Dans un monde où la compétitivité économique repose de plus en plus sur l’efficacité des infrastructures, la logistique joue un rôle déterminant. L’Algérie, en pleine mutation économique, cherche à optimiser ses performances en matière de transport et d’acheminement des marchandises. C’est dans ce contexte que Mahfoudh Kaoubi, analyste économique, a mis en lumière les enjeux cruciaux du développement ferroviaire et portuaire, lors de son passage hier dans l’émission «l’invité du jour» de la Chaîne III de la radio algérienne.
«La logistique est un élément important dans l’équation logique de la productivité et constitue un atout en matière de développement économique», a indiqué Mahfoudh Kaoubi. Ce constat souligne la nécessité d’améliorer les infrastructures de transport, en particulier les chemins de fer, pour dynamiser l’économie nationale. L’Algérie, dotée de vastes ressources minières et agricoles, ne peut pleinement exploiter son potentiel sans un réseau logistique performant et modernisé.
L’un des principaux défis réside dans l’amélioration des infrastructures existantes. Le rail, en particulier, est un maillon essentiel de cette chaîne logistique, permettant un transport rapide, sécurisé et à moindre coût des marchandises et des matières premières. Toutefois, ce secteur souffre d’un retard significatif en matière de développement et de modernisation.
Mahfoudh Kaoubi a également mis en exergue l’importance de l’intégration du rail dans l’architecture logistique nationale, notamment pour relier les sites d’extraction aux centres de transformation et aux ports d’exportation. L’expert a cité en exemple l’axe stratégique reliant Tindouf à Gara Djebilet, projet clé pour le transport du minerai de fer.
Toutefois, il a insisté sur la nécessité d’une réalisation rapide et efficace de ces infrastructures. «Ces lignes doivent être réalisées dans les meilleurs délais et au moindre coût, sinon à quoi sert de produire si ce n’est pour acheminer le produit vers les lieux de transformation et d’exportation à temps ?», a noté le même intervenant. À cet effet, l’Algérie doit s’inspirer des modèles de développement adoptés par des nations comme la Chine et les États-Unis, où le rail constitue une colonne vertébrale du transport logistique.
La compétitivité économique passe par des infrastructures performantes
L’amélioration des infrastructures ferroviaires et portuaires ne concerne pas uniquement le transport des minerais. Le Nord du pays souffre d’une sous-utilisation du rail pour le transport des marchandises et des passagers. Une meilleure exploitation du réseau existant permettrait non seulement de réduire la congestion routière, mais aussi d’améliorer la fluidité des échanges commerciaux, a expliqué M. Kaoubi.
Par ailleurs, le secteur maritime nécessite également un rattrapage. «Le transport maritime a aussi besoin d’un travail de rattrapage en matière d’infrastructures maritimes puisqu’on cible l’amélioration de nos performances en matière de logistique», a insisté l’orateur. Il a rappellé que la logistique représente entre 8% et 10% du coût des intrants et des opérations d’exportation des produits finis. En d’autres termes, un retard dans le développement des infrastructures pèse directement sur la compétitivité des entreprises algériennes à l’international.
Le retard accusé par le projet du port de Cherchell, initialement prévu pour être opérationnel en 2017, constitue un frein majeur. De même, bien que des efforts aient été entrepris pour améliorer les capacités des ports de Djendjen, Oran, Annaba et Béjaïa, ces infrastructures demeurent insuffisantes au regard des ambitions économiques du pays. Pour l’expert, si l’Algérie veut véritablement moderniser son système logistique, des projets de grande envergure doivent être inscrits dans l’agenda gouvernemental.
La numérisation, un levier indispensable
Un autre élément clé du développement logistique est la transformation numérique. «La logistique ne va pas sans la numérisation», a affirmé M. Mahfoudh Kaoubi. La digitalisation des processus administratifs et logistiques est indispensable pour améliorer l’efficacité des échanges et fluidifier les opérations commerciales. «La transformation numérique est une opération indispensable pour la transformation des logiques comportementales aussi bien dans l’administration que dans la sphère économique». a-t-il ajouté. Il a souligné que les pays les plus avancés économiquement sont ceux qui ont réussi leur transition numérique. En Algérie, l’accélération de la digitalisation doit passer par la mise en place d’infrastructures adaptées, notamment la finalisation du Data Center national, actuellement achevé à 70 %. Cette infrastructure numérique jouera un rôle déterminant dans la modernisation de la chaîne logistique et dans l’amélioration des performances économiques du pays.
Dans la conclusion de son intervention M. Mahfoudh Kaoubi a rappelé une vérité essentielle : «Le temps économique n’est pas nécessairement le même que le temps administratif.» Pour assurer une transformation efficace, l’Algérie doit non seulement accélérer ses projets d’infrastructures, mais aussi entreprendre une réforme administrative profonde. L’objectif est clair : faire de la logistique un levier stratégique pour propulser l’économie nationale vers plus de compétitivité et d’efficience sur la scène internationale.
G. Salah Eddine
