

Le tourisme dans la wilaya d’El Bayadh se développe lentement mais sûrement, porté par un patrimoine naturel et historique exceptionnel. Des paysages sahariens aux ksour millénaires, la région offre une richesse culturelle et spirituelle unique, encore méconnue du grand public. Parmi les acteurs qui œuvrent à sa mise en valeur figure M. Hadj Berchane, conservateur et guide du ksar de Boussemghoun, l’un des plus grands et plus anciens sites touristiques de la région, véritable joyau architectural chargé d’histoire. Dans un entretien acordé à Alger16, M. Berchane nous emmène à la découverte des plus beaux sites de la wilaya, se confie sur son parcours, et met en lumière les défis à relever pour faire d’El Bayadh un véritable pôle touristique à part entière.
Entretien réalisé par G. Salah Eddine
Alger16 : Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?
Hadj Berchane : J’ai toujours eu une âme d’artiste. À mes débuts, j’étais musicien. Avec mes amis, nous suivions beaucoup de musiciens et de créateurs qui portaient des messages forts à travers leurs œuvres. C’est ce qui m’a donné envie d’entrer dans cette culture, de comprendre comment ils chantaient, comment ils exprimaient leurs émotions, et surtout de montrer que notre propre culture possédait cette même richesse.
Peu à peu, je me suis immergé dans cet univers, jusqu’à en faire partie intégrante. Puis, j’ai voyagé : j’ai vécu un temps à El Bayadh, mais aussi en France et en Espagne. Ces expériences m’ont profondément marqué. J’ai vu beaucoup de choses, beaucoup de manières de vivre, mais à chaque fois, je me disais : « Pourquoi pas nous ? Pourquoi ne pas montrer la beauté de ce que nous avons chez nous ? »
J’ai compris que le voyage n’était pas seulement une question de distance, mais une manière de regarder le monde. Mon objectif aujourd’hui est de rassembler ces fragments de vie, ces influences, pour les transformer en quelque chose qui parle de l’Algérie d’aujourd’hui : une Algérie multiple, vibrante, attachée à ses racines mais ouverte sur le monde.
Vous êtes revenu dans votre wilaya d’origine, El Bayadh. Comment se sont passées les choses ensuite ?
J’ai entretenu plusieurs lieux à mes propres frais, et j’ai même ouvert un grand magasin d’artisanat qui attire de nombreux visiteurs. Ils y trouvent un espace pour manger, se reposer, et découvrir des produits locaux. J’ai développé un véritable tourisme avec mes propres moyens. Dieu m’a donné la volonté, et j’aime profondément mon pays. Aujourd’hui, je peux dire que je relève la tête, surtout depuis que je me suis rendu au ksar de Boussemghoun, que j’ai trouvé à l’abandon. J’y ai travaillé, et aujourd’hui, ce lieu attire énormément de touristes, alhamdulillah. Tout ce que nous faisons reste peu face à ce que notre pays mérite, car c’est à nous de lui rendre ce qu’il nous a offert.
Si vous deviez présenter la wilaya d’El Bayadh à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler, comment la décririez-vous ?
El Bayadh, c’est une wilaya d’une beauté unique, encore méconnue, mais qui renferment des trésors naturels et historiques exceptionnels. On y trouve des gravures rupestres millénaires que nous préservons avec soin, témoins d’un passé fascinant. Il y a aussi les ksour anciens, comme ksar Chlala, un site splendide qui raconte à lui seul une partie de notre histoire.
Les paysages sont d’une diversité étonnante : sources d’eau naturelles, dunes dorées, oasis verdoyantes et plateaux désertiques où le silence devient presque spirituel. C’est une wilaya riche par sa nature, sa culture, et ses traditions. Quand les gens voient les photos, ils sont souvent stupéfaits, car ils ne s’attendent pas à découvrir un tel patrimoine ici. Beaucoup me contactent ensuite pour savoir comment accéder à ces lieux. El Bayadh est un joyau encore discret, mais promis à un grand avenir touristique.
L’activité touristique à El Bayadh reste encore limitée à l’échelle nationale. Quels sont, selon vous, les principaux obstacles à son développement ?
Le principal obstacle, c’est le manque d’infrastructures adaptées, surtout en matière d’hébergement. Certaines personnes aimeraient camper, randonner ou faire du bivouac, mais les espaces aménagés manquent cruellement. Le tourisme chez nous repose beaucoup sur la bonne volonté des habitants, mais cela ne suffit pas à attirer durablement les visiteurs. Dans le ksar de Boussemghoun, par exemple, nous avons un tourisme religieux et culturel très particulier, centré autour d’une zaouïa historique. Le lieu attire déjà de nombreux visiteurs, mais avec un minimum d’investissement, il pourrait devenir un pôle majeur du tourisme spirituel et patrimonial en Algérie. Il y a un potentiel immense, mais encore trop d’initiatives isolées, sans coordination ni soutien structurel. Notre tourisme est profondément respectueux, spirituel, et enraciné dans la culture locale. Si on lui donne les moyens, il peut devenir un exemple d’équilibre entre authenticité et modernité.
Selon vous, quel domaine mérite une amélioration prioritaire : les infrastructures routières, l’hébergement, la promotion touristique ou la formation des jeunes guides ?
Tout est important, mais la priorité absolue, c’est l’hébergement. Sans auberges, hôtels ou maisons d’hôtes accessibles, les visiteurs ne restent pas. Comparée à d’autres wilayas, El Bayadh est clairement en retard sur ce plan. Les jeunes voyageurs d’aujourd’hui cherchent des lieux à la fois confortables, propres, et abordables, mais ici, l’offre reste limitée.
Beaucoup de touristes qui visitent une première fois apprécient la région, mais repartent vers d’autres destinations comme Magra ou Ghardaïa, simplement faute d’infrastructures. Il faut aussi former des jeunes guides locaux, capables de raconter l’histoire des sites, d’accueillir les visiteurs, et de valoriser nos traditions. Le développement du tourisme, ce n’est pas qu’une question de routes ou de bâtiments, c’est aussi une question d’humains bien formés et passionnés.
Enfin, si vous pouviez élaborer un plan pour attirer davantage de visiteurs à El Bayadh, quelle serait votre stratégie ?
C’est simple : il faut donner la chance aux jeunes. Qu’on leur confie certains sites à gérer, avec des aides concrètes, pour qu’ils puissent les transformer avec leur créativité et leur énergie. Ce sont eux qui détiennent les idées nouvelles et la motivation nécessaire pour faire rayonner notre région.
Ensuite, il faut intensifier la promotion. On ne parle pas assez d’El Bayadh ni de ses atouts. Les médias, les réseaux sociaux, les influenceurs, les festivals… tout cela doit servir à montrer une autre image de notre wilaya. Et puis, il faut améliorer la qualité des prestations : accueillir avec le sourire, respecter les visiteurs, proposer des services modernes sans trahir notre authenticité.
Le tourisme, ce n’est pas seulement une activité économique. C’est une culture, un état d’esprit fait de partage, de respect, et d’amour du pays. Si chacun apporte sa pierre avec sincérité, El Bayadh peut devenir une destination incontournable du tourisme saharien et culturel algérien.
G. S. E.
