourrait, à cet égard, offrir un cadre propice au renforcement du dialogue économique entre les deux pays, même si aucune annonce officielle n’a, pour l’heure, été formulée concernant un éventuel projet de Volkswagen en Algérie.
Une chose est désormais certaine : l’Algérie ne cherche plus seulement à redevenir un marché automobile, mais à s’imposer comme une véritable plateforme industrielle régionale. Le projet Opel pourrait ainsi constituer la première pierre d’une nouvelle génération d’investissements productifs, à condition que les intentions affichées se traduisent, dans les prochains mois, par des engagements industriels concrets.
G. Salah Eddine
